Pé­né­lope McQuade: «Je veux rendre mon en­vi­ron­ne­ment plus sain»

Allô Vedettes - - SOMMAIRE - Ma­rie-Eve Le­clerc

«In­tel­lec­tuel­le­ment, je suis bou­le­ver­sée et in­quiète.»

L’ani­ma­trice a par­ti­ci­pé au do­cu­men­taire Trol­ler les trolls, dans le­quel elle tente de com­prendre la pen­sée des in­ti­mi­da­teurs du Web. Elle sou­haite aus­si trou­ver les res­sources né­ces­saires pour les vic­times de ces trolls. Elle nous parle éga­le­ment d’une ex­pé­rience trou­blante qu’elle a vé­cue en lien avec ce fléau.

M.-E.L.: Que peut-on dire sur le do­cu­men­taire Trol­ler les trolls? P.M.: «On peut dire que c’est un constat qu’on a tous fait de­puis quelques an­nées, soit qu’il y a un ni­veau de dis­cus­sion sur la place pu­blique 2.0 qui est par­fois toxique, violent, voire mes­quin, qu’on a ten­dance à ba­na­li­ser. Ce qui de­vait être un es­pace ras­sem­bleur de dé­bats et de dis­cus­sions est de­ve­nu un es­pace où les po­si­tions sont ra­di­ca­li­sées, où les mots de ceux qui se trouvent der­rière leur écran dé­passent par­fois leur pen­sée. Ces der­niers par­ti­cipent à cette toxi­ci­té. Grâce au do­cu­men­taire, j’ai vou­lu com­prendre, à par­tir d’un mes­sage me­na­çant qui m’était des­ti­né il y a quelques an­nées, dans le­quel il était ques­tion de mon éven­tuel viol, ce qui mo­ti­vait la per­sonne der­rière son cla­vier. Se rend-elle compte de la por­tée de ses gestes? Je vou­lais éga­le­ment sa­voir quelles étaient les li­mites de la po­lice et du sys­tème lé­gal par rap­port au nu­mé­rique. Qui peut nous ai­der si on ne se sent pas en sé­cu­ri­té? Est-ce que tout se dit au nom de la li­ber­té d’ex­pres­sion? Du­rant com­bien de temps to­lé­re­ra-t-on l’in­to­lé­rable? De plus, le réa­li­sa­teur Hu­go La­tu­lippe et moi-même avons ten­té de com­prendre ce qui po­la­rise da­van­tage les ré­seaux so­ciaux. Évi­dem­ment, ce sont les su­jets tou­chant les nou­veaux ar­ri­vants, la po­li­tique, les femmes.» Qu’as-tu ap­pris par la réa­li­sa­tion de ce do­cu­men­taire? «J’ai ap­pris qu’il y a une bonne vo­lon­té de la part des po­li­ciers qui veulent prendre au sé­rieux les me­naces ou les mes­sages in­quié­tants qu’on re­çoit sur nos or­di­na­teurs ou té­lé­phones. Je constate ce­pen­dant qu’il y a peu d’ac­tions concrètes qui se font. Je pense que les po­li­ciers sont dé­pas­sés par la si­tua­tion et le manque de res­sources concer­nant le nu­mé­rique. Je crois aus­si que l’État a son rôle à jouer, du moins dans l’édu­ca­tion à faire dans les écoles concer­nant la vie nu­mé­rique. Ça va prendre une ou deux gé­né­ra­tions avant que les choses com­mencent à bou­ger. Nous sommes tous mal­heu­reux de cette si­tua­tion et sommes, quelque part, des vic­times di­rectes ou in­di­rectes de ce que nous voyons pas­ser sur les ré­seaux so­ciaux. Je ne suis pas cer­taine que ce soit le re­flet concret de notre dé­mo­cra­tie, si­non, je di­rais qu’elle ne se porte pas très bien. Je sou­haite qu’on se dise col­lec­ti­ve­ment qu’il y a un ras-le-bol et qu’il faut trou­ver des so­lu­tions pour que les choses soient au­tre­ment.» Tu as vé­cu un mal­heu­reux évé­ne­ment avec la me­nace qui t’était des­ti­née. Est-ce que ton rap­port aux ré­seaux so­ciaux a chan­gé de­puis? «Non, ça n’a rien chan­gé dans mon ex­pé­rience des ré­seaux so­ciaux, dans la me­sure où, pour moi, ça de­meure un for­mi­dable

ou­til de ras­sem­ble­ment, de dif­fu­sion d’idées et d’in­for­ma­tions. Or, je n’étais pas très chaude à l’idée de blo­quer des gens qui me suivent et que je trouve désa­gréables ou me­na­çants. Mais de­puis que j’ai ren­con­tré des per­son­na­li­tés comme Pa­trick La­ga­cé, qui sont des blo­queurs en chef, j’ai com­men­cé moi aus­si à le faire. Je veux rendre mon en­vi­ron­ne­ment plus sain. Je crois que c’est uto­pique de pen­ser qu’on va chan­ger nos com­por­te­ments du jour au len­de­main et que sor­tir des ré­seaux so­ciaux nous pro­té­ge­ra. Ce se­rait triste qu’on se prive de cette tri­bune et qu’on la donne aux gens qui cau­se­ront des dom­mages.» Lors­qu’on re­çoit des me­naces comme celle que tu as re­çue, a-ton peur pour soi, pour sa fa­mille? «Je suis as­sez bien faite, dans la me­sure où ça ne m’a pas in­quié­tée émo­tion­nel­le­ment. Par contre, in­tel­lec­tuel­le­ment, je me sens bou­le­ver­sée et in­quiète, car je me dis que ce n’est pas une so­cié­té dans la­quelle j’ai en­vie de vivre. Re­ce­voir ce genre de mes­sages est une in­tru­sion dans notre in­ti­mi­té.» Sur un autre plan, tu viens tout juste de ter­mi­ner la sai­son des Échan­gistes. Quel bi­lan fais-tu? «La troi­sième an­née, c’est tou­jours celle où les choses se placent le plus, au­tant pour l’équipe, les in­vi­tés et les té­lé­spec­ta­teurs. Chaque an­née, on a ga­gné un peu plus en ex­pé­rience, mais cette sai­son, vrai­ment tout le monde était au dia­pa­son. Les in­vi­tés connaissent dé­sor­mais l’émis­sion, ils ar­rivent donc plus dé­ten­dus, ce qui n’était pas le cas lors de la pre­mière an­née. Ç’a été un été ex­cep­tion­nel et les parts de mar­ché étaient vrai­ment plus grandes. On ter­mine la sai­son en étant heu­reux du ré­sul­tat.» Quels sont les pro­jets à ve­nir pour toi? «Il y a un peu de va­cances au pro­gramme et plein de trucs à ve­nir. J’ai dé­ci­dé de ne pas re­ve­nir à la ra­dio, car je ne vou­lais pas quelque chose de ré­gu­lier à mon ho­raire. Dé­jà que le rythme rou­ti­nier des Échan­gistes, c’est moins dans ma na­ture. Donc, le reste de l’an­née, je vou­lais dé­ga­ger du temps pour faire un pa­quet d’autres choses.» As-tu des pro­jets avec Phi­lippe Feh­miu, qui est aus­si ton conjoint? «Nous avons un pro­jet de voyage en oc­tobre, puisque nous al­lons au Por­tu­gal. Mais nous n’avons pas de pro­jets pro­fes­sion­nels en­semble, mis à part Les échan­gistes, si l’émis­sion re­vient.»

Pé­né­lope a dé­ci­dé de blo­quer toutes les per­sonnes ir­res­pec­tueuses qui la suivent sur les ré­seaux so­ciaux. Voi­ci une pho­to prise sur son compte Ins­ta­gram où on la voit avec son conjoint, Phi­lippe Feh­miu.

L’ani­ma­trice croit aus­si qu’il y a de bons cô­tés aux ré­seaux so­ciaux. No­tam­ment pour pro­mou­voir des marques qu’elle af­fec­tionne.

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