LE CONTRAT SADOMASO «Ché­rie, fais-moi mal!»

Coquine - - BDSM - Par An­na­belle Jolicoeur

Fi­ni l’époque où le BDSM (bon­dage, dis­ci­pline, do­mi­na­tion, sou­mis­sion et sadomasochisme) était consi­dé­ré comme une dé­viance dan­ge­reuse pra­ti­quée dans des sous-sols glauques par des ob­sé­dés sexuels bons pour l’asile! Plu­sieurs sexo­logues s’en­tendent main­te­nant pour dire que, bien que hors normes, mais pas né­ces­sai­re­ment dé­viante, cette pra­tique peut être tout à fait saine et, sur­tout, peut pi­men­ter la sexua­li­té d’un couple. Mais at­ten­tion: il y a di­vers de­grés au BDSM, de lé­gers à ex­trêmes, et cer­tains d’entre eux peuvent me­ner à la mort (l’in­ten­si­té du BDSM peut pous­ser le corps à l’ex­trême). La vi­gi­lance est donc de mise. Il faut éga­le­ment bien éta­blir les règles du jeu (une liste de li­mites qui de­vront être étu­diées et né­go­ciées par les par­te­naires) et même les écrire sous la forme d’un contrat.

Les règles du jeu

Avant de goû­ter aux plai­sirs (et aux pe­tites dou­leurs) du BDSM, il im­porte de sa­voir com­ment le pra­ti­quer, his­toire de ne pas faire n’im­porte quoi. Vous ne vou­driez tout de même pas vous re­trou­ver à l’hô­pi­tal à cause d’une par­tie de jambes en l’air mal or­ches­trée! La pre­mière étape, mais non la moindre, est de par­ler de la chose avec votre amou­reux ou votre amant (c’est se­lon!). Comme le BDSM est un jeu qui se joue entre adultes consen­tants, vous de­vrez d’abord vous as­su­rer que vos fan­tasmes res­pectent les li­mites de chaque par­te­naire. On peut se faire plai­sir mu­tuel­le­ment. Si votre ché­ri vous donne sa bé­né­dic­tion, vous pour­rez pas­ser à la deuxième étape, qui consiste à vous ren­sei­gner sur cette pra­tique. Par exemple, si vous avez une en­vie folle de vous faire li­go­ter ou de li­go­ter votre par­te­naire, il convient d’ap­prendre les tech­niques de base du bon­dage. Bonne nou­velle: plu­sieurs sites In­ter­net ex­pliquent ces tech­niques en dé­tail et des ate­liers sont même of­ferts aux dé­bu­tants par des groupes spé­cia­li­sés dans le BDSM. Vous pour­riez aus­si vous pro­cu­rer un ma­nuel de sadomasochisme 101 dans une bou­tique éro­tique. Une de nos ré­fé­rences: BDSM: Les règles du jeu, de Jes­si­ca Ca­ru­so. Vous en ap­pren­drez ain­si da­van­tage sur les jeux de rôles et de pou­voir, si c’est ce qui vous branche.

Faire confiance les yeux ban­dés

Une fois que vous vous sen­ti­rez prête à pas­ser de la théo­rie à la pra­tique – le mo­ment tant at­ten­du! –, vous de­vrez dis­cu­ter avec votre conjoint de vos dé­si­rs et li­mites. Afin de ne rien ou­blier, il se­ra im­por­tant d’écrire dans un contrat tout ce dont vous au­rez dis­cu­té. Si l’idée d’un tel do­cu­ment ne vous semble pas très sexy, sa­chez que ce­lui-ci est im­por­tant puis­qu’il per­met d’éta­blir clai­re­ment les li­mites de votre en­tente et de votre consen­te­ment. En plus, il peut être plus ex­ci­tant de s’aban­don­ner quand on se sait entre bonnes mains. Pour deux par­te­naires, le contrat sadomasochiste re­pré­sente éga­le­ment une belle fa­çon de se té­moi­gner une confiance mu­tuelle. Que faut-il écrire dans ce fa­meux contrat? Le do­mi­na­teur ou la do­mi­na­trice doit dres­ser une liste des pra­tiques aux­quelles il ou elle sou­haite s’adon­ner avec son ou sa do­mi­né(e) (par exemple, pri­ver l’autre d’un sens, la fessée, la pé­né­tra­tion va­gi­nale ou anale, la dis­ci­pline, le «fis­ting» (in­sé­rer un poing com­plet dans le va­gin), les jeux de rôles, la pri­va­tion sen­so­rielle, etc.). Vous pou­vez lais­ser libre cours à votre ima­gi­na­tion!

Il faut éga­le­ment en­trer dans le contrat les li­mites pré­éta­blies par la per­sonne do­mi­née. N’ou­bliez pas d’ins­crire le mot de sé­cu­ri­té que cette der­nière de­vra uti­li­ser lors­qu’elle vou­dra que le jeu prenne fin (si elle res­sent trop de dou­leur ou si elle n’est plus à l’aise). Il est im­por­tant de choi­sir un mot de sé­cu­ri­té qui vous vien­dra en tête fa­ci­le­ment le temps ve­nu. Par exemple, la plu­part des adeptes du BDSM uti­lisent le mot «rouge» pour ar­rê­ter une scène. Le «safe word» est un in­di­ca­teur ver­bal ou ges­tuel n’ayant au­cun lien avec la sexua­li­té. Et voi­là, il ne vous reste plus qu’à si­gner le do­cu­ment avant de vous of­frir des heures de plai­sir avec votre par­te­naire!

VOUS AVEZ ÉTÉ TITILLÉE EN LI­SANT LES PAS­SAGES ÉRO­TIQUES DANS CIN­QUANTE NUANCES DE GREY? VOUS ESPÉRIEZ DE TOUT COEUR QU’ANAS­TA­SIA SIGNE LE CONTRAT SADOMASOCHISTE QUI FE­RAIT D’ELLE UNE DO­MI­NÉE? VOUS EN REDEMANDIEZ QUAND CH­RIS­TIAN LUI DON­NAIT UNE FESSÉE? PE­TITE CO­QUINE! QU’AT­TEN­DEZ-VOUS POUR VOUS METTRE AU SADOMASOCHISME VOUS AUS­SI?

Té­moi­gnages

Ah oui, en­core des en­dor­phines!

Ma­rie-maude est en­trée dans le monde BDSM un peu par ha­sard lors­qu’elle a ren­con­tré un homme adepte de la sou­mis­sion. Si elle a d’abord ac­cep­té de le do­mi­ner par cu­rio­si­té, elle a vite pris goût au jeu: «Au dé­but, j’étais hé­si­tante. J’avais peur de lui faire mal lorsque je lui don­nais une fessée, même s’il en re­de­man­dait. Mais main­te­nant, je ma­nie la cravache (bâ­ton avec tige flexible et mu­ni d’une cla­quette souple) comme une pro!» Un an et de­mi après leur ren­contre, Ma­rie-maude de­ve­nait of­fi­ciel­le­ment la do­mi­na­trice de son par­te­naire en si­gnant un contrat sadomasochiste. Elle af­firme au­jourd’hui qu’elle n’a au­cune en­vie de re­ve­nir à une sexua­li­té «va­nille» (un terme dé­si­gnant une sexua­li­té qui n’in­clut pas de pra­tiques sa­do­ma­so­chistes). «Au­tant mon sou­mis que moi ne pour­rions plus nous pas­ser des en­dor­phines* que nous pro­cure notre sexua­li­té», ex­plique-t-elle.

* Les en­dor­phines sont des opia­cées na­tu­relles li­bé­rées par le cer­veau qui, une fois se­cré­tées, se dis­persent dans le sys­tème ner­veux cen­tral et le sang. Ces der­nières pro­curent un ef­fet eu­pho­ri­sant, créant par­fois une dé­pen­dance chez cer­taines per­sonnes en rai­son de la sen­sa­tion de bien-être qu’elles pro­curent.

Don­nez-moi de l’oxy­gène

Il peut par­fois y avoir une dif­fé­rence ma­jeure entre le fan­tasme et la réa­li­té, et c’est ce qu’a ap­pris Lau­rie quand elle a ten­té sa pre­mière – et der­nière – ex­pé­rience de bon­dage. Si elle était ex­ci­tée à l’idée de se faire li­go­ter, elle ad­met avoir fi­na­le­ment dé­tes­té ça: «Je me sen­tais prise au piège, j’avais l’im­pres­sion de suf­fo­quer.» Cer­taines per­sonnes peuvent de­ve­nir an­xieuses à l’idée de ne pas pou­voir bou­ger et de ne pas être libres de tous leurs membres. Le bon­dage fai­sait par­tie du contrat ma­so­chiste que Lau­rie avait si­gné, mais son do­mi­nant l’a bien sûr li­bé­rée si­tôt qu’elle a pro­non­cé son mot de sé­cu­ri­té.

Note: les noms uti­li­sés sont fic­tifs, mais les his­toires sont bien réelles.

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