En­fance trou­blée

Une Fi­del, l’en­fant ter­rible du col­lège. En 1895, le père de Fi­del, An­gel Cas­tro, a 20 ans lors­qu’il s’en­gage dans l’ar­mée es­pa­gnole pour al­ler faire la guerre à Cu­ba, à l’époque une co­lo­nie es­pa­gnole cher­chant à se dé­faire des chaînes du co­lo­nia­lisme. An

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EEn échange de quelques pe­sos, il ac­cepte de prendre la place d’un fils de riche mar­chand pour al­ler se battre dans cette île qu’il ne connaît pas. Le fu­tur papa de Fi­del pense fuir la mi­sère.

De­puis plus de 30 ans, Cu­ba est en guerre ci­vile. Les États-unis ob­servent le conflit et sont prêts à in­ter­ve­nir. Géo­gra­phi­que­ment et lo­gi­que­ment, se­lon plu­sieurs pen­seurs, Cu­ba de­vrait être un état amé­ri­cain. Wa­shing­ton offre plu­sieurs mil­lions à Ma­drid pour ache­ter l’île, mais l’es­pagne s’y ac­croche, pen­sant qu’elle fi­ni­ra bien par ma­ter les re­belles. C’est dans ce but qu’an­gel Cas­tro dé­barque à La Ha­vane en 1895, sous les ordres du gé­né­ral­wey­ler, un mi­li­taire de car­rière es­pa­gnol qui n’hé­site pas à ap­pli­quer la ma­nière forte. An­gel se bat pen­dant trois ans pour le compte de l’es­pagne qui, mal­gré ses 200 000 sol­dats dé­ployés à Cu­ba, connaît de graves re­vers. Il n’y a pas que l’achar­ne­ment des re­belles qui ex­plique la dé­con­fi­ture de l’es­pagne, l’ar­mée étant éga­le­ment dé­ci­mée par les ma­la­dies tro­pi­cales. En ef­fet, près de 100 000 sol­dats es­pa­gnols sont vic­times de la ma­la­ria, la fièvre jaune et la dys­en­te­rie. Mal­gré tout, cette guerre au­rait pu du­rer en­core plu­sieurs an­nées, du moins jus­qu’à ce que les États-unis s’en mêlent…

Dé­faite es­pa­gnole Le 15 fé­vrier 1898, un croi­seur amé­ri­cain coule dans le port de La Ha­vane à cause d’une ex­plo­sion ac­ci­den­telle. Il n’en faut pas plus pour que les États- Unis dé­clarent la guerre à l’es­pagne. Ils ont trou­vé leur pré­texte. En moins de dix mois, la puis­sance et la su­pé­rio­ri­té mi­li­taire amé­ri­caines viennent fa­ci­le­ment à bout de l’es­pagne, qui

Il de­vra se battre

rend les armes et ca­pi­tule sans condi­tion. Le trai­té de Paris fait perdre à l’es­pagne non seule­ment Cu­ba, mais éga­le­ment les Phi­lip­pines, Guam et Por­to Ri­co.

Après trois ans de com­bats, An­gel hé­site à re­tour­ner en Es­pagne où ne l’at­tend que la mi­sère. Il pour­rait se re­faire une vie dans cette île en ruine qui ne de­mande qu’à être re­cons­truite mais, avant de par­tir, An­gel s’était fian­cé et sa pro­mise l’at­ten­dait dans son vil­lage na­tal en Ga­lice. Il re­tourne donc en son pays pour ap­prendre que sa fian­cée ne l’a pas at­ten­du. Le mal­heu­reux évin­cé dé­cide de re­ve­nir à Cu­ba et en 1899, il dé­barque à La Ha­vane où les Amé­ri­cains ont re­cons­truit à la hâte l’éco­no­mie de l’île en y in­jec­tant des mil­lions de dol­lars.

On a com­pris que les Amé­ri­cains n’étaient pas là par bon­té de coeur, leur ob­jec­tif étant de dé­ve­lop­per la culture de la canne à sucre à grande échelle et de ma­nière in­ten­sive pour ali­men­ter leur mar­ché. La Uni­ted Fruit Com­pa­ny achète donc des mil­liers d’hec­tares et a be­soin de main- d’oeuvre. An­gel sai­sit l’op­por­tu­ni­té. Tri­mer dur est une ha­bi­tude chez lui, à tel point qu’en quelques

cette fois, Ramón, qui à son tour se­ra ex­pé­dié dans la pe­tite hutte pour y être éle­vé par sa grand­mère. An­gel vient spo­ra­di­que­ment vi­si­ter les enfants, mais reste dé­ter­mi­né à gar­der l’af­faire se­crète, comp­tant sur la dis­cré­tion et la do­ci­li­té de sa femme lé­gi­time. Mais il se trompe.

En ef­fet, Ma­ria Lui­sa, ac­com­pa­gnée de ses deux enfants, quitte le foyer fa­mi­lial. Il n’est pas ques­tion de di­vorce dans cette so­cié­té cu­baine dé­vo­te­ment ca­tho­lique. C’est néan­moins la jeune maî­tresse Li­na qui de­vient la grande pa­tronne.

Le dé­part de sa femme n’af­fecte pas tel­le­ment An­gel, car c’est le grand amour entre Li­na et lui. Un troi­sième en­fant vient ra­pi­de­ment bé­nir leur illé­gi­time union, Li­na ayant ac­cou­ché d’un fils le 13 août 1926. Son père lui choi­sit le pré­nom de son meilleur ami, Fi­del.

La sa­ga du pe­tit Les enfants de Li­na ne peuvent pas être bap­ti­sés, ni re­con­nus par leur père. Fi­del ne pou­vant donc pas por­ter le nom de son père, il s’ap­pelle Fi­del Ruz. Li­na a un qua­trième en­fant, le pe­tit Raúl, de quatre ans plus jeune que Fi­del. Mais Raúl n’est que son de­mi­frère, An­gel n’étant pas le père bio­lo­gique. Il est né d’une re­la­tion que Li­na a eue avec un ser­gent, mé­tis­sé chi­nois et mu­lâtre, ce qui n’em­pê­che­ra pas An­gel de le re­con­naître plus tard, et Fi­del de pro­té­ger et dé­fendre ce pe­tit frère du­rant toute sa vie.

Le pe­tit Fi­del souffre beau­coup de ne pas être bap­ti­sé. Il est la ri­sée de ses ca­ma­rades et les mères or­donnent à leurs enfants de ne pas jouer avec les pe­tits Ruz, car ce ne sont pas des ca­tho­liques. Li­na dé­cide de s’exi­ler à San­tia­go, où elle et ses quatre enfants pour­ront vivre dans l’ano­ny­mat d’une grande ville, et peu­têtre convaincre un cu­ré pas trop re­gar­dant de bap­ti­ser la mar­maille.

Fi­del de­vra at­tendre jus­qu’à l’âge de neuf ans avant d’être en­fin bap­ti­sé au mois de jan­vier 1935. Sur le bap­tis­taire, on a ins­crit: «Né de père in­con­nu». Il ne se­ra re­con­nu of­fi­ciel­le­ment par son père, et ne pren­dra le nom de Cas­tro, qu’en dé­cembre 1943. En­tre­temps, à 5 ans, Fi­del est pla­cé chez des amis de son père, dans une fa­mille haï­tienne, sa mère ne pou­vant s’oc­cu­per de tout ce monde. Mal­heu­reu­se­ment pour le bam­bin, son tu­teur a la main leste et est un adepte des châ­ti­ments cor­po­rels. Le pe­tit Fi­del le dé­teste, mais il ne peut pas comp­ter sur son père qui est ab­sent.

Fi­del entre comme ex­terne au col­lège La­salle, un éta­blis­se­ment me­né par les frères Ma­ristes, mais se ré­vèle un étu­diant in­sup­por­table, ba­gar­reur et sau­vage. Ce n’est qu’une fois ac­cep­té en tant que pen­sion­naire qu’il se calme et de­vient plus stu­dieux et obéis­sant. Il est heu­reux, car il n’est pas obli­gé de su­bir les foudres de son tu­teur. Ses frères Ramón et Raúl viennent le re­joindre chez les Ma­ristes alors qu’il a 9 ans.

L’ar­ri­vée de ses frères n’as­sa­git ce­pen­dant pas Fi­del. Les trois frères forment une pe­tite bande qui ter­ro­rise son en­tou­rage. N’ou­blions pas que même s’il est fi­na­le­ment bap­ti­sé, il n’est toujours pas re­con­nu par son père bio­lo­gique. Les frères Ma­ristes n’en peuvent plus et les trois gar­çons sont ren­voyés de l’éta­blis­se­ment. Le 7 jan­vier 1936, Fi­del se re­trouve à Bi­ran sous le toit pa­ter­nel. Pour Ramón et Fi­del, l’école est fi­nie, An­gel ayant dé­ci­dé de les édu­quer lui-même. Si Ramón est heu­reux, car il adore la terre, ce n’est pas le cas pour Fi­del, qui fugue à plu­sieurs re­prises et sup­plie qu’on le re­tourne au col­lège.

Les Jé­suites….

Mais An­gel ne cé­de­ra pas im­mé­dia­te­ment. Il tient à ma­ter cet en­fant re­belle. Il le re­tourne à San­tia­go dans la fa­mille haï­tienne que Fi­del dé­teste. Une crise d’ap­pen­di­cite le cloue au lit pen­dant trois mois. Fi­na­le­ment, Fi­del est en­voyé au cé­lèbre col­lège Do­lores de Be­lén, te­nu par les Jé­suites. Fi­del ad­mire les Jé­suites et leur aus­té­ri­té, leur dé­voue- ment et leur ex­trême ri­gueur. De plus, les pères sont à l’écoute de leurs charges. Fi­del est se­rein et en paix avec lui-même, se sen­tant comme s’il ve­nait de dé­cou­vrir une nou­velle fa­mille. Il fe­ra tout pour res­ter dans cet éta­blis­se­ment, no­tam­ment en met­tant fin à ses fo­lies.

En Es­pagne, la guerre ci­vile fait rage. C’est l’af­fron­te­ment de la droite de Fran­co contre les com­mu­nistes. Comme ses maîtres jé­suites, Fi­del dé­teste les rouges. À Cu­ba, les riches pro­prié­taires ter­riens, tels An­gel Cas­tro, savent fort bien qu’ils n’échap­pe­ront pas à la me­nace rouge. Pour faire face à ce pro­blème, ils s’unissent pour ap­puyer un cer­tain Ful­gen­cio Ba­tis­ta. Ils comptent sur lui pour être pro­té­gés contre une in­sur­rec­tion com­mu­niste. Éga­le­ment sou­te­nu par Frank­lin D. Roo­se­velt, le gé­né­ral Ba­tis­ta prend les com­mandes de la droite. Puisque les Jé­suites sup­portent Ba­tis­ta, Fi­del aus­si est der­rière ce gé­né­ral, qu’il com­bat­tra moins de vingt ans plus tard.

An­gel et Li­na ne sont toujours pas ma­riés et une sixième en­fant, une pe­tite fille du nom de En­ma, vient se joindre à la bande des illé­gi­times d’an­gel Cas­tro. À 12 ans, Fi­del ne peut toujours pas por­ter le nom de son père. Il ou­blie tous ses pro­blèmes et conflits fa­mi­liaux pour se tour­ner vers les pères Jé­suites et les études.

À 14 ans, en pleine élec­tion, il tra­vaille pour son père et goûte pour la pre­mière fois à la po­li­tique ac­tive. Il se pro­mène à che­val pour dis­tri­buer des pe­sos afin d’ache­ter le vote des pay­sans. Dé­but peu édi­fiant qui fait com­prendre au jeune ado­les­cent que tout s’achète en po­li­tique. En 1940, Ba­tis­ta est élu pré­sident de la Ré­pu­blique de Cu­ba.

En 1941, An­gel est fi­na­le­ment di­vor­cé et il épouse Li­na. Fi­del peut donc en­fin por­ter le nom de son père. Il entre au col­lège Be­lén des Jé­suites à La Ha­vane. Cet éta­blis­se­ment est re­con­nu pour for­mer l’élite de la na­tion. Il se dis­tingue par ses suc­cès aca­dé­miques et ses ex­ploits au bas­ket­ball. En 1945, Fi­del est ins­crit à l’uni­ver­si­té de La Ha­vane à la fa­cul­té de droit. Il est à la croi­sée des che­mins…

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