La chute

El­vis conti­nue de s’of­frir aux foules ve­nues le voir et l’en­tendre des quatre coins du monde. Il se montre tel qu’il est de­ve­nu, le vi­sage bouf­fi, les mains gon­flées et le corps meur­tri. Avec un peu d’hu­mour, il ne cache rien de ses trous de mé­moire ni de

Biographies Collection - - Carrière -

Cons­tam­ment en­tou­ré d’une meute de gens prêts à as­sou­vir ses moindres dé­si­rs, il ne sait plus où il en est. Vi­vant et man­geant la nuit ca­ché der­rière les mu­railles de Gra­ce­land, il fi­nit par confondre le rêve et la réa­li­té. Le 26 juin 1977, il donne un concert à l’au­di­to­rium d’in­dia­na­po­lis de­vant 75 000 per­sonnes. La foule tremble d’émo­tion quand le King ar­rive sur la grande scène. Son phy­sique, qui n’a ces­sé de se dé­gra­der, fait peine à voir. Ses traits sont en­flés, son corps lourd, il sue, il souffre. Mais sa voix est in­tacte, tou­jours aus­si belle et puis­sante. C’est le dé­lire, en­core et tou­jours.

Le 15 août 1977, El­vis se re­pose dans sa chambre, froide comme dans un fri­go. Las de se sen­tir gros, il avait en­tre­pris une diète de ca­fé et de pi­lules. Pour conser­ver son éner­gie – le Co­lo­nel a pré­vu des spec­tacles en sup­plé­men­taires –, il reste au lit toute la jour­née. Li­sa Ma­rie, sa fille ché­rie, a neuf ans et elle est en vi­site chez son père. Elle vient s’al­lon­ger près de lui pour ses câ­lins et des rires.

Quelques heures plus tard, Joe Es­po­si­to, son gé­rant de tour­née, entre dans la chambre pour dis­cu­ter de dé­tails de der­nière mi­nute. Char­lie Hodge et le cou­sin d’el­vis, Billy Smith, viennent se joindre à eux, ac­com­pa­gnés de Gin­ger Al­den. Tous s’ins­tallent dans la chambre, re­gardent la té­lé, dis­cutent de choses et d’autres. El­vis avoue sa peur d’af­fron­ter le pu­blic de­puis la pu­bli­ca­tion d’un livre écrit par trois de ses ex-gardes du corps qui dé­voilent des dé­tails sur sa vie per­son­nelle et font al­lu­sion à sa sur­con­som­ma­tion d’al­cool et de drogue.

Ef­fon­dré dans la salle de bain

Le 16 août 1977, El­vis re­vient de chez le den­tiste à 1 h 30 du ma­tin. Comme tou­jours, des fans l’at­tendent de­vant la grille aux notes de mu­sique. La voi­ture s’ar­rête, El­vis baisse la vitre et sa­lue à la ca­mé­ra d’un des fans. Il ne des­cend pas de voi­ture comme à l’ac­cou­tu­mée. En­suite, il in­vite son cou­sin Billy à une par­tie de rac­quet­ball. El­vis, es­souf­flé, trans­pire à grosses gouttes. Il prend une douche et se met au lit. Le­vé à 9 h, il prend un livre (sur l’énigme du saint suaire de Jé­sus) et dit à Gin­ger, en­som­meillée, qu’il va lire dans la salle de bain.

À 14 h, Gin­ger se ré­veille et constate qu’el­vis n’est pas à ses cô­tés. En ou­vrant la porte de la salle de bain, elle le trouve gi­sant face contre le car­re­lage. Pa­ni­quée, elle ap­pelle au se­cours par l’in­ter­com. Joe Es­po­si­to et Al Stra­da grimpent les es­ca­liers en ca­tas­trophe et tentent de ré­ani­mer El­vis par mas­sages car­diaques jus­qu’à l’ar­ri­vée des am­bu­lan­ciers. Ver­non et le Dr Ni­cho­pou­los montent dans l’am­bu­lance où les ma­noeuvres de ré­ani­ma­tion se pour­suivent pen­dant les sept milles qui les sé­parent de la Bap­tist Me­mo­rial Hos­pi­tal.

Ver­non pleure dou­ce­ment dans la salle d’at­tente, im­plore en si­lence son fils unique de ne pas le quit­ter. Sor­tant de l’uni­té de ré­ani­ma­tion de l’ur­gence, le Dr Nick, le vi­sage grave et en larmes, lève les yeux au ciel en di­sant: «Mon Dieu, il est par­ti!» Le voile est tom­bé sur le King, mort à 42 ans, le coeur épui­sé. La nou­velle a l’ef­fet d’une bombe ato­mique à tra­vers le monde. Un im­mense deuil ac­cable des mil­lions de per­sonnes. Les fi­dèles, par mil­liers, se rendent de­vant Gra­ce­land pour pleu­rer et prier.

La dé­pouille d’el­vis est en­ter­rée le 18 août 1977 au Fo­rest Hill Ce­me­te­ry, aux cô­tés de Gla­dys, dé­cé­dée à 46 ans, la seule femme qui ait pro­fon­dé­ment com­pris la vraie na­ture d’el­vis. Le 2 oc­tobre, par crainte que la tombe du King ne soit pro­fa­née, le corps est trans­fé­ré, comme ce­lui de sa mère, au Jar­din de la Mé­di­ta­tion à Gra­ce­land. Ne s’étant ja­mais re­mis de la mort pré­ma­tu­rée de son gar­çon, Ver­non s’éteint le 26 juillet 1979.

Après des fu­né­railles in­times dans le grand sa­lon de mu­sique de Gra­ce­land, le cer­cueil, trans­por­té dans un cor­billard, dé­file dans les rues de Mem­phis. Les dra­peaux sont en berne et le 18 août est dé­cré­té jour­née de deuil.

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