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Biographies Collection - - Ascension -

com­mu­nistes convain­cus, Al­fre­do Gue­va­ra (au­cune re­la­tion avec le Che) et Lio­nel So­to. Ces ami­tiés lui ouvrent l’es­prit sur le com­mu­nisme. Il est par­ti­cu­liè­re­ment im­pres­sion­né par Karl Marx et fait du Ma­ni­fes­te­du­par­ti­com­mu­niste son livre de che­vet. Fi­del dé­vore des ou­vrages mar­xistes, ain­si que di­vers trai­tés tou­chant à l’art de la gué­rilla.

La trans­for­ma­tion de Fi­del Alors que les élec­tions ap­prochent, les dis­cours de Fi­del prêchent la vio­lence et la dis­sen­sion ci­vile. Il en a as­sez de l’iner­tie des dif­fé­rents groupes an­tiRamón Grau. Mais les autres groupes et as­so­cia- tions sont exas­pé­rés par les pro­pos de Fi­del, ne voyant pas la né­ces­si­té de mettre le pays à feu et à sang.

Le 22 fé­vrier 1948, son vieil en­ne­mi Ma­no­lo Cas­tro (au­cune re­la­tion avec Fi­del) est as­sas­si­né à la sor­tie d’un ci­né­ma. Il ne fait au­cun doute dans les mi­lieux po­li­tiques que Fi­del est res­pon­sable, la haine entre les deux hommes étant de no­to­rié­té pu­blique. Quelques té­moins af­firment avoir vu Fi­del sur place le soir de l’as­sas­si­nat. Il est in­ter­ro­gé par la po­lice, mais faute de preuves, on le re­lâche, ce qui ne le ras­sure en rien, car ses en­ne­mis veulent sa peau. En ef­fet, ils sont convain­cus qu’il a abat­tu Ma­no­lo et Fi­del doit donc prendre la fuite une fois de plus.

Il dé­cide alors de sor­tir de Cu­ba, car il veut vi­si­ter le Ve­ne­zue­la, le Pa­na­ma et la Co­lom­bie. Il se rend compte que les pro­blèmes de Cu­ba et de ces trois pays se re­joignent: leurs ha­bi­tants par­tagent une haine com­mune pour les Yan­kees. Son an­ti-amé­ri­ca­nisme l’éloigne des mou­ve­ments d’ex­trême droite sud-amé­ri­cains à peu près tous fi­nan­cés par la CIA. Pour Fi­del, les com­mu­nistes ne sont pas des monstres as­soif­fés de sang, comme les Jé­suites et son père le lui avaient dit. Ils sont les seuls à avoir le cou­rage de leurs convic­tions et la dis­ci­pline pour se battre contre la dic­ta­ture. Le com­mu­nisme est ce­pen­dant faible sur le ter­ri­toire cu­bain.

Pour Fi­del, il est clair qu’on ne pour­ra pas conduire une vraie ré­vo­lu­tion sans un par­ti so­li­de­ment or­ga­ni­sé et for­te­ment dis­ci­pli­né. Fi­del se trans­forme de plus en plus en un lé­ni- niste convain­cu. Une orien­ta­tion po­li­tique qui dé­plaît à An­gel, le­quel re­nie son fils et lui coupe les vivres. Pen­dant quelque temps, Cas­tro erre tout en vi­vo­tant de pe­tits em­prunts ici et là. Mais sa for­tune va chan­ger à cause d’une femme…

Fi­del à l’au­tel Fi­del n’est pas un cou­reur de ju­pons. Il est tel­le­ment ti­mide de­vant les femmes qu’il n’ose ja­mais les abor­der. Il se ré­fu­gie dans la po­li­tique tout en lais­sant en­tendre qu’il n’a pas de temps à perdre dans les fri­vo­li­tés. Mais tout a chan­gé lors­qu’il a fait la ren­contre de Mir­ta Diáz-ba­lart, la fille du maire de Banes, où il s’était ré­fu­gié pour fuir ses en­ne­mis et la fu­reur pa­ter­nelle. C’est plu­tôt Mir­ta qui lui fait la cour, et l’in­ex­pé­ri­men­té Fi­del se laisse ra­pi­de­ment sé­duire.

Le 12 oc­tobre 1948, Fi­del épouse Mir­ta. Il se ré­con­ci­lie avec son père en pro­met­tant de re­tour­ner à l’uni­ver­si­té pour ter­mi­ner ses études en droit. Le couple passe sa lune de miel à Mia­mi et à New York. Cette vi­site en ter­rain en­ne­mi ne fait que ren­for­cer la haine de Fi­del pour les im­pé­ria­listes amé­ri­cains. Au dé­but de no­vembre, le couple est de re­tour à La Ha­vane. En at­ten­dant de se trou­ver un lo­ge­ment, le couple s’ins­talle dans un pe­tit hô­tel re­la­ti­ve­ment mo­deste.

Si Mir­ta re­prend ses études de phi­lo­so­phie, Fi­del ou­blie ses pro­messes et ses bonnes ré­so­lu­tions. Il ne peut pas se pas­ser de la po­li­tique. Il re­trouve ses amis com­mu­nistes et s’as­so­cie au par­ti or­tho­doxe ARO (Ac­tion ra­di­cale or­tho­doxe). Il s’im­plique in­ten­sé­ment et aban­donne

qua­si­ment sa nou­velle épouse, qui se mor­fond en l’at­ten­dant dans la pe­tite chambre d’hô­tel.

Le 1er sep­tembre 1949, Mir­ta lui donne un fils qu’ils nomment Fi­de­li­to. Il est fou de joie. Si Mir­ta et le reste de la fa­mille s’at­ten­daient à ce qu’il de­vienne plus pru­dent dans son ac­ti­visme, ils se trompent. Au contraire, il se fait en­core plus vi­ru­lent contre le ré­gime cor­rom­pu du pré­sident Car­los Prio So­car­ras. Il pro­nonce des dis­cours sans équi­voque, qui ap­pellent à la vio­lence et à l’in­sur­rec­tion ar­mée. En­core une fois, Fi­del doit s’éclip­ser en lais­sant der­rière lui sa femme et son en­fant sans res­sources.

Exil à New York À la fin de dé­cembre 1949, Fi­del s’ins­talle dans une pe­tite chambre à New York. Il va pas­ser trois mois dans cette ville qu’il exècre pen­dant que sa femme a du mal à joindre les deux bouts. L’homme qui re­vien­dra d’exil ne se­ra plus le même. Que s’est-il pas­sé pen­dant ces trois mois? Per­sonne ne le sait. Fi­del n’a ja­mais par­lé à qui que ce soit de son sé­jour for­cé à New York.

Mir­ta re­trouve un ma­ri et Fi­de­li­to un père. Fi­del semble avoir aban­don­né la po­li­tique. Il est à la mai­son et fait sen­tir sa pré­sence. Mir­ta est heu­reuse, même si le couple ne vit pas dans le luxe. Fi­del re­fuse l’aide de son beau-père, le maire et riche pro­prié­taire ter­rien. Il s’est lan­cé un im­pos­sible dé­fi, soit de­ve­nir, en l’es­pace de six mois, doc­teur en droit, doc­teur en sciences so­ciales et doc­teur en droit in­ter­na­tio­nal. Il passe sa­ge­ment son temps à la mai­son, étu­diant nuit et jour et ne sor­tant qu’oc­ca­sion­nel­le­ment. De jan­vier à août 1950, il im­pres­sionne son en­tou­rage, par­ti­cu­liè­re­ment son père, qui lui donne son sou­tien fi­nan­cier et mo­ral.

À la sur­prise de tous, en sep­tembre, il réus­sit tout. Il est avo­cat. Avec deux as­so­ciés, il ouvre son premier bu­reau d’avo­cats. C’est un bu­reau pi­teux, si­tué dans un quar­tier ou­vrier. Il n’est certes pas de­ve­nu avo­cat pour faire for­tune, re­fu­sant de grosses causes pour ai­der les plus dé­mu­nis de­vant la jus­tice. Il est toujours membre du par­ti or­tho­doxe et songe à se pré­sen­ter aux élec­tions en 1952. Il change d’idée et ap­pui plu­tôt son chef et men­tor Ed­dy Chibás, le chef du par­ti or­tho­doxe, l’im­por­tant étant de battre Ba­tis­ta à la pré­si­dence.

On lui pro­met un poste im­por­tant au sein du gou­ver­ne­ment si Chibás est élu. Cas­tro a ce­pen­dant une idée der­rière la tête. Il ne croit pas que Chibás soit ca­pable de ré­sis­ter aux Amé­ri­cains. Une fois au pou­voir, il compte s’em­pa­rer des rênes du par­ti avec l’aide des mi­li­tants purs et durs. Mais il n’au­ra pas à tra­hir qui que ce soit puisque l’im­pré­vi­sible Chibás se sui­cide lors­qu’il ne peut ap­por­ter des preuves de la cor­rup­tion du pré­sident Prio So­car­ras. Ce que pour­ra faire, quelque temps plus tard, l’ac­ti­viste de 25 ans.

Fi­del porte des ac­cu­sa­tions, mais c’est Ful­gen­cio Ba­tis­ta qui en pro­fi­te­ra, ce der­nier cher­chant même l’ap­pui de Cas­tro, qui ne veut rien sa­voir de ce pan­tin à la solde des Amé­ri­cains.

Le 10 mars 1952, Ba­tis­ta s’em­pare du camp de Co­lum­bia, le centre de com­man­de­ment de l’ar­mée, avec une poi­gnée d’of­fi­ciers re­belles. Il ne ren­contre au­cune ré­sis­tance. Le len­de­main, il est pro­cla­mé pré­sident de la Ré­pu­blique et Prio So­car­ras est exi­lé au Mexique. Ba­tis­ta pro­met des élec­tions qui ne vien­dront ja­mais. Il est re­con­nu par les États-unis et de­vient la cible de Fi­del Cas­tro.

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