La nais­sance d'un monstre sa­cré

El­vis sait que Sun Re­cords est sy­no­nyme de suc­cès et de ri­chesse pour les nou­veaux ta­lents qui ont la chance d’être re­cru­tés et ap­puyés par Sam Phil­lips. Sam se­ra son so­leil. Et le Co­lo­nel Par­ker, l’homme dans l’ombre de l’idole.

Biographies Collection - - Elvismania -

En 1954, trois jours avant son 19e an­ni­ver­saire, El­vis re­vient au stu­dio Sun. Il se dan­dine, passe sa main ner­veu­se­ment dans ses che­veux et dit à Sam Phil­lips qu’il veut en­re­gis­trer un autre 45 tours. Il en­disque la bal­lade Ca­sual Love et une chan­son wes­tern, I’ll Ne­ver Stand in Your Way. Sam, à nou­veau im­pres­sion­né, le fait re­ve­nir pour d’autres en­re­gis­tre­ments.

En juillet, il lui pré­sente le gui­ta­riste Scot­ty Moore et le bas­siste Bill Black, qui for­me­ront The Blue Moon Boys, le groupe qui ac­com­pa­gne­ra El­vis en tour­née. Le trio jamme pen­dant trois heures, séance au bout de la­quelle sort le hit gé­nial et en­traî­nant That’s All Right (Ma­ma) du chan­teur de blues Ar­thur «Big Boy» Cru­dup. Sur l’autre face, ils gravent Blue Moon of Ken­tu­cky. Sam Phil­lips ju­bile, il sait qu’il tient un bon fi­lon et que le son nou­veau, sa­vant mé­lange de coun­try et de R&B, va ap­por­ter un souffle d’en­train à l’in­dus­trie mu­si­cale.

Un pro­dige qui pro­voque l’hys­té­rie

Bien­tôt, les trois amis, re­joints par le bat­teur D.J. Fon­ta­na, font leurs dé­buts dans les clubs, les bals d’écoles et les dis­co­thèques avant de par­tir en tour­née dans le Sud. Le DJ ve­dette de la ra­dio Loui­sia­na Hay­ride, De­wey Phil­lips (au­cun lien de pa­ren­té avec Sam), fait tour­ner That’s All Right (Ma­ma). Le suc­cès est phé­no­mé­nal! Les au­di­teurs, scot­chés à leur poste, en re­de­mandent. La presse s’in­té­resse à la tor­nade El­vis, qui com­mence à ameu­ter les fans et à si­gner des au­to­graphes. Ses per­for­mances en­voûtent le pu­blic, et les ventes de disques grimpent en flèche.

El­vis gagne beau­coup d’ar­gent et quitte son tra­vail de ca­mion­neur chez Crown Elec­tric. Scot­ty, Bill et El­vis en­re­gistrent d’autres titres, mais les ventes ne re­joignent pas les 20 000 co­pies ven­dues de That’s All Right (Ma­ma). Le pre­mier jan­vier 1955, peu avant ses 20 ans, El­vis signe un contrat avec le DJ Bob Neal, qui se­ra son gé­rant. Alors qu’il se pro­duit à

l’el­lis Au­di­to­rium, il est re­mar­qué par le Co­lo­nel Tom Par­ker qui, on le ver­ra, s’ap­pro­prie­ra lit­té­ra­le­ment la star mon­tante. Par­ker, qui gère les af­faires du lé­gen­daire Hank Snow, convainc Sam Phil­lips et Bob Neal que leur jeune pro­dige n’ob­tien­dra ja­mais la re­con­nais­sance in­ter­na­tio­nale s’il reste avec la pe­tite éti­quette des disques Sun… Par­ker voit en El­vis une vé­ri­table ma­chine à sous.

Une mu­sique à faire bon­dir

Flo­ride, 1er mai 1955. Quand El­vis se tor­tille sur une scène de Jack­son­ville, les filles poussent des hur­le­ments d’ex­ci­ta­tion. Elles lui tendent les bras quand il tape du pied et roule des hanches, versent des larmes quand il se­coue la tête et les fait se pâ­mer avec son re­gard de ve­lours et son sou­rire ca­rac­té­ris­tique. En cou­lisses, le Co­lo­nel se frotte les mains, il ne s’est pas trom­pé, El­vis est SON at­trac­tion, son cham­pion! Le 11 juin, El­vis loue une mai­son pour ses pa­rents sur La­mar Street. Le 31 juillet, après un autre spec­tacle en­dia­blé à Tam­pa, El­vis achète une gui­tare Mar­tin D28 au re­vê­te­ment de cuir por­tant son nom.

Le Co­lo­nel, qui a ju­di­cieu­se­ment éva­lué la force de l’image, de la voix et de la pré­sence d’el­vis sur son jeune au­di­toire, sait que cette jeune tor­nade de 20 ans à la che­ve­lure lui­sante se­ra une mine d’or. Sun vend le contrat et les droits à RCA pour 35 000 $, plus 5 000 $ pour El­vis, une somme gi­gan­tesque. Le Co­lo­nel et son chan­teur se donnent la main: ce se­ra l’équipe ar­tiste-ma­na­ger la plus illustre et la plus fé­conde de l’his­toire du spec­tacle. El­vis en­re­gistre dans les stu­dios RCA de New York et de Na­sh­ville avec les Blue Moon Boys aux­quels s’ajoute le groupe vo­cal des Jor­da­naires. L’ère du rock’n’roll prend une di­men­sion in­croyable. « Con­serve ton ta­lent et ton charme, et je conclu­rai des en­tentes ébou­rif­fantes qui nous ren­dront aus­si riches que des ra­jahs» , dit Par­ker à El­vis. Ils sont de­ve­nus plus riches que des ra­jahs. Mais le King al­lait vivre dans une pri­son do­rée. ¢

Une su­per­star en puis­sance.

Les Blue Moon Boys.

En 1954, sa pre­mière Ca­dillac.

Mince et sexy, El­vis est vê­tu de cuir noir lors de son concert live de­vant pu­blic, le fa­meux come-back de 1968.

Le Co­lo­nel Par­ker et El­vis chez RCA.

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