John F. Ken­ne­dy: l’amour d’une vie

Jac­que­line Bou­vier ren­contre John F. Ken­ne­dy pour la pre­mière fois en 1951 lors­qu’elle vient cher­cher sa soeur, Jean Ann, pour faire de l’équi­ta­tion. Elle l’ignore en­core, mais le des­tin lui ré­serve une sur­prise toute par­ti­cu­lière...

Biographies Collection - - Jeunesse -

Un des ad­mi­ra­teurs de Jac­que­line au Times-he­rald, le jour­na­liste Charles Bart­lett, fré­quente à l’oc­ca­sion John Ken­ne­dy qu’il a ren­con­tré peu de temps après la guerre. Son épouse, Mar­tha Buck, lui sug­gère donc de l’in­vi­ter à leur pro­chaine ré­cep­tion pour ser­vir d’es­corte à la jeune cé­li­ba­taire. Elle les pré­sente l’un à l’autre et fait en sorte de les pla­cer côte à côte afin de fa­vo­ri­ser leur rap­pro­che­ment: «Je connais­sais les goûts de John en ma­tière de femmes et pen­sais qu’il ai­me­rait Ja­ckie, parce qu’elle n’était pas comme tout le monde.»

C’est le cas. En plus d’être in­tel­li­gente, culti­vée et très jo­lie, Ja­ckie a de la classe et la re­par­tie fa­cile. Elle sait se mon­trer cha­leu­reuse, en­thou­siaste et gaie et peut par­ler de n’im­porte quoi sans avoir l’air d’une idiote. Pour John, elle in­carne la conquête idéale. D’ailleurs, dans une entrevue ac­cor­dée au Time Ma­ga­zine en 1957, il évoque cette soi­rée où il est tom­bé sous le charme de la belle: «Elle me pa­rais­sait plus pro­fonde que la plu­part des jeunes femmes que j’avais ren­con­trées jusque-là et ne sem­blait pas se conten­ter de faire éta­lage de sa beau­té.»

Il la rac­com­pagne donc jus­qu’à sa voi­ture après la ré­cep­tion et

lui té­lé­phone le len­de­main pour prendre de ses nou­velles. Tou­te­fois, comme il se pré­pare aux élec­tions sé­na­to­riales dans le Mas­sa­chu­setts, il ne lui donne plus signe de vie jus­qu’à l’au­tomne. Ja­ckie, quant à elle, passe l’été en Eu­rope avec sa soeur, où elles vi­sitent l’an­gle­terre, l’es­pagne, la Suisse, la France et l’italie. Lors­qu’elle re­vient d’eu­rope, John re­prend contact avec elle et lui pro­pose un ren­dez-vous. Il l’in­vite au ci­né­ma, l’em­mène dan­ser et la re­voit de plus en plus sou­vent. Il la pré­sente éga­le­ment à ses proches alors qu’ils sé­journent dans leur mai­son de Hyan­nis Port. Se­lon Di­nah Bridge, une amie de la fa­mille, les Ken­ne­dy ont été im­pres­sion­nés par le raf­fi­ne­ment et les ma­nières de Ja­ckie: «Je di­rais qu’elle a été mise à l’épreuve, et elle a sou­te­nu ad­mi­ra­ble­ment le bar­rage de ques­tions des Ken­ne­dy. Car il s’agis­sait bien d’un bar­rage. Il fal­lait avoir une sa­crée forme, vous sa­vez, parce que les plaisanteries al­laient vite. Mais elle s’en sor­tait à mer­veille.»

Ce­pen­dant, Jac­que­line n’aime pas le cô­té com­pé­ti­tif et ru­gueux des Ken­ne­dy qui jouent entre eux au touch-foot­ball et «s’em­poignent comme des go­rilles» , di­ra-t-elle à sa soeur, Lee. Elle n’ap­pré­cie pas non plus le lan­gage co­dé et les plaisanteries des soeurs de John à son su­jet. Par exemple, quand elle fait son ap­pa­ri­tion pour le dî­ner, ha­billée avec un peu plus de re­cherche que les autres, ces der­nières la sur­nomment « la dé­bu­tante » et ri­di­cu­lisent sa voix feu­trée qu’elles jugent in­fan­tile.

Sa belle-mère éprouve aus­si beau­coup de dif­fi­cul­té à l’ac­cep­ter dans le clan. Elle la trouve trop jo­lie, trop édu­quée et trop amou­reuse de son fils ado­ré. Très col­let mon­té, Rose hous­pille Ja­ckie lors­qu’elle ne se plie pas à ses vo­lon­tés ou ne lui adresse pas la pa­role. Tout le monde connaît l’his­toire où, exas­pé­rée par les ha­bi­tudes de lè­ve­tard de Ja­ckie, elle or­donne de­vant un groupe d’in­vi­tés qu’on aille la ré­veiller sur-le­champ. Sa fu­ture bru n’ayant pas ré­pon­du à son ordre, Rose l’ignore pen­dant le reste de son sé­jour à la mai­son.

En re­vanche, Jac­que­line est très à l’aise avec le frère et la belle-soeur de John, Bob­by et Ethel Ken­ne­dy, chez qui il leur ar­rive de dî­ner et de pas­ser la soi­rée. Elle s’en­tend aus­si très bien avec son beau-père, Jo­seph, en qui elle re­trouve une par­tie du charme de son propre père. De son cô­té, Joe Ken­ne­dy trouve qu’elle a tout ce qu’il faut pour ai­der John à at­teindre la pré­si­dence. Elle est pas­sée par Vas­sar et la Sor­bonne, a été dé­bu­tante de l’an­née, a re­çu le prix de Paris et vit à Mer­ry­wood et Ham­mers­mith Farm. Pour lui, tout laisse à pen­ser qu’elle est riche, ce qui dis­sipe sa crainte qu’elle cherche à faire un ma­riage d’ar­gent.

Comme il re­con­naît ses atouts, il de­vient son plus ardent dé­fen­seur au­près de son fils: «Un homme po­li­tique doit être ma­rié, lui ré­pète-t-il, et un homme po­li­tique ca­tho­lique doit avoir une femme ca­tho­lique. Elle doit avoir de la classe. Ja­ckie a sans doute plus de classe qu’au­cune des filles qu’on a vues ici.» Aus­si, après l’élec­tion de John comme sé­na­teur du Mas­sa­chu­setts, en no­vembre 1952, il in­cite son fils à en faire sa pro­mise. Le couple fait sa pre­mière ap­pa­ri­tion pu­blique au bal d’inau­gu­ra­tion du pré­sident Ei­sen­ho­wer, en jan­vier 1953, puis an­nonce of­fi­ciel­le­ment ses fian­çailles le 25 juin.

JFK, un ma­ri idéal?

L’in­té­rêt de Ja­ckie pour John ne fait qu’aug­men­ter au fil de leurs sor­ties. Même s’il est son aî­né de douze ans, elle le trouve beau, amu­sant, sé­dui­sant. En outre, il est une étoile mon­tante du par­ti dé­mo­crate et cette puis­sance l’ex­cite. Il n’est donc pas ques­tion qu’elle le laisse fi­ler en douce. Or, lors­qu’elle in­forme un ami de la fa­mille de ses in­ten­tions d’épou­ser Ken­ne­dy, ce­lui-ci tente de la dis­sua­der: «John et moi étions liés d’ami­tié à l’époque où je sor­tais avec sa soeur, Kath­leen, ra­conte John White. Nous étions sou­vent sor­tis à quatre. Je sa­vais quel cou­reur il était, et je dis à Ja­ckie que je ne pen­sais pas qu’il fe­rait un bon ma­ri, qu’il était cer­tai­ne­ment un com­pa­gnon dis­trayant, mais pas du tout le genre qu’on pré­sente à sa mère. J’avais connu d’autres filles qui avaient eu af­faire à lui. Je connais­sais leur his­toire.»

De son cô­té, le jeune sé­na­teur fait l’ob­jet d’un ar­ticle dans le Sa­tur­day Eve­ning Post in­ti­tu­lé « John Ken­ne­dy, le joyeux cé­li­ba­taire du Sé­nat ». Re­con­nu comme étant un homme à femmes, il ne veut pas of­fi­cia­li­ser sa re­la­tion avec Ja­ckie avant que le ma­ga­zine ne sorte en kiosque: «John avait beau­coup de suc­cès avec les filles. Beau­coup. Il lui suf­fi­sait de cla­quer les doigts. Et il ne se conten­tait pas d’une fille à la fois, il en avait plu­sieurs. Des étu­diantes, des man­ne­quins, des hô­tesses de l’air, des dan­seuses, des infirmières. Il en avait un stock in­épui­sable. Il ai­mait la va­rié­té, l’aven­ture» , rap­porte James Rous­ma­nière qui l’a cô­toyé à Har­vard.

Mal­gré tout, Ja­ckie le cap­tive. Il lui fait donc sa grande de­mande avant qu’elle parte à Londres, où elle doit faire un re­por­tage sur le cou­ron­ne­ment de la reine Eli­za­beth II. Il lui glisse au doigt une bague de fian­çailles com­po­sée d’une éme­raude et d’un dia­mant de chez Van Cleef & Ar­pels à New York.

Tous les Ken­ne­dy tombent sous le charme, sauf la mère!

Un ma­riage gran­diose

Le ma­riage a lieu le 12 sep­tembre 1953 à l’église ca­tho­lique Sainte-marie (St Ma­ry’s Ro­man Ca­tho­lic Church) de New­port, au Rhode Is­land. Jac­que­line porte une longue robe bouf­fante de soie ivoire échan­crée aux épaules et as­sor­tie d’un lé­ger voile qui lui sert de traîne. Elle re­monte l’al­lée au bras de son beau-père, Hugh Au­chin­closs, son père étant trop ivre pour la conduire à l’au­tel. Le ma­rié est en queue de pie sur un pan­ta­lon à fines rayures. La cé­ré­mo­nie est cé­lé­brée par le car­di­nal Richard Cu­shing, ami de la fa­mille Ken­ne­dy, de­vant 800 in­vi­tés.

Consi­dé­ré comme l’évé­ne­ment mon­dain de la sai­son, ce ma­riage at­tire une foule im­mense sur le par­vis. Aus­si, lorsque les nou­veaux ma­riés sortent de l’église, des po­li­ciers doivent conte­nir la mul­ti­tude de cu­rieux pour leur li­bé­rer un pas­sage. La ra­vis­sante ma­riée de 24 ans est pho­to­gra­phiée sous tous les angles et res­plen­dit de bon­heur au bras de son époux.

Le ma­riage at­tire une foule im­mense

La ré­cep­tion qui s’en­suit réunit pas moins de 1200 per­sonnes à Ham­mers­mith Farm, l’im­mense do­maine des Au­chin­closs à New­port. Comme le veut la tra­di­tion, le couple tranche le fa­bu­leux gâ­teau de noces, puis Jac­que­line ouvre le bal avec son beau-père, Joe Ken­ne­dy, qui lui offre une broche en dia­mants en ca­deau de ma­riage. De nom­breux cli­chés im­mor­ta­lisent l’évé­ne­ment.

Les jeunes ma­riés passent leur nuit de noces et la sui­vante dans la suite nup­tiale du Wal­dorf-as­to­ria avant de s’en­vo­ler pour Mexi­co et Aca­pul­co. Ils y passent deux se­maines dans une vil­la ap­par­te­nant au pré­sident mexi­cain, Don Mi­guel Ale­man, que Joe Ken­ne­dy connais­sait de longue date. Cette ré­si­dence de pierre rose, sur­plom­bant une fa­laise d’ar­gile rouge, s’élève sur plu­sieurs ni­veaux au­des­sus des eaux bleues du Pa­ci­fique et consti­tue le cadre idéal pour leur lune de miel. Le couple s’en­vole en­suite pour San Fran­cis­co où il sé­journe jus­qu’à la mi-oc­tobre. Leurs pre­mières an­nées en­semble sont heu­reuses, même si elles sont par­se­mées de congrès, de cam­pagnes électorales et d’élec­tions. Dans leurs mo­ments in­times, ils se montrent d’une grande ten­dresse l’un en­vers l’autre et forment un couple bien as­sor­ti, même par leurs pré­noms, Jack et Ja­ckie. En bonne épouse, cette der­nière suit des cours d’his­toire et de po­li­tique amé­ri­caines afin de se­con­der son ma­ri et s’ef­force d’élar­gir ses goûts

JFK: l’homme à femmes enfin domp­té?

ar­tis­tiques. Lui, de son cô­té, sait ap­pré­cier ce qu’elle fait pour lui. Ja­ckie le cap­tive et son vi­sage s’éclaire dès qu’elle fait son ap­pa­ri­tion dans une pièce. Se­lon ses proches, il est fier d’elle et la suit des yeux quand elle se dé­place.

La jour­na­liste Ma­ry Van Rens­se­laer Thayer, amie de la fa­mille, ra­conte à ce su­jet: « Ce qui chez elle plai­sait le plus aux hommes, c’était cette fa­cul­té qu’elle avait de de­ve­nir “un phare de charme”. Lors­qu’elle ai­mait un homme, elle en di­ri­geait le fais­ceau sur lui, igno­rant tout le reste. Elle le bu­vait de ses grands yeux écar­tés et l’écou­tait comme un oracle. C’est ce qui se pas­sait avec John Ken­ne­dy. »

JFK, loin d’être un ma­ri fi­dèle

Tou­te­fois, ce n’est pas suf­fi­sant pour mettre un frein au li­ber­ti­nage de John. Dans les ré­cep­tions, il lui ar­rive sou­vent de lais­ser sa femme seule, après s’être éclip­sé avec une in­vi­tée. Il a éga­le­ment de nom­breuses aven­tures avec des ve­dettes de ci­né­ma, des se­cré­taires, des hô­tesses et des sta­giaires à la Mai­son-blanche. Se­lon Pierre Sa­lin­ger, le porte-pa­role du pré­sident, Ja­ckie connaît le pen­chant de son ma­ri pour le sexe et s’est fait une rai­son de ses mul­tiples in­fi­dé­li­tés. Elle a été édu­quée pour de­ve­nir une «femme de de­voir» et prend ses aven­tures avec un cer­tain dé­ta­che­ment. Elle a d’ailleurs dé­cla­ré: «Je ne crois pas qu’il y ait des ma­ris fi­dèles. Les hommes sont un tel mé­lange de bon et de mau­vais!»

Ma­ter­ni­té dif­fi­cile

En 1955, Ja­ckie est très heu­reuse d’ap­prendre qu’elle est en­ceinte, mais elle fait une fausse couche. L’an­née sui­vante, en août 1956, elle donne nais­sance à une fillette mort-née, qu’elle au­rait vou­lu pré­nom­mer Ara­bel­la. À l’hô­pi­tal, Bob­by Ken­ne­dy est à son che­vet, alors que son ma­ri se trouve en Mé­di­ter­ra­née. Il ap­prend par té­lé­gramme que Ja­ckie vient d’ac­cou­cher, mais ne la re­joint que trois jours plus tard. Cet évé­ne­ment conduit à une brève sé­pa­ra­tion du couple, qui se ré­con­ci­lie peu après.

Par chance, le 27 no­vembre 1957, elle a la joie de don­ner nais­sance à sa fille, Ca­ro­line. L’ado­rable fillette est une im­mense source de bon­heur pour le couple. Ja­ckie est aux anges et John se sent ras­su­ré, car il est dé­ci­dé à pour­suivre son as­cen­sion po­li­tique. Il brigue la pré­si­dence pour suc­cé­der à Ei­sen­ho­wer et pré­sente sa can­di­da­ture le 2 jan­vier 1960. Sa femme et sa fillette de trois ans font campagne avec lui. En route pour la pré­si­dence, il af­fronte pour la pre­mière fois le can­di­dat ré­pu­bli­cain Richard Nixon, à la té­lé­vi­sion. Dif­fu­sé le 26 sep­tembre sur toutes les chaînes na­tio­nales, le dé­bat at­tire 80 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs. Nixon y ap­pa­raît ner­veux, en sueur et mal ra­sé. Face à un Ken­ne­dy calme et sûr de lui, il res­sort af­fai­bli de la confron­ta­tion té­lé­vi­sée. Ré­sul­tat: JFK le bat de peu à l’élec­tion du 8 no­vembre 1960.

Deux se­maines plus tard, Ja­ckie met au monde leur pre­mier fils, John F. Ju­nior. Le bé­bé de 2,8 kg naît par cé­sa­rienne le 25 no­vembre et doit res­ter en cou­veuse quelques jours. La mère et l’en­fant quittent l’hô­pi­tal le ma­tin du 9 dé­cembre, jour de la tra­di­tion­nelle pas­sa­tion des pou­voirs à la maî­tresse de la Mai­sonB­lanche. En 1963, le couple a un autre gar­çon, Patrick Bou­vier Ken­ne­dy, qui meurt deux jours après sa nais­sance. En cette oc­ca­sion, Ja­ckie ra­conte que c’est la pre­mière fois qu’elle voit son ma­ri pleu­rer à chaudes larmes.

Ca­ro­line, l’en­fant tant at­ten­due

JFK vic­to­rieux face à Nixon

Le clan Ken­ne­dy

Le couple pa­raît au comble du bon­heur.

Plus de 800 in­vi­tés sont conviés à ce ma­riage digne des plus grands contes de fées.

Le ma­riage a lieu le 12 sep­tembre 1953 à l’église ca­tho­lique Sainte-marie de New­port, au Rhode Is­land.

Une épouse at­ten­tion­née

Ja­ckie et John, très com­plices, coupent la pre­mière part du gâ­teau en­semble.

La fa­mille pa­raît unie et l’amé­rique se pas­sionne pour les jeunes pen­sion­naires de la Mai­son-blanche.

Le dé­bat té­lé­vi­sé entre John Ken­ne­dy et Nixon signe la vic­toire de JFK.

Les photos des en­fants sont sou­vent très mé­dia­ti­sées pour amé­lio­rer la cote du fu­tur pré­sident.

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