Un nou­veau dé­part pour Gre­go­ry Charles

Ce­lui qui mon­te­ra pro­chai­ne­ment sur scène avec Vin­tage 69 nous parle de ce spec­tacle, ain­si que de sa nou­velle vi­sion de la vie de­puis la perte de ses pa­rents et son chan­ge­ment de di­zaine.

Allô Vedettes - - SOMMAIRE - Ma­rie-Eve Le­clerc

M.-E.L.: Comment est ve­nue l’idée du spec­tacle Vin­tage 69? G.C.: «Lorsque j’étais pe­tit, mes pa­rents m’ap­pre­naient la mu­sique par an­nées. L’an der­nier, pour mon 50e an­ni­ver­saire, j’au­rais ai­mé pas­ser à tra­vers toute la mu­sique qui est ar­ri­vée en même temps que moi, en 1968. Mais au cours de 2017, il m’est ar­ri­vé toutes sortes d’af­faires, il y a eu des dé­cès dans ma fa­mille, j’ai donc ra­té l’oc­ca­sion d’or­ga­ni­ser mon Vin­tage 68. J’ai en­suite réa­li­sé que 1969 était une grande an­née mu­si­cale, avec Wood­stock. Ce fut aus­si la der­nière an­née des Beatles, etc. Je ne vou­lais pas man­quer mon coup avec Vin­tage 69. Mes mu­si­ciens et moi, on s’est dit que ça se­rait le fun de faire autre chose que de l’in­ter­ac­tif, comme si on or­ga­ni­sait un gros par­ty. Ce spec­tacle réuni­ra six mu­si­ciens, avec Kim Ri­chard­son et Lu­lu Hu­ghes comme chan­teuses. Une chose est cer­taine: pour les nos­tal­giques ou les amou­reux de la mu­sique, ce spec­tacle est à voir.» Tu t’oc­cupes éga­le­ment de l’Aca­dé­mie Gre­go­ry. Est-ce que le suc­cès de cette école dé­passe les at­tentes? «C’est un éton­ne­ment pour moi. C’est comme s’il y avait un dé­sir la­tent chez les gens de jouer de la mu­sique, mais qu’ils sont convain­cus que pour en jouer, il faut ap­prendre à la lire et suivre une for­ma­tion au conser­va­toire. Ap­prendre à en jouer, ce n’est pas plus com­pli­qué que de par­ler. C’est la fa­çon de l’ap­prendre qui est im­por­tant. À l’Aca­dé­mie, notre mé­thode est ex­trê­me­ment ac­ces­sible. La plu­part des élèves de notre pre­mière co­horte n’avaient ja­mais mis leurs doigts sur un pia­no et ils ont joué avec moi et l’Or­chestre sym­pho­nique 230 jours plus tard. Ce qui est fan­tas­tique, c’est qu’on tra­vaille au­tant avec des en­fants que des adultes qui veulent être zen dans leur vie quo­ti­dienne. On a éga­le­ment une tonne de gens à la re­traite. Le se­cret est notre mé­thode à 10 mi­nutes par jour pen­dant 230 jours.» Tu t’es beau­coup ins­pi­ré de la mé­thode d’en­sei­gne­ment de ta mère pour cette aca­dé­mie… «To­ta­le­ment! J’ai ga­gné beau­coup de concours comme mu­si­cien quand j’étais jeune. Ma mère trou­vait ça im­por­tant que je com­prenne la mu­sique, pas seule­ment que je maî­trise les tech­niques d’un ins­tru­ment. Contrai­re­ment à bien des pa­rents, ma mère n’in­sis­tait pas pour que je joue une heure par jour, elle in­sis­tait plus pour que je joue tous les jours, à pe­tite dose. Si les gens ont le temps de prendre une douche, ils ont le temps de jouer d’un ins­tru­ment.» En quoi la mé­thode de ta mère t’a-t-elle prin­ci­pa­le­ment mar­qué? «Ma mère di­sait tou­jours: “Il n’est ja­mais trop tôt ni trop tard pour réa­li­ser des rêves. Les tiens et ceux des autres.” C’est pour ça que je suis très fier de cette aca­dé­mie, où il y a des en­fants de 5 ans et une dame de 94 ans. Ma mère au­rait été fière de ça. Ma blonde, qui est vice-pré­si­dente à Mi­cro­soft, suit éga­le­ment des cours, avec quelques-unes de ses amies. Ma fille suit le pro­gramme et joue tel­le­ment bien, ce se­ra dan­ge­reux plus tard. À six ans, elle joue di­vers ins­tru­ments, ça roule son af­faire!» Elle tient donc de son père, cô­té mu­sique? «Oui, elle tient de moi, mais ce qui l’a convain­cue da­van­tage d’être ri­gou­reuse est que ma blonde suit des cours. Comme je fais ça dans la vie, ç’a moins d’im­pact que le fait que ma conjointe joue en ter­mi­nant de tra­vailler.» Est-ce que Ju­lia s’in­té­resse à beau­coup de choses? «Je ne sais pas comment mes pa­rents fai­saient, car j’ai seule­ment une en­fant et c’est ca­po­té à quel point je suis fa­ti­gué à la fin d’une se­maine! Elle joue du vio­lon et du pia­no chaque jour, elle fait du bal­let et de la na­ta­tion, elle joue au ho­ckey, au soc­cer et au ten­nis, tout ça à part de l’école. Je n’ai plus le temps d’être un ar­tiste ( rires). Sans farces, ma blonde et moi, on se de­mande par­fois comment on fait pour ar­ri­ver dans notre ho­raire, mais elle tripe dans cha­cune de ses ac­ti­vi­tés. Contrai­re­ment à moi qui avais be­soin que ma mère me donne des coups de pied dans le der- rière, Ju­lia est ri­gou­reuse. Elle a tou­te­fois be­soin de se faire dire qu’elle est bonne. On a une belle fille en san­té, vive d’es­prit, et ce qui est im­por­tant, c’est qu’elle soit heu­reuse.» Res­semble-t-elle plus à sa mère ou à son père? «Elle res­semble beau­coup à sa mère de toutes sortes de fa­çons: elle est pleine d’en­train et sait ce qu’elle veut dans la vie. Quant à moi, elle me res­semble phy­si­que­ment, et elle est douce, éner­gique et pa­tiente. Elle aime être en groupe. Tous

«Je di­rais qu’il y a une es­pèce d’ur­gence de vivre.»

les deux, on adore faire de la mu­sique en gang. On est bé­nis par cette en­fant.» Pour re­ve­nir à ce que tu di­sais au dé­but, tu as cé­lé­bré tes 50 ans cette an­née. Est-ce que le cap de la cin­quan­taine a chan­gé quelque chose pour toi? «Rien du tout! Or, ça adonne que dans l’an­née tran­si­toire vers la cin­quan­taine, j’ai per­du mes deux pa­rents. Ça change quelque chose! Pour ma part, je suis en­core en forme, j’ai plein d’idées, de dé­si­rs et j’ai une belle fa­mille. Mais j’ai tou­jours une image très claire de mes pa­rents lors­qu’ils avaient 50 ans, donc je vois bien ce qui s’est pas­sé entre ce chiffre et l’âge où ils sont par­tis tous les deux. Je di­rais qu’il y a une es­pèce d’ur­gence de vivre. J’ai moins le goût de m’épi­var­der dans des trucs qui ne se­ront pas plei­ne­ment sa­tis­fai­sants. Il y a aus­si une pré­oc­cu­pa­tion sup­plé­men­taire de me te­nir en forme, pour moi et pour ma fille. J’ai trou­vé ça épou­van­table de perdre mes pa­rents à 50 ans, alors je n’ose pas ima­gi­ner ce que ça doit être d’en perdre un à l’âge de 10 ou 15 ans. En même temps, on fi­nit par se re­mettre des deuils, même si c’est dif­fi­cile. J’ai pas­sé les 15 der­nières an­nées à être un ai­dant na­tu­rel. Ça me fait énor­mé­ment de peine d’avoir per­du mes pa­rents, d’au­tant plus que mon père est mort dans des cir­cons­tances hor­ribles. Mais c’est épui­sant d’être un ai­dant na­tu­rel et de voir ses pa­rents dé­cli­ner. Même si j’ai vé­cu deux deuils consé­cu­tifs, je ne peux pas dire que je suis mal­heu­reux de ne plus être dans cette si­tua­tion. C’est drai­nant. En ce mo­ment, on se concentre sur notre pe­tite fa­mille et on pro­fite de chaque ins­tant.» Fi­na­le­ment, tu as cé­lé­bré tes 50 ans en grand. Qu’as-tu fait? «Mon par­ty de 50 ans était pré­vu quelques jours après la mort de mon père, mais on l’a re­por­té six mois plus tard. Toute ma bel­le­fa­mille était là, c’était co­ol. Le par­ty a du­ré trois jours et de­mi. Je me suis lais­sé al­ler, di­sons ( rires). Il y avait éga­le­ment des col­lègues de tous les pro­jets aux­quels j’ai par­ti­ci­pé. Je vois mes 50 ans comme un nou­veau dé­part. C’est une nou­velle phase de la vie qui com­mence.»

Le chan­teur croit que son spec­tacle plai­ra as­su­ré­ment aux nos­tal­giques.

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