15Ua­nen­cosn­dam­na­tion pri­son

Premier fias­co: de de En ce dé­but d’an­née 1952, Fi­del a main­te­nant un en­ne­mi: Ful­gen­cio Ba­tis­ta. Si toute ré­vo­lu­tion a be­soin de mar­tyrs et de hé­ros, elle a aus­si be­soin d’un ty­ran à dé­tes­ter. Dès le mois de mars 1952, Fi­del va consa­crer toute son éner­gie

Biographies Collection - - Prison -

IIl crée un nou­veau par­ti clan­des­tin in­ti­tu­lé Le Mou­ve­ment, dont le but est de pra­ti­quer l’ac­tion di­recte, en d’autres mots la gué­rilla. Au dé­part, il ne peut comp­ter que sur un pe­tit nombre de mi­li­tants or­tho­doxes. Ce­pen­dant, de nom­breux jeunes Cu­bains vien­dront se joindre au Mou­ve­ment, étant don­né que plu­sieurs en veulent à Ba­tis­ta d’avoir usur­pé le pou­voir et de n’être que la ma­rion­nette des Amé­ri­cains.

La struc­ture du Mou­ve­ment est co­piée sur celle de la Ré­sis­tance fran­çaise sous l’oc­cu­pa­tion na­zie, et consiste en de pe­tites cel­lules com­po­sées de dix à quinze mi­li­tants qui ne connaissent ni leurs chefs ni les membres des cel­lules voi­sines. Le premier mai, Fi­del ayant trou­vé un bras droit so­lide et loyal en Abel San­ta­ma­ria, il re­tourne dans la clan­des­ti­ni­té, ten­tant de fuir la po­lice se­crète de Ba­tis­ta, le SIM (Ser­vi­cio de In­te­li­gen­cia Mi­li­tar). Ce­ci n’aide en rien son ma­riage. Cas­tro at­taque Ba­tis­ta en jus­tice, l’ac­cu­sant d’avoir vio­lé la consti­tu­tion, mais sa de­mande est ju­gée ir­re­ce­vable.

Plus l’an­née 1952 avance, plus le Mou­ve­ment prend de l’am­pleur. D’une poi­gnée d’adeptes au prin­temps, on passe à plus de mille membres à la fin de l’an­née. Au dé­but de 1953, il tonne ses idées un peu par­tout: fi­nis les dis­cours et les belles pa­roles, il faut pas­ser à l’ac­tion. Il est convain­cu qu’il faut d’abord faire la ré­vo­lu­tion pour que le peuple suive en­suite. Mais pour ce faire, il faut des armes et le Mou­ve­ment est pauvre. Si l’on ne peut pas ache­ter des armes, alors aus­si bien les vo­ler.

Fias­co de la ca­serne de Mon­ca­da En ce dé­but de 1953, la re­la­tion entre Fi­del et sa femme ne va pas très bien, puis­qu’ils ne se voient que très ra­re­ment. Il voit plus sou­vent une jeune bour­geoise cu­baine, mi­li­tante

Une ren­contre à Mon­tréal

du par­ti or­tho­doxe, Na­ty Re­vuel­ta. Leurs re­la­tions ami­cales en res­tent là, mal­gré leur at­ti­rance mu­tuelle, car Na­ty, tout comme Fi­del, est ma­riée et est la mère d’une pe­tite fille. Au fil du temps, ils dé­ve­loppent néan­moins une in­ti­mi­té sans équi­voque. Le 24 mai, les prin­ci­paux di­ri­geants du Par­ti or­tho­doxe se sont réunis au Qué­bec, à Mon­tréal, afin de conclure un pacte dans le but de ren­ver­ser Ba­tis­ta le plus ra­pi­de­ment pos­sible. Fi­del n’est pas in­vi­té, car les chefs du Par­ti or­tho­doxe le trouvent trop vo­la­tile. Cet os­tra­cisme le pous­se­ra à agir puis­qu’il ne veut ab­so­lu­ment pas pas­ser deuxième. Il est la ré­vo­lu­tion, c’est sa des­ti­née. Cas­tro or­ga­nise alors une ré­ac­tion ar­mée à la ca­serne Mon­ca­da le 26 juillet 1953, mais c’est un dé­sastre. Quatre-vingts des as­saillants sont tués, dont son bras droit Abel San­ta­ma­ria. Cas­tro réus­sit à fi­ler entre les doigts des sol­dats, mais se­ra ra­pi­de­ment rat-

tra­pé quelques jours plus tard et condam­né à 15 ans de pri­son.

Il comp­tait beau­coup sur le pro­cès pour pro­mul­guer ses idées de­vant la presse et tou­cher le peuple. Mais Ba­tis­ta le prive de son au­di­toire en l’iso­lant. Il est ju­gé dans un en­droit se­cret et condam­né à la pri­son en moins de trois heures par des juges sé­lec­tion­nés par Ba­tis­ta.

En ef­fet, Ba­tis­ta ne pou­vait se per­mettre les en­vo­lées ora­toires du re­belle. Il au­rait bien vou­lu s’en dé­bar­ras­ser, mais il ne vou­lait pas faire de Cas­tro un mar­tyr pour la cause. Le 26 sep­tembre, une nou­velle se­coue San­tia­go: Fi­del a dis­pa­ru. Se­lon des mé­de­cins à la solde de Ba­tis­ta, on l’a trans­fé­ré et il ne peut plus as­sis­ter à son pro­cès. On l’isole. Il fait pas­ser le mes­sage qu’il va très bien phy­si­que­ment et qu’on veut le ré­duire au si­lence. Pour ce faire, jus­qu’où ose­ra-t- on al­ler?

Raúl Cas­tro crie sur tous les toits qu’on veut éli­mi­ner son frère, qu’il est en dan­ger. Une mi­li­tante, Mel­ba Her­nan­dez, réus­sit à glis­ser une lettre écrite par Cas­tro au pré­sident du tri­bu­nal. Fi­del écrit qu’il est en bonne san­té, mais qu’il craint l’em­poi­son­ne­ment. Le dé­te­nu nº 4914 re­fuse tout ali­ment pro­ve­nant de l’ad­mi­nis­tra­tion. Dans sa lettre, Fi­del ré­vèle que le di­rec­teur de la pri­son, Jesús Yá­nez Pel­le­tier, trou­blé par sa conscience, lui a avoué qu’il avait re­çu l’ordre de se dé­bar­ras­ser de son pri­son­nier. On ne pour­ra ce­pen­dant en­tendre le té­moi­gnage de Pel­le­tier puis­qu’il est se­crè­te­ment trans­fé­ré loin de San­tia­go quelques jours plus tard.

Toute cette his­toire, vraie ou fausse, fait évi- dem­ment la une des jour­naux. En ad­met­tant que Ba­tis­ta ait vrai­ment vou­lu as­sas­si­ner Fi­del, il ne peut plus le faire. Ayant re­por­té son pro­cès au mois d’oc­tobre et réus­si à le faire ju­ger à huis clos et condam­ner à 15 ans de pri­son, Ba­tis­ta peut tout de même mieux dor­mir. Le 17 oc­tobre 1953, le pri­son­nier est trans­fé­ré à l’île des Pins où il re­trouve ses ca­ma­rades du Mou­ve­ment. Fi­del écrit beau­coup et de nom­breux com­plices, sur­tout des femmes, réus­sis- sent à faire pas­ser ses écrits sous le nez des gardes. C’est à cette oc­ca­sion qu’il ré­dige L’his­toi­rem’ac­quit­te­ra, dis­cours pas­sion­né dé­fen­dant son ac­tion et ex­pli­ci­tant ses thèses po­li­tiques.

Cer­taines de ces mis­sives sont plus per­son­nelles et in­times, no­tam­ment l’une d’entre elles qui va le mettre dans l’eau chaude. Un jour, Mir­ta Cas­tro re­çoit une lettre des­ti­née à Na­ty Re­vuel­ta et dé­couvre que Na­ty est la maî­tresse de son ma­ri. Elle com-

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