Jours de plaine

Biosphere - - Biosphere - Par Ni­ki Wil­son

Plus de 70 % des prai­ries in­di­gènes à gra­mi­nées ont été per­dues pour les be­soins de l’agri­cul­ture, de l’in­dus­trie et de l’ur­ba­ni­sa­tion, met­tant en pé­ril ce pré­cieux éco­sys­tème et les nom­breuses es­pèces qu’il hé­berge. Tout le monde de­vra mettre l’épaule à la roue pour sau­ve­gar­der ce pré­cieux pa­tri­moine : éle­veurs, Au­toch­tones, éco­lo­gistes et les trois ni­veaux de gou­ver­ne­ment. Il est dé­jà tard. Plus : cinq es­pèces de la prai­rie qui ont be­soin de pro­tec­tion main­te­nant.

Plus de 70 % des prai­ries in­di­gènes à gra­mi­nées ont été per­dues pour les be­soins de l’agri­cul­ture, de l’in­dus­trie et de l’ur­ba­ni­sa­tion, met­tant en pé­ril ce pré­cieux éco­sys­tème et les nom­breuses es­pèces qu’il hé­berge. Tout le monde de­vra mettre l’épaule à la roue pour sau­ve­gar­der ce pré­cieux pa­tri­moine : éle­veurs, Au­toch­tones, éco­lo­gistes et les trois ni­veaux de gou­ver­ne­ment. Il est dé­jà tard.

est de mar­cher dans les hautes herbes, main dans la main avec son père. C’était la fin de l’été et ils se di­ri­geaient vers le ter­rain de la foire lo­cale près du vil­lage de Tan­tal­lon, dans la val­lée de la ri­vière Qu’Ap­pelle, en Sas­kat­che­wan. Les gra­mi­nées étaient plus grandes que lui, mais en se dé­pla­çant il dé­cou­vrait des aper­çus vers les col­lines loin­taines qu’il com­pa­rait à des ani­maux en­dor­mis. « C’est la prai­rie telle qu’elle m’a im­pré­gné », ra­conte Her­riot, au­jourd’hui au­teur, na­tu­ra­liste et mi­li­tant pour la conser­va­tion de la prai­rie in­di­gène. « Je me sen­tais en sé­cu­ri­té dans un monde bien­veillant. »

Dans son sou­ve­nir, son père et lui sont sor­tis du champ pour ar­ri­ver dans une vi­brante foire. Des tartes, des to­mates, des pé­tu­nias et des fleurs de sou­ci étaient soi­gneu­se­ment éta­lés de­vant lui, « avec la fier­té des ali­ments pro­duits à la main ».

On était vers 1962 et, à cette époque, des im­mi­grants durs à l’ou­vrage avaient éta­bli les ranchs et les fermes qui for­maient la base de « la cein­ture du blé » du Ca­na­da. Mais ce­la s’était fait au prix de la ma­jeure par­tie de la prai­rie in­di­gène à gra­mi­nées, dé­chi­rée par les char­rues pour nour­rir une na­tion en crois­sance. En ce jour qui ha­bite le sou­ve­nir d’Her­riot, près des deux tiers de la prai­rie sau­vage avaient été conver­tis en Al­ber­ta, en Sas­kat­che­wan et au Ma­ni­to­ba. Plu­sieurs des es­pèces qu’on consi­dé­rait in­com­pa­tibles avec l’agri­cul­ture, comme le re­nard vé­loce et le pu­tois à pieds noirs, avaient été éra­di­quées ou étaient en passe de l’être.

Ce qui reste de ces prai­ries na­tu­relles est main­te­nant frag­men­té entre les pro­vinces cen­trales et leur con­ver­sion en terres agri­coles ou in­dus­trielles se pour­suit. Quelques ex­cep­tions sont dis­sé­mi­nées dans des sec­teurs pro­té­gés, des ranchs pri­vés ou des pâ­tu­rages com­mu­nau­taires. Ces der­niers pré­sentent le meilleur po­ten­tiel aux fins de la conser­va­tion, mais ce­la pour­rait chan­ger si les pro­vinces des Prai­ries, ayant ac­quis de nou­velles res­pon­sa­bi­li­tés de

L’UN DES PLUS AN­CIENS SOU­VE­NIRS DE TREVOR HER­RIOT

ges­tion des pâ­tu­rages en 2012, ne s’en­gagent pas dans un so­lide man­dat de conser­va­tion.

L’en­jeu porte sur les po­pu­la­tions en di­mi­nu­tion de plu­sieurs es­pèces d’oi­seaux, d’an­ti­lo­capres, de pe­tits mam­mi­fères, d’in­sectes et de rep­tiles dont l’évo­lu­tion les a confi­nés dans les confins sep­ten­trio­naux de prai­rie tem­pé­rée au­tre­fois im­mense. Le sau­ve­tage des ves­tiges de ces es­pèces et de ces pay­sages re­po­se­ra entre autres sur la ca­pa­ci­té des Ca­na­diens à sou­te­nir les éle­veurs, les com­mu­nau­tés et les éco­lo­gistes qui luttent pour conser­ver ce qui reste.

Avant la co­lo­ni­sa­tion eu­ro­péenne, la grande prai­rie tem­pé­rée d’Amé­rique du Nord s’éten­dait sans in­ter­rup­tion du nord du Mexique jus­qu’aux pro­vinces ca­na­diennes. Les gra­mi­nées pré­do­mi­naient, oc­cu­pant une niche où il n’y avait pas as­sez d’hu­mi­di­té pour les arbres, mais où la sé­che­resse n’était pas telle que le dé­sert s’ins­talle. Les bi­sons des plaines va­quaient en hardes de plu­sieurs mil­lions, leur bruyante pré­sence creu­sant un ha­bi­tat dans le pay­sage pour une mul­ti­tude d’es­pèces comme le blai­reau, l’an­ti­lo­capre et le chien de prai­rie. Les coyotes et les grizz­lys oc­cu­paient le som­met de la chaîne ali­men­taire, en con­jonc­tion avec les Au­toch­tones chas­seurs de bi­sons, qui uti­li­saient le feu pour en­tre­te­nir l’éco­sys­tème. Les cris des pi­pits de Sprague et des plec­tro­phanes à ventre noir si­gna­laient l’ar­ri­vée du prin­temps, tan­dis que de grandes es­pèces mi­gra­trices comme les oies blanches fai­saient es­cale en grand nombre pour faire le plein d’éner­gie dans les vastes ma­ré­cages et les fon­drières, en route vers leurs ter­ri­toires de re­pro­duc­tion de l’Arc­tique.

Entre le mi­lieu et la fin du XIXe siècle, les bi­sons étaient pra­ti­que­ment dis­pa­rus, et avec eux l’une des prin­ci­pales forces qui fa­çon­naient les Prai­ries. Les Pre­mières Na­tions qui les chas­saient avaient été bat­tues et pour la plu­part confi­nées à des ré­serves. Quant aux im­mi­grants eu­ro­péens, ils étaient at­ti­rés à s’ins­tal­ler dans les Prai­ries par des pro­messes de li­ber­té et de pro­prié­té fon­cière. Ils culti­vaient la terre pour se nour­rir. Le dé­ve­lop­pe­ment de l’agri­cul­ture et des villes em­pié­tait sur le ter­ri­toire des re­nards vé­loces, des pu­tois à pieds noirs, des coyotes et des grizz­lys qui ont été chas­sés, em­poi­son­nés et fi­na­le­ment re­pous­sés. Plus des deux tiers d’une éten­due conti­guë de l’éco­zone des Prai­ries qui s’étend sur 465 000 km2 (soit près de 5 % de la masse ter­ri­to­riale du pays) étaient ir­ré­mé­dia­ble­ment per­dus.

« La prai­rie sau­vage est au­jourd’hui l’un des éco­sys­tèmes ter­restres les plus me­na­cés », dit Ca­ro­lyn Cal­la­ghan, bio­lo­giste de la conser­va­tion à la FCF. « Une prai­rie brisée ne se ré­ta­bli­ra ja­mais. » Elle com­pare la prai­rie à un ice­berg. « La ma­jeure par­tie du sys­tème vi­vant est sous la sur­face, les gra­mi­nées ne sont qu’une pe­tite por­tion de tout ce qui

s’y trouve. » Si le sol est la­bou­ré, les li­chens, les mi­crobes, les plantes et les autres membres de la com­mu­nau­té pé­do­lo­gique sont ir­ré­vo­ca­ble­ment al­té­rés et c’est pour­quoi elle af­firme ce­ci : « Chaque frag­ment de prai­rie in­di­gène est pré­cieux. Nous de­vons conser­ver ce qui nous reste. »

Les éco­sys­tèmes de la prai­rie ne sont pas seule­ment im­por­tants pour les ani­maux; ils pro­curent aus­si d’im­por­tants ser­vices aux gens qui y vivent, ob­serve Dan Kraus, bio­lo­giste à Conser­va­tion de la na­ture Ca­na­da. Le sys­tème ra­ci­naire de la prai­rie re­tient l’hu­mi­di­té et réus­sit à ra­len­tir les inon­da­tions d’une fa­çon que le sol tra­vaillé ne par­vient pas à faire. Les ra­cines li­bèrent de l’hu­mi­di­té pen­dant la sé­che­resse. La prai­rie in­di­gène fixe plus de car­bone qu’elle n’en pro­duit, et Kraus sou­ligne qu’il se pour­rait qu’elle soit plus ré­sis­tante à la sé­che­resse fu­ture et à l’éro­sion co­rol­laire, qui pour­raient être exa­cer­bées par les chan­ge­ments cli­ma­tiques.

L’éco­zone de la prai­rie est di­vi­sée en di­vers types d’as­so­cia­tions vé­gé­tales qui, toutes, ont connu une di­mi­nu­tion ra­di­cale de leur ex­ten­sion. En 2010, se­lon le rap­port Bio­di­ver­si­té ca­na­dienne : état et ten­dances des éco­sys­tèmes du Con­seil ca­na­dien des mi­nistres des res­sources, seule­ment 25 % (soit en­vi­ron 10 000 km2) de prai­ries d’herbes mixtes et de prai­ries à fé­tuques étaient en­core en place dans l’éco­zone. La prai­rie d’herbes hautes a com­plè­te­ment dis­pa­ru, avec seule­ment 100 km2 res­tant des 6 000 km2 ori­gi­naux au Ma­ni­to­ba. De­puis lors, les prai­ries conti­nuent d’être dé­truites par les terres agri­coles et l’ur­ba­ni­sa­tion, et nous les per­dons peut-être plus vite que nous le pen­sons.

Ni­co­la Ko­per est pro­fes­seure à l’Ins­ti­tut des res­sources na­tu­relles de l’Uni­ver­si­té du Ma­ni­to­ba où elle étu­die l’éco­sys­tème des Prai­ries de­puis18 ans. Son tra­vail a por­té prin­ci­pa­le­ment sur les com­mu­nau­tés aviaires de la prai­rie. Elle consi­dère que ce n’est pas seule­ment la con­ver­sion de la prai­rie à d’autres usages, mais aus­si la perte ad­di­tion­nelle liée à « l’ef­fet de li­sière » qui ont un im­pact ma­jeur sur les oi­seaux du mi­lieu. « Ce­la pro­voque une perte d’ha­bi­tats ac­cueillants beau­coup plus im­por­tante à l’échelle du pay­sage que ce dont nous, hu­mains, sommes conscients au mo­ment de la con­ver­sion de ces mi­lieux. »

L’ef­fet « de li­sière » — ou l’ef­fet de fron­tière — se pro­duit chaque fois que la prai­rie in­di­gène ori­gi­nale vient en contact avec des ha­bi­tats al­té­rés, comme des in­fra­struc­tures hu­maines et des terres agri­coles. L’ef­fet de li­sière est as­so­cié à des ac­ti­vi­tés ré­créa­tives, à des routes ou à des champs culti­vés. Les puits de pé­trole et de gaz amènent du bruit et des voies car­ros­sables. Des ef­fets in­dé­si­rables peuvent être as­so­ciés à des évé­ne­ments bé­nins. Par exemple, des clô­tures au­tour des champs créent des per­choirs pour les ra­paces et

QUAND LES CA­NA­DIENS PENSENT À DES ÉCO­SYS­TÈMES MON­DIAUX EN VOIE DE RARÉFACTION, ILS SE RE­PRÉ­SENTENT LES FO­RÊTS PLU­VIALES

ET LES RÉCIFS CORALLIENS, MAIS AU COEUR DU CA­NA­DA SE TROUVE UN ÉCO­SYS­TÈME QUI EST AUS­SI IM­POR­TANT, RARE ET ME­NA­CÉ QUE N’IM­PORTE QUEL AUTRE GRAND EN­SEMBLE DANS LE MONDE.

les va­chers. Ces chan­ge­ments mo­di­fient le pay­sage pour les oi­seaux de la prai­rie « qui, dit Ni­co­la Ko­per, de­vient mal­heu­reu­se­ment beau­coup moins ac­cueillant pour eux ».

La ques­tion se com­plique du fait que, comme tous les éco­sys­tèmes, les prai­ries ne sont pas des mo­no­cul­tures, mais une jux­ta­po­si­tion d’ha­bi­tats sub­ti­le­ment dif­fé­rents. Plu­sieurs es­pèces sont spé­cia­listes d’un type par­ti­cu­lier de prai­rie. Ce qui est bon pour l’une ne l’est pas for­cé­ment pour l’autre.

« Les es­pèces qui aiment une cou­ver­ture vé­gé­tale mo­dé­rée se portent plu­tôt bien au Ca­na­da », dit Ko­per.

Les pâ­tu­rages qui su­bissent un brou­tage lé­ger sont bien en­tre­te­nus par les ran­chers, qui ont réus­si de cette fa­çon à évi­ter l’éro­sion, dit-elle. « Mais les es­pèces qui pré­fèrent un ha­bi­tat non per­tur­bé ou peu brou­té sont en dé­clin. » Le pi­pit de Sprague est une de ces es­pèces, qui pré­fère res­ter ca­ché dans les hautes herbes. Clas­sée comme es­pèce en voie d’ex­tinc­tion se­lon la loi fé­dé­rale, sa po­pu­la­tion a connu un dé­clin si­gni­fi­ca­tif de­puis 50 ans, comme celle d’autres spé­cia­listes de la prai­rie, dit Ko­per.

À l’in­verse, on constate aus­si un dé­clin chez les es­pèces qui aiment les pâ­tu­rages brou­tés ras comme les plec­tro­phanes à ventre noir, aus­si une es­pèce me­na­cée. Ces es­pèces ont évo­lué pour ti­rer avan­tage des com­por­te­ments de brou­tage des bi­sons, et dans cer­tains sec­teurs « les bi­sons y al­laient

fort », dit Ko­per. « Les oi­seaux qui étaient vrai­ment adap­tés à cet en­vi­ron­ne­ment perdent au­jourd’hui leur ha­bi­tat. »

En re­pro­dui­sant mieux la fa­çon dont les bi­sons uti­li­saient le pay­sage, les éco­lo­gistes et les éle­veurs peuvent col­la­bo­rer pour pro­té­ger la prai­rie in­di­gène. C’est un sys­tème ré­si­lient, dit Ko­per. « Même si un sec­teur su­bit un brou­tage in­tense, une fois que vous re­ti­rez le bé­tail, l’ha­bi­tat re­trouve ra­pi­de­ment son équi­libre ini­tial. »

À cette fin, les plus grands pâ­tu­rages sont les meilleurs, dit Ko­per. Le bé­tail choi­sit ses sites de brou­tage d’une ma­nière si­mi­laire à ce que fai­saient les bi­sons. Cer­tains sec­teurs sont in­ten­sé­ment brou­tés et d’autres ne le sont pas. Une ac­ti­vi­té in­tense sur une courte pé­riode, sui­vie de longs re­pos, est la clé.

De­puis plu­sieurs dé­cen­nies, les éco­lo­gistes et les éle­veurs consi­dé­raient les pâ­tu­rages pu­blics comme des en­droits où exis­taient de bonnes oc­ca­sions de gé­rer la prai­rie in­di­gène à la fois pour les be­soins de l’éle­vage et ceux de la faune sau­vage. Ces pâ­tu­rages ont été créés dans les an­nées 1930 quand, en ré­ponse à de graves sé­che­resses et à des pro­blèmes sub­sé­quents d’éro­sion, le gou­ver­ne­ment ca­na­dien a créé l’Ad­mi­nis­tra­tion du ré­ta­blis­se­ment agri­cole des Prai­ries. Au tra­vers de cette dé­marche, le fé­dé­ral prit le contrôle de prai­ries in­di­gènes, as­su­ra leur ré­ta­blis­se­ment et les loua aux éle­veurs pour le pâ­tu­rage du bé­tail.

Il existe 89 pâ­tu­rages de l’Ad­mi­nis­tra­tion du ré­ta­blis­se­ment agri­cole des Prai­ries, to­ta­li­sant 900 000 hec­tares, et la ma­jeure par­tie d’entre eux se trouvent en Sas­kat­che­wan. À l’in­té­rieur de leurs li­mites se trouvent cer­tains des plus grands et des meilleurs frag­ments de prai­rie in­di­gène exis­tants, qui as­surent un ha­bi­tat à 31 es­pèces en pé­ril, dont la che­vêche des terriers, le re­nard vé­loce, le pu­tois, le pi­pit de Sprague et le tétras des armoises. En tant que ter­ri­toires fé­dé­raux, ces pâ­tu­rages sont su­jets à la même ré­gle­men­ta­tion et à la même pro­tec­tion as­so­ciées aux lois fé­dé­rales, comme la Loi sur les es­pèces en pé­ril.

Tou­te­fois, en 2012, la dé­ci­sion du gou­ver­ne­ment

Har­per de dé­man­te­ler le pro­gramme fé­dé­ral des pâ­tu­rages com­mu­nau­taires et de re­mettre ces ter­rains aux pro­vinces a chan­gé la donne.

De­puis lors, la ges­tion des trois pâ­tu­rages d’Al­ber­ta a été trans­fé­rée à la base mi­li­taire (fé­dé­rale) de Suf­field, et de­meure donc soumise à la Loi sur les es­pèces en pé­ril. L’As­so­cia­tion des pâ­tu­rages com­mu­nau­taires du Ma­ni­to­ba, un OSBL de pro­duc­tion, a pris la res­pon­sa­bi­li­té de la ges­tion de 20 pâ­tu­rages, grâce à un fi­nan­ce­ment in­té­ri­maire four­ni par la pro­vince. Même si la ges­tion des pâ­tu­rages n’est plus soumise à la Loi sur les es­pèces en pé­ril, la pro­tec­tion des éco­sys­tèmes de la prai­rie fait par­tie de son man­dat.

Le sort des pâ­tu­rages de Sas­kat­che­wan a été le plus in­cer­tain de­puis la dé­ci­sion de 2012, quand le gou­ver­ne­ment a d’abord consi­dé­ré d’en vendre cer­tains pour usage pri­vé. La ré­ac­tion in­di­gnée des éle­veurs qui louaient les ter­rains convain­quit le gou­ver­ne­ment de re­por­ter la li­qui­da­tion des pâ­tu­rages. En 2017, le gou­ver­ne­ment de la pro­vince a an­non­cé qu’il met­tait fin à son pro­gramme de pâ­tu­rage com­mu­nau­taire et qu’il ven­drait éven­tuel­le­ment le tiers de ces terres. La ré­ac­tion du pu­blic et les com­men­taires sub­sé­quents ob­te­nus dans le cadre d’un son­dage dans toute la pro­vince ont dé­mon­tré que la po­pu­la­tion était très ma­jo­ri­tai­re­ment en fa­veur de la pro­prié­té pu­blique des pâ­tu­rages et de la conti­nui­té de leur vo­ca­tion com­mu­nau­taire. En con­sé­quence, les membres de la Com­mu­ni­ty Pas­ture Pa­trons As­so­cia­tion of Sas­kat­che­wan louent main­te­nant les pâ­tu­rages du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial, sans sou­tien pour la ges­tion des es­pèces en pé­ril ni du fé­dé­ral ni du pro­vin­cial, dit Cal­la­ghan. Les der­niers des pâ­tu­rages sous ges­tion fé­dé­rale que Cal­la­ghan dé­crit comme « cer­tains des meilleurs et des plus grands » se­ront re­mis à la Sas­kat­che­wan cette an­née.

Une op­tion pour la ges­tion des pâ­tu­rages qui convien­drait aus­si bien à l’éle­vage qu’à la conser­va­tion de la bio­di­ver­si­té pour­rait être ren­due dis­po­nible par l’in­ter­mé­diaire du pro­gramme En route vers l’ob­jec­tif 1 du Ca­na­da, une ini­tia­tive fé­dé­rale qui vise à pro­té­ger au moins 17 % des zones ter­restres et des eaux in­té­rieures d’ici 2020. Cet ob­jec­tif se­ra at­teint par la créa­tion de ré­seaux d’aires pro­té­gées et d’« autres me­sures de conser­va­tion ef­fi­caces par zone » ou AMCEZ. L’Union in­ter­na­tio­nale pour la conser­va­tion de la na­ture ca­rac­té­rise une AMCEZ comme « un es­pace dé­fi­ni géo­gra­phi­que­ment, non re­con­nu comme une aire pro­té­gée, qui est ré­gi et gé­ré à long terme se­lon des prin­cipes qui pro­curent une conser­va­tion in si­tu ef­fi­cace de la bio­di­ver­si­té, avec les ser­vices éco­sys­té­miques conco­mi­tants, et des va­leurs cultu­relles et spi­ri­tuelles ». En d’autres mots, tant que les va­leurs es­sen­tielles de conser­va­tion sont sa­tis­faites, ces es­paces peuvent ser­vir à d’autres fins. Cal­la­ghan consi­dère que les pâ­tu­rages pu­blics cor­res­pondent par­fai­te­ment à la dé­fi­ni­tion. « Ils peuvent ser­vir à pro­té­ger la prai­rie in­di­gène tout en per­met­tant l’éle­vage bo­vin. »

Cal­la­ghan ai­me­rait aus­si que le Ca­na­da for­ma­lise la pro­tec­tion des Prai­ries dans des po­li­tiques qui fa­ci­litent la conser­va­tion et guident la re­cherche et l’ac­tion sur le ter­rain. « Nous n’avons pas en main des ou­tils pour connaître

com­bien de prai­rie in­di­gène il nous reste », dit-elle, ajou­tant qu’Agri­cul­ture et Agroa­li­men­taire Ca­na­da tra­vaille à dé­ve­lop­per des ins­tru­ments de té­lé­dé­tec­tion à cette fin.

De plus, elle ajoute que « nous avons be­soin de sou­te­nir les éle­veurs qui en­tre­tiennent dé­jà leur prai­rie ». Beau­coup d’éle­veurs pri­vés ont des éten­dues de prai­rie in­di­gène sur leurs terres. Cal­la­ghan sug­gère que des sub­ven­tions gou­ver­ne­men­tales ou des in­ci­ta­tifs fis­caux soient of­ferts aux éle­veurs qui conti­nuent de pro­té­ger la prai­rie in­di­gène. Hy­po­thèse plus spé­cu­la­tive : les prai­ries pour­raient être intégrées au mar­ché du car­bone, ce qui per­met­trait aux éle­veurs de re­ce­voir des paie­ments d’en­tre­prises du sec­teur de l’éner­gie pour conser­ver les prai­ries, qui stockent beau­coup de car­bone.

Alors que ces en­jeux sont au pre­mier plan des es­prits et des coeurs de nom­breux ha­bi­tants et éco­lo­gistes des Prai­ries, il s’avère dif­fi­cile de ral­lier le reste du Ca­na­da au­tour d’ac­tions en ma­tière de conser­va­tion de la prai­rie. Dan Kraus, de Conser­va­tion de la na­ture Ca­na­da, ob­serve : « Quand les Ca­na­diens pensent à des éco­sys­tèmes du monde en voie de raréfaction, ils se re­pré­sentent les fo­rêts plu­viales et les récifs coralliens, qui sont im­por­tants et que nous de­vons pro­té­ger. Mais nous de­vons faire prendre conscience aux gens qu’au coeur du Ca­na­da se trouve un éco­sys­tème qui est aus­si im­por­tant, rare et me­na­cé que n’im­porte quel autre grand en­semble dans le monde. » Conser­va­tion de la na­ture Ca­na­da tra­vaille à créer des ser­vi­tudes de conser­va­tion avec des éle­veurs et des ex­ploi­tants agri­coles pour com­pen­ser pour les coûts de la pro­tec­tion de la prai­rie in­di­gène. Kraus ai­me­rait que da­van­tage d’aires pro­té­gées soient re­pré­sen­ta­tives des éco­types de prai­rie.

Des cam­pagnes de sen­si­bi­li­sa­tion for­ma­li­sées, une ges­tion du­rable des pâ­tu­rages de prai­rie et cer­taines formes de pro­tec­tion fé­dé­rale ai­de­raient beau­coup, mais, au bout du compte, Her­riot sug­gère qu’il fau­drait un re­ca­drage des rap­ports des gens avec la prai­rie. Non seule­ment ces éco­sys­tèmes sont-ils in­trin­sè­que­ment dignes de pro­tec­tion, mais ils pro­curent aus­si des oc­ca­sions de connexion spi­ri­tuelle et cultu­relle avec la na­ture.

À cette fin, il sug­gère que nous in­cluions les po­pu­la­tions au­toch­tones, dont les an­cêtres ont chas­sé le bi­son dans les plaines pen­dant des mil­lé­naires, dans le dé­bat sur la pro­tec­tion de la prai­rie in­di­gène. « Les voix au­toch­tones sont char­gées de va­leurs cultu­relles pro­fondes, dit-il. Si nous pou­vons tra­vailler avec les Pre­mières Na­tions du Ca­na­da qui sont pré­oc­cu­pées par la conser­va­tion et les im­pli­quer non seule­ment dans la conser­va­tion de la prai­rie, mais aus­si d’autres éco­sys­tèmes, je crois que nous com­men­ce­rons à voir la ré­orien­ta­tion cultu­relle dont tous les Ca­na­diens ont be­soin. »

Her­riot, évi­dem­ment, n’a pas be­soin qu’on le convainque. Son rap­port avec le ter­ri­toire est évident quand il dé­crit le chant de l’alouette au prin­temps. Il a vu des che­vêches à leur ter­rier et des buses rouilleuses dans le ciel. « Ces choses-là sont im­men­sé­ment im­por­tantes. Ce sont des va­leurs qu’on ne peut tra­duire en dol­lars. »

Cal­la­ghan est d’ac­cord : « Il faut de la pa­tience avec la prai­rie, mais vous fi­ni­rez par voir sa beau­té sau­vage au­tour de vous. Son ciel étoi­lé est in­croyable. Sa tran­quilli­té… quand vous êtes dans le sud-ouest de la Sas­kat­che­wan, vous n’en­ten­dez au­cun bruit hu­main au­tour de vous, si­non le vôtre. C’est ex­cep­tion­nel. Tout ce dont nous avons be­soin, c’est d’une ma­nière dif­fé­rente de re­gar­der les plaines et de jouir sub­ti­le­ment de leur beau­té. Alors, ap­prendre à les pro­té­ger de­vient un geste na­tu­rel.

Vi­si­tez les sites de la FCF et de Faune et flore du pays

(hww.ca) pour re­gar­der des vi­déos tour­nées dans la prai­rie, mieux com­prendre ses éco­sys­tèmes et trou­ver votre place dans sa conser­va­tion.

TER­RI­TOIRES PRÉ­CIEUX (À gauche) Un chien de prai­rie en alerte. (À droite) La prai­rie à perte de vue.

COU­LEURS DU TER­RI­TOIRE (À gauche) Au loin, un ro­cher cou­vert de li­chens, la butte 70-Mile. (À droite) L’an­ti­lo­capre d’Amé­rique, une es­pèce cou­sine de la gi­rafe.

LES PRAI­RIES IN­DI­GÈNES EN PÉ­RIL Terres hautes du Sud-Ouest du Ma­ni­to­ba Terres hautes à cy­près Prai­rie à fé­tuque Plaine du lac Ma­ni­to­ba RISK • • • • • • • • Fo­rêt-parc à trembles Prai­rie mixte Fo­rêt mixte hu­mide Fo­rêt-parc à trembles

JOUR DE PLAINE... Le so­leil se lève sur la val­léede la ri­vière des Fran­çais dans le parc na­tio­nal des Prai­ries, en Sas­kat­che­wan

COU­CHER DE SO­LEIL SUR LA PRAI­RIE Un crois­sant de lune sur les herbes et les armoises de la prai­rie.

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