Face Cas­tro au monde

À la fin de 1975, le gou­ver­ne­ment mar­xiste d’an­go­la est me­na­cé par une of­fen­sive de l’afrique du Sud qui ap­puie l’union na­tio­nale pour l’in­dé­pen­dance to­tale de l’an­go­la (UNITA).

Biographies Collection - - Fide Et P.E.T -

Che Gue­va­ra garde le contact avec Fi­del Che Gue­va­ra est res­té au Con­go d’avril à dé­cembre 1965. Non seule­ment en­traî­nait-il des gué­rille­ros, mais il les di­ri­geait aus­si au com­bat et lut­tait à leurs cô­tés. Ses liens per­son­nels avec Fi­del Cas­tro, sur les- Opé­ra­tion Car­lo­ta La pos­si­bi­li­té de voir les États-unis in­ter­ve­nir ou­ver­te­ment et non par l’in­ter­mé­diaire de mer­ce­naires et de l’afrique du Sud, comme ils l’avaient fait jus­qu’à main­te­nant, était sans doute l’une des énigmes les plus in­quié­tantes. D’autre part, Fi­del Cas­tro était sûr de pou­voir comp­ter sur la so­li­da­ri­té de L’URSS et d’autres pays acte in­dé­pen­dant et sou­ve­rain de Cu­ba et c’est après et non avant d’être prise que cette dé­ci­sion fut no­ti­fiée à l’union so­vié­tique. L’opé­ra­tion Car­lo­ta a com­men­cé avec l’en­voi d’un ba­taillon ren­for­cé de troupes spé­ciales com­po­sé de 650 hommes. Ils ont été trans­por­tés par avion sur des vols suc­ces­sifs du­rant treize jours de la sec­tion mi­li­taire de l’aé­ro­port Jo­sé Mar­ti jus­qu’à l’aé­ro­port de Luan­da, toujours oc­cu­pé par les troupes por­tu­gaises.

Sa mis­sion spé­ci­fique était d’en­rayer l’of­fen­sive pour que la ca­pi­tale an­go­laise ne tombe pas aux mains des forces en­ne­mies avant le dé­part des Por­tu­gais, puis de te­nir la ré­sis­tance jus­qu’à ce que les ren­forts ar­rivent par mer. La presse cu­baine, par me­sure de sé­cu­ri­té, n’avait rien pu­blié sur la par­ti­ci­pa­tion en An­go­la. Les Cu­bains qui se sont en­ga­gés étaient des vo­lon­taires, et il n’y a pas de doute que l’im­mense ma­jo­ri­té est par­tie en An­go­la avec la pleine convic­tion d’ac­com­plir un acte de so­li­da­ri­té po­li­tique, avec la même conscience et le même cou­rage avec les­quels, quinze ans plus tôt, ils avaient re­pous­sé le dé­bar­que­ment de Playa Gi­ron. Pour cette rai­son,

l’opé­ra­tion Car­lo­ta ne fut pas une simple ex­pé­di­tion de mi­li­taires pro­fes­sion­nels, mais une guerre po­pu­laire. Pen­dant neuf mois, la mo­bi­li­sa­tion de res­sources hu­maines et ma­té­rielles fut toute une épo­pée de té­mé­ri­té.

Mais cette guerre al­lait éprou­ver Cas­tro et son peuple. Les dif­fi­cul­tés étaient dues, en premier lieu, au for­mi­dable pou­voir de feu de l’en­ne­mi, qui dé­jà à cette époque avait re­çu des États-unis plus de 50 mil­lions de dol­lars d’aide mi­li­taire. Elles étaient dues aus­si au re­tard avec le­quel l’an­go­la avait sol­li­ci­té l’aide cu­baine, et à la len­teur for­cée du trans­port des res­sources. Et fi­na­le­ment, aux condi­tions de mi­sère et de re­tard cultu­rel lais­sés en An­go­la par un de­mi-mil­lé­naire de co­lo­nia­lisme sans âme. Plus que les deux pre­miers, c’est ce der­nier point qui a le plus en­tra­vé l’in­té­gra­tion dé­ci­sive des com­bat­tants cu­bains et du peuple ar­mé d’an­go­la.

La par­ti­ci­pa­tion de Cas­tro Fi­del Cas­tro était per­son­nel­le­ment au cou­rant du moindre dé­tail de la guerre. Il avait as­sis­té au dé­part de tous les ba­teaux, et avant le dé­part avait ha­ran­gué les uni­tés de com­bat­tants dans le théâtre de La Ca­ba­na. Il était al­lé cher­cher les com- man­dants du ba­taillon des troupes spé­ciales par­ties dans le premier vol, et les avait ac­com­pa­gnés jus­qu’à la pas­se­relle de l’avion, pi­lo­tant lui-même sa jeep so­vié­tique.

Au dé­but de la guerre, alors que la si­tua­tion était op­pres­sante, Fi­del Cas­tro est res­té jus­qu’à 14 heures d’af­fi­lée dans la salle de com­man­de­ment de l’état­ma­jor, et par­fois sans man­ger ni dor­mir, comme s’il était en cam­pagne. Il a sui­vi les in­ci­dents des ba­tailles avec des épingles de cou­leur sur des cartes mi­nu­tieuses aus­si grandes que les murs, et est de­meu- ré en com­mu­ni­ca­tion per­ma­nente avec les hauts com­man­de­ments du MPLA, sur un champ de ba­taille où tout se dé­rou­lait avec six heures de dé­ca­lage.

Quelques-unes de ses ré­ac­tions, en ces jour­nées in­cer­taines, ré­vé­laient sa cer­ti­tude de la vic­toire. Sa concen­tra­tion sur la guerre était si in­tense et si mé­ti- cu­leuse qu’il pou­vait énon­cer des chiffres concer­nant l’an­go­la comme s’il s’était agi de Cu­ba et par­lait de ses villes, de ses cou­tumes et de ses ha­bi­tants comme s’il avait vé­cu là-bas toute sa vie.

Au dé­but de mars, le Front Nord fut li­bé­ré par la dé­route des mer­ce­naires an­glais et grin­gos que la CIA avait re­cru­tés en sous-main à la der­nière mi­nute dans une opé­ra­tion déses­pé­rée. À par­tir du 15 mars, la dé­ban­dade des troupes d’afrique du Sud com­men­ca.

Vic­toire Fin mai, Hen­ry Kis­sin­ger a ren­du vi­site au premier mi­nistre sué­dois Olof Palme à Stock­holm, et à l’is­sue de la vi­site, il a dé­cla­ré à la presse mon­diale en ju­bi­lant que les troupes cu­baines avaient éva­cué l’an­go­la. On a dit que l’in­for­ma­tion se trou­vait dans une lettre per­son­nelle que Fi­del Cas­tro avait écrite à Olof Palme. La joie de Kis­sin­ger était com­pré­hen­sible, parce que le re­trait des troupes cu­baines lui en­le­vait un poids en rai­son de l’opi­nion des États-unis, qui était agi­tée par la cam­pagne élec­to­rale.

En réa­li­té, Fi­del Cas­tro n’avait en­voyé au­cune lettre à Olof Palme à cette oc­ca­sion.

Le plan d’éva­cua­tion des troupes cu­baines d’an­go­la avait en fait été dé­ci­dé par Fi­del Cas­tro et Agos­tin­ho Ne­to du­rant leur en­tre­vue du 14 mars à Co­na­kry, alors que la vic­toire était dé­jà cer­taine. Ils avaient dé­ci­dé que le re­trait se­rait gra­duel, mais que des Cu­bains res­te­raient en An­go­la le temps né­ces­saire pour or­ga­ni­ser une ar­mée mo­derne et forte qui se­rait ca­pable de ga­ran­tir la sé­cu­ri­té in­té­rieure et l’in­dé­pen­dance du pays sans l’aide de per­sonne.

Le re­tour triom­phant des mer­ce­naires cu­bains a re­haus­sé le mo­ral du peuple cu­bain et le pres­tige de Fi­del. Les Cu­bains sans grande pas­sion sen­taient que la vie les dé­dom­ma­geait de tant d’an­nées de re­vers in­justes. En 1970, lors de l’échec de la Za­fra des 10 mil­lions, Fi­del Cas­tro avait de­man­dé au peuple de trans­for­mer la dé­faite en vic­toire. Mais en réa­li­té, les Cu­bains le fai­saient dé­jà de­puis un bon mo­ment avec une conscience po­li­tique te­nace et une force mo­rale à toute épreuve. En ef­fet, de­puis la vic­toire de Gi­ron, il y avait plus de quinze ans, ils avaient dû di­gé­rer les dents ser­rées l’as­sas­si­nat de Che Gue­va­ra en Bo­li­vie et ce­lui du pré­sident Sal­va­dor Al­lende lors de la ca­tas­trophe du Chi­li; ils avaient su­bi l’ex­ter­mi­na­tion des gue­rille­ros en Amé­rique la­tine, la nuit du blo­cus, et tant d’er­reurs du pas­sé qui les ont me­nés au bord du dé­sastre.

Tout ce­la, en marge des vic­toires ir­ré­ver­sibles, mais lentes et ar­dues de la Ré­vo­lu­tion, a su créer chez les Cu­bains la sen­sa­tion d’une suite de châ­ti­ments im­mé­ri­tés. L’an­go­la leur a en­fin don­né la joie de l’im­mense vic­toire dont ils avaient tant be­soin.

Le grand re­tour Mos­cou se porte au se­cours de l’an­go­la. Le gou­ver­ne­ment de gauche de cette der­nière, qui est di­ri­gé par le Mou­ve­ment po­pu­laire de li­bé­ra­tion de l’an­go­la (MPLA), fait face à une large of­fen­sive de

l’afrique du Sud et de L’UNITA, un mou­ve­ment de gué­rilla pro- oc­ci­den­tal sou­te­nu no­tam­ment par les États-unis. Ne vou­lant pas in­ter­ve­nir di­rec­te­ment, L’URSS de­mande à son al­lié cu­bain de le faire, tout en as­su­mant les coûts de l’opé­ra­tion, dont un pont aé­rien qui sert à trans­por­ter 36 000 sol­dats cu­bains en An­go­la. Ces troupes ar­rêtent l’of­fen­sive de L’UNITA. L’in­ter­ven­tion cu­baine ne se li­mite pas à l’an­go­la. Un contin­gent de conseillers est éga­le­ment en­voyé au Mo­zam­bique en 1975, et en Éthio­pie en 1977 afin de ve­nir en aide à un gou­ver­ne­ment de gauche. Des Cu­bains épaulent aus­si les forces de Ro­bert Mu­gabe en Zam­bie et en­traînent des membres du Con­grès na­tio­nal afri­cain en Rho­dé­sie.

Entre 1975 et 1989, on éva­lue à plus de 2 000 le nombre de Cu­bains qui per­dront la vie en Afrique. La Ha­vane ap­por­te­ra éga­le­ment une aide éco­no­mique et mé­di­cale à ses al­liés du Conti­nent noir. En 1982, par exemple, 10 000 tra­vailleurs de la construc­tion ser­vi­ront en An­go­la. Des écoles se­con­daires se­ront même construites à Cu­ba pour for­mer des étu­diants an­go­lais, éthio­piens et mo­zam­bi­cains. Les Cu­bains joue­ront éga­le­ment un rôle ma­jeur en Afrique pen­dant la Guerre froide. En tout, 500 000 d’entre eux y se­ront im­pli­qués d’une fa­çon ou d’une autre. Cette pré­sence pren­dra fin avec l’ef­fon­dre­ment du bloc com­mu­niste à la fin des an­nées 1980.

La so­li­da­ri­té «ré­vo­lu­tion­naire» Nous sommes le 10 jan­vier 1989, le mur de Ber­lin n’est pas en­core tom­bé, mais la guerre froide est pra­ti­que­ment ter­mi­née. Sur le tar­mac de l’aé­ro­port de Luan­da, un premier contin­gent d’en­vi­ron 300 Bar­bu­dos s’ap­prête à re­joindre La Ha­vane à bord de trois Iliou­chine, et les sol­dats ne dis­si­mulent pas leur émo­tion. Les adieux cha­leu­reux et les grandes ac­co­lades entre frères d’armes cu­bains et an­go­lais montrent que la «so­li­da­ri­té ré­vo­lu­tion­naire» n’est pas qu’un simple ar­gu­ment de pro­pa­gande. Près de 50 000 hommes vont ain­si peu à peu re­ga­gner leur île. En 13 ans, tout près de 310 000 sol­dats cu­bains sont ve­nus com­battre en An­go­la, au moins 5 000 d’entre eux y ayant trou­vé la mort.

Pour Cas­tro, qui es­père s’af­fran­chir en par­tie de la tu­telle de Mos­cou grâce aux ri­chesses du sous- sol an­go­lais, c’est un triomphe. En se po­sant en li­bé­ra­teur du Tiers-monde, le Lí­der Máxi­mo se donne toutes les chances d’ac­cé­der à la pré­si­dence trien­nale du Mou­ve­ment des no­na­li­gnés. Mais les am­bi­tions in­ter­na­tio­na­listes de La Ha­vane res­tent lar­ge­ment tri­bu­taires du sou­tien de L’URSS. Le 22 dé­cem- bre 1988, l’an­go­la, Cu­ba et l’afrique du Sud signent à New York, sous l’égide des So­vié­tiques et des Amé­ri­cains, un ac­cord abou­tis­sant au re­trait des troupes cu­baines d’an­go­la.

En juillet 1991, quelques mois avant l’ef­fon­dre­ment dé­fi­ni­tif de L’URSS, le der­nier sol­dat cu­bain quitte le sol an­go­lais. Mais la guerre ci­vile an­go­laise n’est pas pour au­tant fi­nie. Il fau­dra at­tendre 2002 et la mort au com­bat de Jo­nas Sa­vim­bi pour que le pays re­trouve en­fin la paix.

Ce qu’on re­tient, c’est que Cas­tro a l’in­ten­tion, à moyen terme, de di­ri­ger seul la des­ti­née de son île. On sait dé­sor­mais que La Ha­vane a mis L’URSS de l’époque de­vant le fait ac­com­pli, après l’avoir in­for­mée par té­lé­gramme spé­cial du dé­but de son ini­tia­tive. Mos­cou ne té­lé­com­man­da rien; elle dut prendre le train en marche. En traî­nant les pieds, sans au­cun doute, mais L’URSS com­prend que Cas­tro ne se­ra pas une ma­rion­nette entre leurs mains.

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