Un Blanc l’âme d’un avec Noir

Mem­phis se­ra le royaume du King, mais il a dû bâ­tir sa for­te­resse et conso­li­der son règne à la sueur de son front. ››››››

Biographies Collection - - Adolescence -

En 1948, dans cette grande ville du Ten­nes­see, Gla­dys, Ver­non et El­vis ne l’au­ront pas fa­cile au dé­but. Si l’ac­cli­ma­ta­tion se passe bien, la fa­mille vit d’abord dans une mai­son de chambres sur Wa­shing­ton Street avant de prendre deux chambres dans un im­meuble so­cial, sur l’ave­nue Po­plar, qui abrite 16 fa­milles. On doit se par­ta­ger la cui­sine et l’unique salle de bains. Et puis, il faut trou­ver du bou­lot…

Gla­dys tra­vaille comme cou­tu­rière dans une usine de ri­deaux tan­dis que Ver­non est em­bau­ché comme ou­tilleur à la Pre­ci­sion Tool et comme ca­mion­neur­li­vreur pour l’épi­ce­rie du coin. El­vis ap­porte aus­si un peu d’eau au mou­lin en tra­vaillant pour l’épi­ce­rie. En­semble, ils touchent en­vi­ron 35 $ par se­maine. En no­vembre, El­vis entre à la Ch­ris­tine School et trouve rude cette tran­si­tion. Mais la vie ur­baine l’éba­hit. Et, même s’il est en­tré à l’école se­con­daire, ses pa­rents conti­nuent de le dor­lo­ter et de le choyer.

En 1949, les Pres­ley dé­mé­nagent à nou­veau, cette fois dans un HLM mo­dique et confor table sur Win­ches­ter Street, à 35 $ par mois. La mère de Ver­non, Min­nie Mae Hood, vient s’ins­tal­ler avec eux. À l’au­tomne, El­vis entre à la Humes High School, plus in­ti­mi­dé et dé­rou­té que ja­mais par la po­pu­la­tion étu­diante (1 500 élèves). En pleine crise d’ado­les­cence, il com­mence à s’im­po­ser en adop- tant une te­nue ves­ti­men­taire ori­gi­nale aux cou­leurs voyantes comme le rose et le noir. Il se laisse pous­ser les che­veux, ja­dis en brosse, qu’il coiffe en «ba­nane» sur le front, lui­sante de brillan­tine. On le re­marque.

Ver­non, qui tra­vaille main­te­nant pour la Uni­ted Paint Com­pa­ny, lui achète une ton­deuse pour qu’il puisse ga­gner un peu d’ar­gent de poche. Pour 4 $, il tond les pe­louses. Il lave aus­si les voi­tures et vend de la crème gla­cée. Il joue un peu au foot­ball mais il pré­fère al­ler au ci­né­ma, le Su­zore 2, voir des films le sa­me­di en ma­ti­née, et man­ger des ham­bur­gers. Il lui ar­rive aus­si de jouer de la gui­tare et de chan­ter quand les jeunes se ras­semblent. Les filles l’aiment bien… «Je rê­vais tout le temps. Je li­sais des bandes des­si­nées et je re­gar­dais des films et j’étais le hé­ros…»

tee­na­ger

En 1950, El­vis tra­vaille comme pla­cier au ci­né­ma Loew’s. Sa paye de 12,75 $ par se­maine lui per­met de sor­tir, d’al­ler écou­ter les Noirs chan­ter et de se pro­cu­rer des disques de blues. La mu­sique reste au coeur de sa vie d’ado et ses études en souffrent un peu. Il passe des week-ends en­tiers au ci­né­ma à ad­mi­rer To­ny Cur­tis et James Dean, à rê­ver de de­ve­nir cé­lèbre. Il écoute beau­coup la ra­dio et ap­prend tout du gos­pel et du soul. Il connaît par coeur

les ac­cords et les pa­roles des suc­cès de l’heure. Et qui­conque pos­sède une gui­tare est le bien­ve­nu dans son cercle d’amis. El­vis se dé­fait de sa ti­mi­di­té et ac­quiert de la confiance en lui.

À l’école, on le trouve sym­pa­thique, énig­ma­tique donc in­tri­gant, avec sa gui­tare en ban­dou­lière, son ric­tus à la lèvre. Il pré­fère al­ler à la bi­blio­thèque que sur le ter­rain de foot­ball (un sport ju­gé trop violent par Gla­dys, qui couve tou­jours son pous­sin). Il s’in­té­resse à l’his­toire et à la lit­té­ra­ture amé­ri­caine. En­cou­ra­gé à par­ti­ci­per au concours de ta­lents de son école, il in­ter­prète à nou­veau Old Shep et re­çoit une ova­tion de­bout. Il s’en­gage dans la sec­tion de ca­dets com­po­sée de vo­lon­taires. Plus tard, quand il se­ra riche et cé­lèbre, il of­fri­ra de nou­veaux uni­formes aux ca­dets de la Humes High School.

En 1951, El­vis adopte la te­nue «re­belle cool», achète ses vê­te­ments sur Beale Street, jeans re­trous­sés, veste sport et che­mises im­pri­mées de mo­tifs co­lo­rés, comme les Noirs et comme les stars de la mu­sique coun­try et R&B qu’il voit dans les ma­ga­zines. Avec sa nou­velle ap­pa­rence de jeune ro­ckeur, il va écou­ter son groupe fa­vo­ri, les Sta­tes­men, au Mem­phis Au­di­to­rium.

Les Pres­ley dé­laissent leur lo­ge­ment so­cial pour em­mé­na­ger sur Saf­fa­rans Street. Son bac­ca­lau­réat en poche, El­vis se voit of­frir par ses pa­rents pour son 18e an­ni­ver­saire sa pre­mière voi­ture, une Lin­coln Ze­phyr 1941, payée 50 $. Comme pre­mier vrai bou­lot, El­vis se fait ca­mion­neur pour une en­tre­prise en élec­tri­ci­té à 1,25 $ l’heure. Il livre de l’équi­pe­ment de construc­tion et rêve va­gue­ment de de­ve­nir élec­tri­cien. se­cré­taire, Ma­rion Keis­ker, lui de­mande ce qu’il chante et à qui il res­semble, El­vis ré­pond: «Je ne res­semble à per­sonne.» Il entre dans la ca­bine, s’ac­com­pagne à la gui­tare et en­re­gistre My Hap­pi­ness et That’s When Your Hear­taches Be­gin.

Sam Phil­lips avait tou­jours dit: « Si je pou­vais trou­ver un Blanc avec l’âme et le son d’un Noir, je ga­gne­rais le mil­lion!» Grâce à Ma­rion, il ve­nait de trou­ver son oi­seau rare… ¢

La mé­ta­mor­phose L’at­ti­tude El­vis, ado­les­cent. En 1953, El­vis a 18 ans. Son fa­meux ric­tus res­sort. La mé­ta­mor­phose s’amorce. Dé­jà, un goût pro­non­cé pour les voi­tures. La mode de la coif­fure en «coq».

1953 El­vis aux cô­tés de Sam Phil­lips et Ma­rion Keis­ker.

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