ÉDITO

Coup de Pouce - - SOMMAIRE -

La vie comme un élas­tique…

Quand mon fil Fa­ce­book m’a pro­po­sé les vi­gnettes des­si­nées par Em­ma, cette au­teure et illus­tra­trice qui a ha­bi­le­ment mis des mots et des images sur le concept de charge men­tale, j’ai pous­sé un «Ah! C’est donc ça!», contente qu’on ait iden­ti­fié puis nom­mé cette chose souf­frante.

Après m’être amu­sée de ces bandes des­si­nées vrai­ment ri­go­lotes dans les­quelles cha­cune d’entre nous se re­con­naî­tra, fal­lait-il main­te­nant que je me de­mande à qui la faute? Ma cel­lule fa­mi­liale était-elle dys­fonc­tion­nelle? Avais-je à blâ­mer mon ma­ri pour la pres­sion qu’exerce sur moi la ges­tion du quo­ti­dien? Parce que, bien que je me sois re­con­nue dans le concept, je ne me suis pas re­con­nue dans le fait que ce soit, semble-t-il, un pro­blème de couple. Peut-être parce que, chez nous, on est une équipe, qui fonc­tionne comme une équipe. Cha­cun a la charge men­tale d’une par­tie du bien-être de la fa­mille. Ça ne m’em­pêche pas d’avoir la tête pleine en per­ma­nence et d’avoir tou­jours l’im­pres­sion de faire deux choses à la fois. C’est peut-être la même chose pour lui? Fau­drait de­man­der.

Avouons-le. On veut pos­sé­der une mai­son (qu’on veut re­la­ti­ve­ment grande) dé­co­rée comme dans un ma­ga­zine, on a deux voi­tures, des rêves de cha­let, on veut bien man­ger, faire de l’exer­cice, que les en­fants aient une vie so­ciale bien rem­plie, que les draps sentent bon, que la cour ar­rière soit belle, que le chien sache se com­por­ter en pu­blic... On se com­pare... Tout le temps... Et on se console ra­re­ment.

Et puis, alors qu’on court après le temps qui va trop vite, on rêve aus­si de ra­len­tir. On rêve de tout lar­guer pour al­ler vivre dans un mo­to­ri­sé vin­tage ou une mi­ni­mai­son où il nous se­ra pos­sible d’éle­ver des poules dans le jar­din... Nous sommes des êtres de contra­dic­tions, c’est le moins qu’on puisse dire.

C’est mon mé­de­cin qui me di­sait l’an der­nier que la vie est un ou­vrage tis­sé d’élas­tiques bien ten­dus. Qu’in­va­ria­ble­ment, à un mo­ment don­né, il y a un élas­tique qui lâche. Et que ça ar­rive plus ou moins tôt dans la vie. Que per­sonne n’est à l’abri. «Ce se­ra votre san­té phy­sique, votre san­té men­tale ou émo­tion­nelle qui ab­sor­be­ra le choc, di­sait-il. Vaut mieux tout de suite cher­cher votre équi­libre, c’est la clé. Et votre équi­libre, il n’est pas né­ces­sai­re­ment là où vous le cher­chez.» En fait, je pense que mon mé­de­cin est un phi­lo­sophe. Je le soup­çonne d’ailleurs d’avoir un jour tou­ché le fond de son ba­ril émo­tion­nel, et d’en être sor­ti plus fort ou en tout cas plus sage. Et si le doc­teur le dit, je se­rais bien mal ve­nue de ne pas l’écou­ter...

Ma­rie-Claude Bon­neau Édi­trice en chef

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