La jeu­nesse d’une Pre­mière dame

Ima­gi­nez une exis­tence sans sou­ci fi­nan­cier, au­cun ho­raire, juste des voyages et des fêtes somp­tueuses où vous êtes le point de mire… Trop beau pour être vrai? Pas pour tous, puisque c’est le genre de vie que mène Ja­ckie dès sa nais­sance.

Biographies Collection - - Jeunesse -

Jac­que­line Lee Bou­vier vient au monde le 28 juillet 1929 à Sou­thamp­ton, Long Is­land, dans l’état de New York. Elle est la fille aî­née d’un agent de change, John Vernou Bou­vier III, et de Ja­net Nor­ton Lee. Éle­vée au sein d’une fa­mille très for­tu­née, elle passe ses pre­mières an­nées à New York et East Hamp­ton où se trouve le do­maine fa­mi­lial des Bou­vier. Ces der­niers sont de des­cen­dance fran­çaise et vivent dans l’opu­lence de­puis des gé­né­ra­tions. Ils pos­sèdent des écu­ries, des po­neys et des che­vaux de course, dont un ma­gni­fique ale­zan nom­mé Dan­seuse avec le­quel Ja­ckie rem­porte de nom­breuses com­pé­ti­tions équestres.

Du cô­té ma­ter­nel, la fa­mille dis­pose éga­le­ment de moyens fi­nan­ciers im­por­tants et dé­tient de nom­breuses pro­prié­tés, no­tam­ment à East Hamp­ton. Is­sus de la bour­geoi­sie

Dès son plus jeune âge, elle pra­tique l’équi­ta­tion

ir­lan­daise de la Grosse Pomme, ses membres fré­quentent les mêmes cercles mon­dains que les Bou­vier et mènent sen­si­ble­ment le même train de vie. Ils ont des do­mes­tiques, des femmes de chambre, des cui­si­niers, des gar­çons d’écu­rie et des en­traî­neurs de che­vaux. D’ailleurs, quand on se penche sur la gé­néa­lo­gie des deux fa­milles, il ap­pert que tous les an­cêtres de Ja­ckie res­pirent la ri­chesse et semblent sor­tis tout droit du film Gats­by, le ma­gni­fique.

Les Bou­vier, riches à cra­quer

Le grand- père pa­ter­nel de Ja­ckie, John Vernou Bou­vier II ( 1865- 1948), dit le ma­jor, est un avo­cat new- yor­kais res­pec­té, am­bi­tieux et très pa­trio­tique. Il porte de chics cos­tumes trois­pièces, une canne, une mous­tache cos­mé­ti­quée et la ban­nière étoi­lée à sa bou­ton­nière. Comme son père, il de­vient agent de change et tra­vaille aux cô­tés de son oncle cé­li­ba­taire, Michel Charles Bou­vier, où il fait fruc­ti­fier à son tour le pa­tri­moine fa­mi­lial. Il hé­rite éga­le­ment de l’im­mense for­tune de son oncle à sa mort. Se pré­ten­dant is­su de la no­blesse fran­çaise, il uti­lise une par­tie de cette somme pour faire pu­blier la gé­néa­lo­gie des Bou­vier, Nos an­cêtres ( voir en­ca­dré à la page 12).

Con­trai­re­ment à bien d’autres

en­fants de son temps, Ja­ckie vi­vait dans la ri­chesse Elle a des an­cêtres fran­çais et ir­lan­dais

Sa femme,

fait par­tie de la fine fleur bri­tan­nique ins­tal­lée à Long Is­land de­puis des gé­né­ra­tions. C’est une mère ai­mante, aux ma­nières char­mantes, qui prend soin de ses cinq en­fants: John ( le père de Ja­ckie), William ( oncle Bud), Édith et les jumelles, Maude et Mi­chelle. Comme il convient à sa po­si­tion so­ciale, la fa­mille oc­cupe un luxueux du­plex sur Park Ave­nue et passe la plu­part des wee­kends à East Hamp­ton. Elle y pos­sède un im­po­sant ma­noir à l’an­glaise do­mi­nant un parc de sept hec­tares connu sous le nom La­sa­ta, un mot amé­rin­dien si­gnifiant « lieu de paix » . Cette ré­si­dence mé­rite bien son nom, car Ja­ckie y connaît les plus belles an­nées de sa vie.

Elle en parle d’ailleurs avec émo­tion dans une lettre adres­sée à son cor­res­pon­dant, Ha­drien, quelques an­nées plus tard: « Je me sou­viens que nous par­tions de Park Ave­nue aux alen­tours de mai pour ne ren­trer que vers oc­tobre. L’entre- deux n’était que La­sa­ta. Cette de­meure ap­par­te­nait à grand- père Bou­vier et c’est là que je suis née. […] C’est à La­sa­ta que j’ai dé­ve­lop­pé une pas­sion pour l’équi­ta­tion, trans­mise par ma mère, et que j’ai par­ti­ci­pé à mes pre­mières com­pé­ti­tions. Je me sou­viens par­ti­cu­liè­re­ment d’un été

Les hommes de sa fa­mille font preuve d’in­fi­dé­li­té

où je pas­sais tout mon temps dans le ma­nège à maî­tri­ser le pas. » Mal­gré l’opu­lence, les Bou­vier ont aus­si leurs se­crets de fa­mille. En ef­fet, à la fin des an­nées 1930, le ma­jor en­tre­tient une maî­tresse, une sé­dui­sante An­glaise de 30 ans plus jeune que lui, qui tra­vaille à New York pour l’am­bas­sade bri­tan­nique. Il la voit sou­vent, pas tou­jours dis­crè­te­ment, et lui offre de jo­lis ca­deaux coû­teux. Lorsque sa femme dé­couvre leur liai­son, la ten­sion monte dans le couple et la vie à La­sa­ta de­vient in­sup­por­table. Maude Frances a le coeur bri­sé et meurt quelques mois plus tard, le 3 avril 1940. Le ma­jor lui survit huit ans.

Un père don Juan, joueur et in­sou­ciant

Le père de Ja­ckie, John Vernou Bou­vier III, est né le 19 mai 1891. Fils aî­né du ma­jor, il est di­plô­mé de Yale, beau, sé­dui­sant et très élé­gant. Il a des yeux bleus, une épaisse che­ve­lure noire et des traits vi­rils aux­quels peu de femmes peuvent ré­sis­ter. Il ar­bore éga­le­ment un beau bron­zage tout au

Bien que l’ar­gent ait tou­jours été au coeur de la fa­mille Bou­vier, il fut aus­si source de conflits

long de l’an­née, dé­pense de bon coeur et cour­tise ou­ver­te­ment les jo­lies filles. De plus, il se chu­chote que sa fa­mille est cos­sue, ce qui le place en tête de liste des cé­li­ba­taires dé­si­rables de la ré­gion.

Agent de change dans le ca­bi­net de son père de­puis la fin de ses études, il vole de ses propres ailes en 1922. Il de­vient cour­tier des cour­tiers et gagne de fortes sommes, mais il di­la­pide son ar­gent au jeu et en sor­ties avec les femmes. Pour ce fê­tard, la vie n’est qu’une suc­ces­sion de ré­cep­tions, concours hip­piques, ca­si­nos, séances de magasinage et soi­rées dans les boîtes de nuit. Il fait sou­vent l’ob­jet des chro­niques mon­daines, qui le sur­nomment « Black Jack » en rai­son de ses prouesses amou­reuses et son pen­chant pour l’al­cool et le jeu.

À l’âge de 37 ans, il épouse la riche hé­ri­tière Ja­net Nor­ton Lee, qui donne nais­sance à Ja­ckie l’an­née sui­vante. Il vit confor­ta­ble­ment avec sa fa­mille dans les ré­si­dences de son père, mais ne dé­laisse pas son mode de vie fri­vole pour au­tant. Il perd aus­si beau­coup d’ar­gent lors du krach de 1929 et fi­nit par connaître des

«

»

dif­fi­cul­tés fi­nan­cières. Il réus­sit tout de même à s’en sor­tir avec l’aide de son père et de son beau- père, qui lui ac­cordent de nom­breux prêts.

Il ne se re­ma­rie pas après son di­vorce avec Ja­net Lee, en 1940, mais conti­nue à voir ses filles ré­gu­liè­re­ment. Il les em­mène au zoo, man­ger des glaces, cou­rir les ma­ga­sins, vi­si­ter les mu­sées, voir des spec­tacles.

Bref, il ne leur re­fuse rien et les en­cou­rage à par­ti­ci­per à toutes les ac­ti­vi­tés qui leur plaisent afin de se dé­mar­quer des autres jeunes femmes.

Ja­ckie l’adore et rayonne lit­té­ra­le­ment en sa pré­sence. Dans sa cor­res­pon­dance avec Ha­drien, elle en parle avec une ten­dresse évi­dente: «Vous sa­vez, East Hamp­ton était un en­droit en­core à part à l’époque, qui sem­blait sor­tir d’un autre temps; on y voyait des voi­tures à che­val, c’était idyl­lique. […] Le blanc était la cou­leur do­mi­nante; il n’y avait que cette nuance ra­fraî­chis­sante que les gens des clubs comme Maid­stone por­taient. J’étais fas­ci­née par les al­lures fan­to­ma­tiques des dames aux longs col­liers de perles et des mes­sieurs. Mais c’était mon père qui avait la plus fière al­lure dans son cos­tume. »

Sa mère, une femme du monde

Ja­net Nor­ton Lee est née le 3 dé­cembre 1907 à Man­hat­tan. Son père, James Tho­mas Lee, est un ma­gnat de l’immobilier et de la fi­nance, di­plô­mé de l’école de droit de l’uni­ver­si­té Co­lum­bia. Grâce à son sens des af­faires, il oc­cupe pen­dant 40 ans le poste de pré­sident de la New York Cen­tral Sa­vings Bank, ce qui lui vaut une si­tua­tion im­por­tante au sein de l’élite new- yor­kaise. Ma­rié à Mar­ga­ret A. Mer­ritt, il a trois filles: Wi­ni­fred, Ja­net ( la mère de Ja­ckie) et Marion. La fa­mille ha­bite une grande mai­son avec do­mes­tiques à Man­hat­tan et passe ses étés à East Hamp­ton.

Comme ses soeurs, Ja­net fré­quente des écoles pri­vées de grand re­nom, ap­prend les bonnes ma­nières, puis étu­die à Vas­sar, l’un des col­lèges uni­ver­si­taires les plus hup­pés des États- Unis. Elle pos­sède sa propre voi­ture et s’avère une ca­va­lière ac­com­plie. Lorsque sa fa­mille passe son pre­mier été à East Hamp­ton, elle y fait la connais­sance

de Black Jack, qu’elle épouse le 7 juillet 1928, à l’âge de 21 ans. La cé­ré­mo­nie se dé­roule à l’église Sainte- Phi­lo­mène, à East Hamp­ton, de­vant une as­sem­blée de ban­quiers, de ma­gis­trats et d’am­bi­tieux jeunes gens de la haute fi­nance amé­ri­caine. Les nou­veaux ma­riés passent leur nuit de noces au chic hô­tel Sa­voy Pla­za, à New York, et partent le len­de­main pour un luxueux voyage de cinq se­maines en Eu­rope.

En plus de ve­nir d’une fa­mille ai­sée, Ja­ckie est aus­si une jeune femme très in­tel­li­gente, qui pour­suit ses études et une car­rière de jour­na­liste.

Au retour, le couple em­mé­nage dans la ré­si­dence des Bou­vier, La­sa­ta. L’an­née sui­vante, Ja­net donne nais­sance à sa pre­mière fille et lui donne le pré­nom fé­mi­ni­sé de son père, Jac­que­line. Le 3 mars 1933, elle met au monde Ca­ro­line Lee Bou­vier, qui se­ra connue plus tard comme la prin­cesse Lee Rad­zi­will. Comme les Bou­vier pos­sèdent sept po­neys et au­tant de che­vaux de course, elle ini­tie ses filles à l’équi­ta­tion et en fait des ca­va­lières ac­com­plies, si bien que Ja­ckie rem­porte en 1940 une com­pé­ti­tion équestre dont le New York Times fait men­tion dans ses pages mon­daines.

Ce­pen­dant, comme Ja­net sup­porte mal les frasques de son ma­ri, le couple se sé­pare en 1936. Il se re­met en­semble l’an­née sui­vante, mais di­vorce trois ans plus tard à la de­mande de Ja­net. Triste pé­riode pour Ja­ckie, qui est proche de son père. Elle écri­ra plus tard: « Comme beau­coup d’en­fants de pa­rents di­vor­cés, j’ai vé­cu des pé­riodes dures et sombres, les quo­li­bets des autres, ce qui vous fait ra­va­ler votre fier­té, d’une cer­taine ma­nière. »

Un beau- père sym­pa­thique

En 1942, la mère de Ja­ckie épouse en se­condes noces Hugh D. Au­chin­closs, hé­ri­tier d’im­menses in­té­rêts dans la Standard Oil. Ce­lui- ci pos­sède un vaste do­maine en Vir­gi­nie, Mer­ry­wood, ain­si qu’une im­po­sante ré­si­dence de 28 pièces au Rhode Is­land, Ham­mers­mith Farm, où les fillettes s’ins­tallent avec le couple. Ces pro­prié­tés com­portent des écu­ries, des ma­nèges d’équi­ta­tion, des étables, des pou­laillers et des en­clos pour les ani­maux. Ja­ckie, qui a 13 ans, peut donc conti­nuer à mon­ter à che­val et à s’en­traî­ner pour les com­pé­ti­tions équestres.

Elle mène une exis­tence pri­vi­lé­giée, mais aus­si très as­trei­gnante, car sa mère at­tache une grande im­por­tance au dé­co­rum. Ex­trê­me­ment exi­geante, Ja­net im­pose des règles de conduite strictes à ses filles et gou­verne les 25 per­sonnes à son ser­vice d’une main de fer. Heu­reu­se­ment, leur beau- père, que Ja­ckie sur­nomme « oncle Hugh­die » , adou­cit leur vie en ac­cep­tant qu’elles donnent des ré­cep­tions à la mai­son. Pour l’en­trée de Jac­que­line dans le monde en 1947, par exemple, il or­ga­nise un thé dan­sant pour 300 per­sonnes à Ham­mers­mith Farm dont les jour­naux lo­caux font men­tion. Quelques jours plus tard, le chro­ni­queur mon­dain du New York Jour­nal, Igor Cas­si­ni, la dé­signe comme la reine des dé­bu­tantes de l’an­née. « J’es­sayais de choi­sir une des plus jo­lies et des plus éblouis­santes jeunes filles de la so­cié­té, ra­conte Cas­si­ni. Ja­ckie n’était pas éblouis­sante, mais elle avait quelque chose de spé­cial, une élé­gance dis­crète. Bien que ti­mide et ex­trê­me­ment secrète, elle sor­tait du lot. Elle avait ce pe­tit quelque chose. Je ne sais pas quel mot choi­sir pour dé­fi­nir cette qua­li­té: beau­té, charme, cha­risme, style… Bref, quoi que ce fût, elle l’avait. »

Un ave­nir pro­met­teur

En 1949, Ja­ckie part étu­dier en France. Elle suit d’abord un cours in­ten­sif de fran­çais à Gre­noble, puis à la Sor­bonne à Paris. À son retour en 1950, elle entre à l’uni­ver­si­té George Washington où elle ob­tient un di­plôme en lit­té­ra­ture fran­çaise.

À la fin de ses études, elle s’ins­crit au concours lit­té­raire du 16e Prix de Paris or­ga­ni­sé par le ma­ga­zine Vogue, pour le­quel elle doit écrire un es­sai sur le thème « Les gens que j’au­rais vou­lu connaître » . Elle choi­sit l’écri­vain Os­car Wilde, le poète Charles Bau­de­laire et l’im­pré­sa­rio Serge Dia­ghi­lev. Elle gagne le concours haut la main, de­van­çant 1 280 can­di­dates de 225 uni­ver­si­tés.

Le suc­cès dans cette com­pé­ti­tion lui donne la pos­si­bi­li­té de faire un stage d’un an dans le ma­ga­zine et de sé­jour­ner six mois à Paris et six mois à New York. Ja­ckie le re­fuse sous les pres­sions de sa mère et de son beau- père, qui craignent qu’un autre sé­jour dans l’hexa­gone la dé­tache

Ja­ckie dé­couvre très tôt sa pas­sion pour l’équi­ta­tion

La­sa­ta, l’im­po­sant ma­noir des Bou­vier qui do­mine un parc de sept hec­tares.

Ja­ckie à cinq ans avec ses deux pa­rents, en 1934

Ja­ckie était non seule­ment l'aî­née des filles de John Bou­vier, mais aus­si sa pré­fé­rée.

Les jeunes soeurs, Ja­ckie et Ca­ro­line, lors d'une ex­po­si­tion ca­nine.

Jac­que­line à 16 ans, du­rant ses études à Miss Por­ter’s School.

John Bou­vier, le père de Ja­ckie, plus connu sous le nom de « Black Jack » mul­ti­plie les frasques et les conquêtes amou­reuses.

Ja­ckie à 12 ans ( à droite), se pro­me­nant avec sa soeur, Ca­ro­line ( à gauche), et sa mère ( au centre) en 1941.

Ja­ckie à 13 ans, avec son père, John Bou­vier. Elle ado­rait pas­ser ses jour­nées à Ham­mers­mith Farm, leur ré­si­dence du Rhode Is­land.

Le cé­lèbre « Black Jack » , ac­com­pa­gné de sa fille, Ja­ckie, ado­les­cente.

La soeur de Ja­ckie, Ca­ro­line Lee Bou­vier, naît le 3 mars 1933.

Ici, en­tou­rée de son père ( à gauche) et de son grand- père ( à droite).

Ja­ckie, alors âgée de 20 ans.

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