Por­no­gra­phie et ima­gi­naire: MO­TEUR OU FREIN À LA LI­BI­DO?

Coquine - - PSY­CHO - PAR LAU­RA RE­NAUD

CONSOM­MEZ-VOUS DE LA POR­NO­GRA­PHIE? DANS UN MONDE OÙ LES IMAGES CHAUDES SONT À LA POR­TÉE D’UN SIMPLE CLIC, DIF­FI­CILE DE NE PAS Y AC­CÉ­DER UN JOUR OU L’AUTRE. EN QUOI LA POR­NO­GRA­PHIE CHANGE-T-ELLE NOTRE RAP­PORT À LA SEXUALITÉ, À L’IMA­GI­NAIRE, AU FAN­TASME? EST-CE UN PE­TIT PLUS POUR PI­MEN­TER NOTRE VIE SEXUELLE OU UNE DÉ­VIANCE À PROS­CRIRE? TOUR D’HO­RI­ZON.

Croyez-le ou non, se­lon plu­sieurs son­dages et études, un homme sur deux re­garde ré­gu­liè­re­ment de la por­no­gra­phie. Et c’est sans comp­ter ceux qui cachent la vé­ri­té… Ça vous donne une idée! Si beau­coup portent un re­gard né­ga­tif sur cette ha­bi­tude, une nou­velle étude de l’uni­ver­si­té Con­cor­dia prouve en tout cas que la por­no­gra­phie ne cau­se­rait pas de pro­blèmes érec­tiles. Au contraire, elle pour­rait même amé­lio­rer la vie sexuelle. C’est l’un de ses as­pects les plus sur­pre­nants, se­lon Jim Pfaus, pro­fes­seur de psy­cho­lo­gie et co­au­teur de l’étude. En ef­fet, les grands consom­ma­teurs de por­no­gra­phie ne sont pas dé­sen­si­bi­li­sés au sexe, mais res­sentent plu­tôt l’ef­fet in­verse.

La pra­tique mè­ne­rait-elle à l’ex­cel­lence? Vi­sion­ner des films ou des images à ca­rac­tère por­no­gra­phique peut aug­men­ter l’ex­ci­ta­tion sexuelle, ap­por­ter de nou­veaux fan­tasmes et per­mettre d’af­fron­ter des ta­bous per­son­nels. Les consom­ma­teurs oc­ca­sion­nels ont sou­vent une vie sexuelle plus épa­nouie, étant plus à l’aise, par exemple, de pra­ti­quer le cun­ni­lin­gus, de re­ce­voir une fel­la­tion ou même de s’adon­ner aux plai­sirs du 69. En re­gar­dant de la por­no­gra­phie quand l’en­vie se fait sen­tir, ces hommes au­ront ten­dance à mieux gé­rer leur li­bi­do… et au­ront par le fait même moins ten­dance à être in­fi­dèles.

LA POR­NO­GRA­PHIE: UNE ARME À DOUBLE TRAN­CHANT?

Si la plu­part des consom­ma­teurs ar­rivent à gar­der un rap­port sain à la por­no­gra­phie, 7 % des hommes son­dés af­firment en être de très grands fans. Ce qui peut par­fois cau­ser des pro­blèmes, au­tant pour eux que pour leur par­te­naire. On le sait: la ma­jo­ri­té des images por­no­gra­phiques sont très su­per­fi­cielles, pré­sen­tant sou­vent l’homme comme un dieu de la baise et la femme comme un ob­jet sexuel. Ces modèles ir­réa­listes peuvent ame­ner des per­sonnes plus fra­giles à avoir une vi­sion né­ga­tive de la sexualité. Cer­tains hommes peuvent avoir l’im­pres­sion que leur pé­nis est trop pe­tit – se­lon une étude de l’ins­ti­tut fran­çais d’opi­nion pu­blique (Ifop), 34 % des jeunes de moins de 25 ans sont com­plexés à ce su­jet –, qu’ils ne sont pas as­sez per­for­mants ou ima­gi­na­tifs, alors que leur par­te­naire peut se sen­tir «obli­gée» de tout ac­cep­ter et de tout es­sayer, en gé­mis­sant et en jouis­sant comme ja­mais… et tout ça en étant par­fai­te­ment épi­lée. Ap­pa­rem­ment, un quart des femmes ayant plus de trois re­la­tions sexuelles par se­maine ont eu re­cours à l’épi­la­tion in­té­grale. Tou­jours se­lon l’étude de l’ifop, un Fran­çais sur deux a dé­jà ten­té de re­pro­duire des scènes de films por­no­gra­phiques. Pas tou­jours op­ti­mal pour at­teindre le sep­tième ciel!

Une étude me­née en Suède en 2011 in­dique que la consom­ma­tion trop ré­gu­lière de por­no­gra­phie peut af­fec­ter la sa­tis­fac­tion sexuelle. Ça va par­fois si loin que cer­tains hommes ne pour­ront plus éja­cu­ler s’ils ne sont pas sti­mu­lés par des images por­no­gra­phiques. Une dépendance qui peut avoir de fortes consé­quences sur la li­bi­do en si­tua­tion de rap­port sexuel «nor­mal». Le psy­cha­na­lyste et sexo­thé­ra­peute Alain Hé­ril re­marque d’ailleurs que cer­tains hommes voient les re­la­tions sexuelles comme une fonc­tion­na­li­té: «Chez cer­tains, même, une forme de dé­goût ap­pa­raît.» Comme quoi la mo­dé­ra­tion a sou­vent bien meilleur goût!

DE LA POR­NO POUR LES FEMMES… PAR LES FEMMES!

At­ten­tion, ce ne sont pas que les hommes qui se rincent l’oeil. Plus de 18 % des femmes af­firment re­gar­der des films olé olé, se­lon une étude de l’ifop. Et une per­sonne sur cinq qui vi­site un site por­no­gra­phique est en fait une femme, alors que c’est moins de 1 femme sur 100 qui consomme de la por­no­gra­phie ré­gu­liè­re­ment. La plu­part des femmes qui consomment de la por­no­gra­phie le font avec leur par­te­naire, et sou­vent, ce n’est pas pour les mêmes rai­sons que les hommes. Se­lon une étude d’olm­stead et al. ef­fec­tuée en 2013, les femmes ont plus ten­dance à re­gar­der de la por­no­gra­phie pour pi­men­ter leur vie de couple, que ce soit pour res­sen­tir de l’ex­ci­ta­tion ou ap­prendre de nou­velles po­si­tions. Et avec suc­cès: les couples qui s’ex­citent de­vant un film co­quin souffrent moins de dys­fonc­tions sexuelles que ceux qui se font plai­sir en so­lo, se­lon une étude de Da­ne­back, Traeen et Mans­son (2009).

Ain­si, il ne faut pas s’éton­ner qu’on trouve de plus en plus de por­no­gra­phie créée spé­cia­le­ment pour les femmes. Beau­coup de réa­li­sa­trices, comme

Ovi­die ou Eri­ka Lust, offrent des conte­nus très dif­fé­rents de la por­no­gra­phie dite «tra­di­tion­nelle» (ou ma­cho, c’est se­lon). Au me­nu? Un vrai scé­na­rio

(pas d’in­fir­mière en cha­leur ou de pauvre femme à moi­tié nue en panne de­vant la riche de­meure d’un mys­té­rieux in­con­nu), des dia­logues (oui, plus que des «Ah oui, conti­nue!»), des bai­sers (ce qui est sou­vent pros­crit dans la por­no­gra­phie), de la com­pli­ci­té (pas juste des claques sur les fesses), un phare sur les hommes (pas seule­ment les ac­trices), des corps dif­fé­rents (vive la di­ver­si­té cor­po­relle!)… vous com­pre­nez le prin­cipe. Une belle fa­çon de faire le plein de fan­tasmes sans ma­laises.

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