Je crée ma propre vie comme un col­lage. Le fait de ne pas tra­vailler de 9 à 5, c’est une créa­tion en quelque sorte, parce que je me fa­brique mon propre mo­dèle.

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GE­NE­VIÈVE: Être une femme dans le mi­lieu des com­mu­ni­ca­tions, c’est un atout ou un obs­tacle se­lon toi?

PÉ­NÉ­LOPE: Ce n’est qu’après 15 ans dans ce mi­lieu que j’ai pu ob­te­nir le même sa­laire que mon ho­mo­logue mas­cu­lin. C’est ar­ri­vé pour la pre­mière fois lorsque j’ai dé­cro­ché l’ani­ma­tion de Sa­lut, bon­jour! week-end. J’avais alors 37 ans. Ça a pris du temps! L’ar­gent est une fa­çon de don­ner une va­leur au tra­vail qu’on fait. En ne nous of­frant pas le même sa­laire qu’à un homme, au­to­ma­ti­que­ment les em­ployeurs nous en­voient des mes­sages né­ga­tifs du genre «les femmes ne sont pas aus­si ren­tables, pas aus­si ef­fi­caces». On doit donc dé­pen­ser beau­coup d’éner­gie pour prou­ver qu’on est aus­si cré­dibles, aus­si fortes, aus­si com­pé­tentes que les hommes! Une femme qui réus­sit y ar­rive sou­vent dans l’ad­ver­si­té. Je pense que c’est plus com­pli­qué pour une femme d’évo­luer dans le monde des af­faires. C’est as­sez in­dé­niable, même en 2011...

Tu te consi­dères comme une femme d’af­faires?

Je suis cer­tai­ne­ment une femme d’af­faires avant d’être une ar­tiste... Parce que je ne crée rien! Je suis une pe­tite PME qui offre ses ser­vices. Et ma ma­tière pre­mière vient de mon coeur, de mon âme et de ma ca­pa­ci­té à ra­con­ter le monde à tra­vers mes yeux. Il y a une part de créa­ti­vi­té dans ce que je fais, mais je se­rais pré­ten­tieuse de me qua­li­fier d’ar­tiste, au même titre qu’un réa­li­sa­teur ou une chan­teuse par exemple!

Com­ment ex­primes-tu ton cô­té créa­tif?

J’es­saie de dé­pas­ser les lignes. Si je suis de­ve­nue chro­ni­queuse cultu­relle, c’est que j’ai une grande ad­mi­ra­tion pour la créa­tion. Je m’en nour­ris beau­coup. Je sens le be­soin de créer ma propre vie, et je la crée comme un col­lage. Le fait de ne pas tra­vailler de 9 à 5, c’est une créa­tion en quelque sorte, parce que je me fa­brique mon propre mo­dèle. Ma vie est com­plè­te­ment dif­fé­rente d’une jour­née à l’autre, se­lon mes dé­sirs, se­lon mes hu­meurs. Ce que j’ai de plus ar­tis­tique en moi est cer­tai­ne­ment cette in­ca­pa­ci­té à me fondre dans un moule.

Ça re­pré­sente quoi pour toi, à ce stade-ci de ta car­rière d’ani­mer un talk-show qui porte ton nom?

En ce mo­ment, l’exer­cice le plus dif­fi­cile est de res­ter dans le mo­ment pré­sent. C’est quelque chose que j’ai vrai­ment bien réus­si à faire de­puis mon ac­ci­dent. Mais main­te­nant, c’est plus dif­fi­cile parce que je touche à quelque chose de pré­cieux, je touche à un rêve. Et quand quelque chose dont on a long­temps rê­vé ar­rive, ce­la brasse beau­coup de choses. C’est plus ras­su­rant de s’ima­gi­ner que nos rêves sont in­ac­ces­sibles... Lors­qu’ils de­viennent concrets, il faut être à la hau­teur! Il y a un trac qui monte en moi. En même temps, il faut re­la­ti­vi­ser... Il est rare que je dise ce­la, mais c’est juste de la TV! Je veux avoir du plai­sir. C’est vrai­ment ex­ci­tant, in­at­ten­du, in­es­pé­ré. C’est quand même fas­ci­nant de sa­voir qu’à 40 ans on peut vivre quelque chose d’aus­si in­tense. Et je suis contente de voir qu’il y a beau­coup de gens qui sont ex­ci­tés pour moi; ça me rend heu­reuse. Je suis vrai­ment pleine de gra­ti­tude en­vers la vie en ce mo­ment; je n’en re­viens pas de l’abon­dance qui conti­nue à me tom­ber des­sus... Je suis bé­nie!

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