Se­cret de mis­siles nu­cléaires

Un dé­ploie­ment

Biographies Collection - - Cuba- URSS -

Fi­del ob­tient la re­con­nais­sance du so­cia­lisme cu­bain par les So­vié­tiques le 12 avril 1962. En ef­fet, ceux­ci com­prennent alors que Fi­del Cas­tro est la vé­ri­table au­to­ri­té de Cu­ba, et qu’il ne faut pas ris­quer de lais­ser la Chine s’ap­pro­prier la ré­vo­lu­tion cu­baine. Dès lors que les So­vié­tiques en­gagent ou­ver­te­ment leur pres­tige à Cu­ba, il est né­ces­saire pour eux d’as­su­rer la dé­fense de l’île, et le moyen le plus ap­pro­prié se­lon Kh­roucht­chev est le dé­ploie­ment se­cret de mis­siles nu­cléaires.

En 1963, il s’agit pour les deux al­liés de ti­rer pro­fit de leur nou­velle al­liance for­melle. Ain­si, jus­qu’à la fin de l’an­née 1964, mal­gré les dif­fi­cul­tés, ils trouvent des com­pro­mis in­té­res­sants, mais dès 1965, avec l’ex­pres­sion crois­sante d’une in­dé­pen­dance cu­baine, les ten­sions s’exa­cerbent.

L’in­dé­pen­dance crois­sante de Cu­ba en po­li­tique ex­té­rieure est source de désa­gré­ment pour les So­vié­tiques. En oc­tobre 1963 no­tam­ment, Fi­del Cas­tro re­fuse de si­gner le trai­té de Mos­cou concer­nant l’uti­li­sa­tion des armes nu­cléaires. Au cours de l’an­née 1964, il s’abs­tient de prendre par­ti dans le conflit si­no- so­vié­tique et dé­ve­loppe même des liens avec des États so­cia­listes re­ven­di­ca­tifs comme l’al­ba­nie.

La des­ti­tu­tion de Kh­roucht­chev en oc­tobre 1964 ap­pa­raît à Fi­del Cas­tro plu­tôt comme un sou­la­ge­ment, d’au­tant plus que Bre­j­nev semble se don­ner comme prio­ri­té d’uni­fier le mou­ve­ment com­mu­niste in­ter­na­tio­nal. C’est ain­si que, lors de la confé­rence des par­tis com­mu­nistes d’amé­rique la­tine en dé­cembre 1964, le nou­veau di­ri­geant so­vié­tique passe avec le chef cu­bain un mar­ché ta­cite se­lon le­quel L’URSS re­con­naît la do­mi­na­tion de Cu­ba dans cette par­tie du monde. Le chan­ge­ment du contexte in­ter­na­tio­nal qui in­ter­vient dès 1968 ra­mène ce­pen­dant Cu­bains et So­vié­tiques dans une sphère d’in­té­rêts com­muns et pro­voque leur ré­con­ci­lia­tion. Le 23 août 1968, Fi­del Cas­tro pro­nonce un dis­cours dans le­quel il sou­tient l’in­ter­ven­tion des troupes du pacte de Var­so­vie en Tché­co­slo­va­quie.

Au cours de l’an­née 1969, Fi­del et les Cu­bains concentrent leurs pré­oc­cu­pa­tions idéo­lo­giques sur les pro­blèmes in­té­rieurs au dé­tri­ment de ceux d’ordre ex­té­rieur, pour voir s’ef­fec­tuer le rap­pro­che­ment so­vié­to- cu­bain. Les So­vié­tiques ac­ceptent de les se­con­der dans cette tâche tout en contrô­lant étroi­te­ment les me­sures cas­tristes, ce qui pro­voque une dé­pen­dance ac­crue de l’île.

En ef­fet, les So­vié­tiques four­nissent du ma­té­riel aux troupes cu­baines char­gées de di­ri­ger les opé­ra­tions sur le ter­rain, comme en An­go­la en 1975. En juillet 1975, L’OEA lève ses sanc­tions, et Cu­ba sort de son iso­le­ment di­plo­ma­tique. La même an­née, le premier con­grès du Par­ti com­mu­niste cu­bain se réunit et adopte une nou­velle Consti­tu­tion.

Au mois d’oc­tobre 1976, un avion de la Cu­ba­na de Avia­cion est vic­time d’un at­ten­tat qui va coû­ter la vie à 73 pas­sa­gers à la Bar­bade. Fi­del s’em­presse, lors d’un dis­cours en­flam­mé, de blâ­mer les Etats-unis.

Cu­ba sou­tient de plus en plus les com­mu­nistes gué­rille­ros en Amé­rique la­tine ain­si qu’en Afrique prin­ci­pa­le­ment en An­go­la et au Mo­zam­bique. En 1979, La Ha­vane est l’hôte de la Confé­rence in­ter­na­tio­nale des pays non-ali­gnés et Fi­del en as­sume la pré­si­dence. En 2009, 135 pays sont membres de cette al­liance.

Fi­del et les an­nées 80 En 1978 Fi­del am­nis­tie 3 600 pri­son­niers po­li­tiques. Dans un geste qui en sur­pren­dra plu­sieurs, en

1980, il laisse par­tir de nom­breux ré­si­dents cu­bains qui dé­si­rent se ré­fu­gier aux Etats-unis. Des mil­liers de dis­si­dents, avec des em­bar­ca­tions de for­tune, voguent vers la Flo­ride. Fi­del en pro­fite pour ex­pul­ser près de 20 000 cri­mi­nels et in­dé­si­rables sur les cotes flo­ri­diennes. On se sou­vient du film «Scar­face» avec Al Pa­ci­no qui in­carne un pe­tit truand cu­bain (To­ny Mon­ta­na) qui de­vient un caïd de la drogue.

En 1981, Cas­tro ap­porte éga­le­ment son aide aux gou­ver­ne­ments amis de Gre­nade, de Guya­na, du Ni­ca­ra­gua et à la gué­rilla du Sal­va­dor, ce qui pro­voque une forte ten­sion avec les États-unis de Rea­gan. Crai­gnant une in­va­sion de Cu­ba, Cas­tro mo­bi­lise le pays tout en­tier et fait ap­pel à ses amis de l’ex­té­rieur, mais la peur d’un se­cond Viet­nam fait re­cu­ler Rea­gan. La crise se dé­noue le 23 no­vembre, après une ren­contre se­crète à Mexi­co entre Alexan­der Haig et Car­los Ra­fael Ro­dri­guez. Cu­ba n’est pas en­va­hie et la gué­rilla du Sal­va­dor ne re­ce­vra plus d’armes cu­baines.

D’après un rap­port ré­di­gé à par­tir de té­moi­gnages de plu­sieurs trans­fuges de l’ar­mée rouge, pen­dant les der­nières heures de la Guerre froide au dé­but des an­nées 80, Fi­del Cas­tro au­rait sug­gé­ré à L’URSS de lan­cer une at­taque nu­cléaire sur les ÉtatsU­nis. À cette époque, c’est la «guerre fraîche» entre Mos­cou et­wa­shing­ton: le pré­sident Rea­gan ré­cem­ment élu, in­ves­tit plu­sieurs mil­liards de dol­lars dans l’ar­me­ment, sur­nomme L’URSS l’ « em­pi­re­du­mal » et ef­fec­tue de nom­breux es­sais nu­cléaires dans le dé­sert du Ne­va­da, rap­pelle le Newyork­times.

Pour mon­trer à Cas­tro qu’une at­taque nu­cléaire n’était pas ap­pro­priée, les So­vié­tiques ont dû faire montre de pa­tience et de pé­da­go­gie. En ef­fet, en ré­ponse à sa sug­ges­tion, l’union so­vié­tique a en­voyé des ex­perts pour lui ex­pli­quer les consé­quences éco­lo­giques qu’au­raient des frappes nu­cléaires contre les grandes villes de la côte est des États-unis. L’île com­mu­niste n’est qu’à 360 ki­lo­mètres de la Flo­ride, une don­née du pro­blème qui au­rait consi­dé­ra­ble­ment chan­gé les po­si­tions de Fi­del Cas­tro. Jus­qu’au dé­but des an­nées 80, avec Car­ter à la pré­si­dence des États-unis, les re­la­tions entre les deux pays sem­blaient se dé­tendre. Mais avec l’ar­ri­vée de Ro­nald Rea­gan, qui se dé­fi­nis­sait comme un in­tran­si­geant et fa­rouche ad­ver­saire du com­mu­nisme, les ten­sions ont re­prises de plus belle. De 1981 à 1989, avec Rea­gan à la pré­si­dence, les deux pays dur­cissent leurs po­si­tions. Le blo­cus est d’au­tant plus ren­for­cé et il est qua­si­ment in­ter­dit, au grand dam des fu­meurs de ci­gares, de se rendre des États-unis à Cu­ba. Fi­del ré­agit for­te­ment en 1982, lorsque Rea­gan au­to­rise l’ins­tal­la­tion d’une sta­tion de ra­dio en Flo­ride pour ren­for­cer la guerre idéo­lo­gique contre Cu­ba.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.