Les USA re­con­naissent Fi­del

Au cours des pre­miers jours sui­vant la vic­toire, Fi­del Cas­tro va sur­prendre le monde en­tier, et par­ti­cu­liè­re­ment les États-unis. S’il de­meure le com­man­dant en chef des troupes re­belles, il ne veut au­cune fonc­tion gou­ver­ne­men­tale. Cas­tro entre dans La Ha­va

Biographies Collection - - Au Pouvoir -

IIl nomme le juge Ur­ru­tia pré­sident. Par la suite, il s’as­sure que le nou­veau chef du pays dé­signe un gou­ver­ne­ment mo­dé­ré qui se­ra di­ri­gé par le ju­riste Jo­sé Mi­ro Car­do­na. Contre toute at­tente, la grande ma­jo­ri­té des mi­nistres est com­po­sée de gens rai­son­nables, is­sus du Par­ti or­tho­doxe ou de l’aile mo­dé­rée du M-26. Il n’y a pas de ra­di­caux com­mu­nistes en­ra­gés, comme le crai­gnait le pays de l’oncle Sam et comme le frère de Cas­tro et Che Gue­va­ra l’au­raient sou­hai­té.

Voi­là qui ras­sure les Amé­ri­cains, mais pas pour long­temps. Pour plu­sieurs, cette mo­dé­ra­tion des re­belles, au len­de­main de la vic­toire, n’est que de la poudre aux yeux pour en­dor­mir le tout-puis­sant voi­sin amé­ri­cain, le­quel re­con­naît néan­moins la nou­velle équipe di­ri­geante de Cas­tro. Ce der­nier

Confiance bri­sée

calme ain­si les in­quié­tudes du peuple cu­bain, qui est en grande ma­jo­ri­té an­ti­com­mu­niste. Une chose est cer­taine, s’il n’est pas fa­rou­che­ment com­mu­niste, ce gou­ver­ne­ment est à tout le moins so­cia­liste.

Cer­taines me­sures prises, dont la na­tio­na­li­sa­tion des en­tre­prises vi­tales au dé­ve­lop­pe­ment de l’île, pro­voquent l’op­po­si­tion des États-unis en­vers le nou­veau gou­ver­ne­ment so­cia­liste que Fi­del Cas­tro sou­haite im­plan­ter à Cu­ba, pen­sant au bien-être de son peuple. Mal­gré tout, ce ré­gime se­ra en­core et tou- jours re­con­nu par les États-unis. Mais sou­dai­ne­ment, le 7 fé­vrier 1959, sous la pres­sion de Cas­tro, le­quel se sent ap­puyé par de nom­breuses ma­ni­fes­ta­tions po­pu­laires, le gou­ver­ne­ment de Car­do­na dé­crète la dis­so­lu­tion de l’as­sem­blée na­tio­nale.

Premier mi­nistre Par la suite, Fi­del ren­voie les élec­tions à plus tard et pro­mulgue une nou­velle consti­tu­tion qui n’en­chante pas tout le monde. Cette consti­tu­tion ré­ta­blit la peine de mort et im­pose la confis­ca­tion des biens de tous ceux qui ont ser­vi le ré­gime de Ba­tis­ta. Le 8 fé­vrier, il fait sa­voir au pré­sident Ur­ru­tia qu’il est prêt à prendre le poste de premier mi­nistre, jusque-là oc­cu­pé par Mi­ro Car­do­na, et ce, dans un très court dé­lai. Fi­del Cas­tro de­vient donc premier mi­nistre le 16 fé­vrier 1959.

Quelques jours plus tard, Fi­del fait une ren­contre im­por­tante sur le plan per­son­nel: Ma­ri­ta Lo­renz. Il s’agit d’une jeune Al­le­mande qui voyage à bord du pa­que­bot Ber­lin amar­ré au port de La Ha­vane, et dont le père est ca­pi­taine. Elle a 19 ans et res­semble beau­coup à Ja­ckie Ken­ne­dy. Elle ne sait rien de Cu­ba, et en­core moins d’un cer­tain Fi­del Cas­tro et de son épo­pée. Fi­del a ac­cep­té une in­vi­ta­tion of­fi­cielle du père de la jeune femme qui l’in­vite sur son pa­que­bot. C’est le coup de foudre pour Fi­del,

Na­ty. Le coeur en paix, Fi­del se consacre aux af­faires de Cu­ba et à sa re­la­tion avec les É.-U., qui semblent être au beau fixe au cours du mois de mars 1959.

Fin de l’en­tente amé­ri­caine Mais ra­pi­de­ment, des ten­sions vont se faire sen­tir. Les re­la­tions entre Cu­ba et les États-unis se dé­té­riorent. La po­li­tique d’ex­pro­pria­tion des terres du gou­ver­ne­ment cas­triste et son rap­pro­che­ment avec l’union des ré­pu­bliques so­cia­listes so­vié­tiques (URSS) in­quiètent le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain, qui use­ra de me­sures de re­pré­sailles com­mer­ciales et rom­pra ses re­la­tions di­plo­ma­tiques avec Cu­ba en jan­vier 1961, le pré­sident amé­ri­cain Dwight Ei­sen­ho­wer n’en­ten­dant pas à rire.

Entre-temps, cer­taines en­tre­prises amé­ri­caines, comme la cé­lèbre Uni­ted Fruit, sont ex­pro­priées. Fi­del Cas­tro se rend à Wa­shing­ton, et le 15 avril 1959, il ren­contre le vice- pré­sident Ri­chard Nixon à la Mai­son Blanche. Sa vi­site aux États-unis est gran­de­ment an­ti­ci­pée, le peuple vou­lant connaître et voir de près ce mys­té­rieux Ro­bin des bois cu­bain. Es­til vrai­ment un mé­chant com­mu­niste?

En quelques jours, et lors de quelques pas­sages à la té­lé­vi­sion, Fi­del charme au­tant le peuple amé­ri­cain que les membres du gou­ver­ne­ment qui le ren­contrent dans des en­tre­tiens mé­mo­rables. Il se fait ras­su­rant et ré­pète ses voeux d’ami­tié en­vers les Amé­ri­cains, tout en pro­met­tant un bon voi­si­nage. En uni­forme vert olive, et avec son éter­nel ci­gare dans la bouche, il joue le ré­vo­lu­tion­naire tran­quille. Au pe­tit écran, il prend des al­lures d’en­fant de choeur et s’ex­prime dans un an­glais hé­si­tant et ti­mide.

Le 19 avril, le vice-pré­sident Ri­chard Nixon le re­çoit dans son bu­reau du Ca­pi­tole pen­dant plus de deux heures. De cet en­tre­tien, Nixon est convain­cu que Fi­del n’est qu’un ma­ni­pu­la­teur qui es­saie de ga­gner du temps pour ins­tau­rer un ré­gime com­mu­niste à quelques ki­lo­mètres des côtes de la Flo­ride. Mais le vice-pré­sident est un des rares qui re­mettent en ques­tion les in­ten­tions de Fi­del. Le 27 avril, avant de s’en­vo­ler pour l’amé­rique du Sud, Fi­del fait une es­cale à Mon­tréal.

Il fait éga­le­ment une très bonne im­pres­sion dans les pays sud-amé­ri­cains qui le voient comme une voix qui s’élève contre l’im­pé­ria­lisme amé­ri­cain. Le 7 mai, il est de re­tour à Cu­ba, plus po­pu­laire que ja­mais. Il im­pose sa ré­forme agraire, se­lon la­quelle chaque pay­san de­vient pro­prié­taire d’une par­celle de terre. Raúl de­vient mi­nistre de la Dé­fense. Les États-unis et Cu­ba tentent de s’en­tendre.

Tou­te­fois, les désac­cords sont trop im­por­tants entre les deux pays, et Fi­del Cas­tro va se tour­ner vers l’union So­vié­tique en si­gnant un ac­cord éco­no­mique en fé­vrier 1960. Les Russes four­ni­ront du pé­trole à Cu­ba, et Fi­del Cas­tro signe des ac­cords éco­no­miques et mi­li­taires avec Ni­ki­ta Kh­roucht­chev, alors pré­sident de L’URSS. À la suite du rap­pro­che­ment avec l’union So­vié­tique, les pro­blèmes entre les États-unis et Cu­ba ne vont ces­ser de s’ac­croître. Les Amé­ri­cains vont sou­te­nir les exi­lés cu­bains et les Russes vont sou­te­nir le ré­gime so­cia­liste de Cu­ba.

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