EN FA­MILLE

Coup de Pouce - - SOMMAIRE - Par Ma­rie-Claude Mar­so­lais | Illustration: Anne Ville­neuve MA­RIE-CLAUDE MAR­SO­LAIS EST MA­MAN DE DEUX GAR­ÇONS, ANS.• DE 20 MOIS ET 4

LA PRE­MIÈRE FOIS QUE J’AI VU LE «+» SUR LE BÂTONNET, LA MA­CHINE À SCÉ­NA­RIOS S’EST EM­BAL­LÉE. JE ME VOYAIS JOGGER AVEC MA POUSSETTE, ALLAITER MON PE­TIT GLOUTON OU LUI FAIRE DE JO­LIS GUILI-GUILI. UN VRAI FEEL GOOD MO­VIE.

Mais 12 se­maines plus tard, c’est par un cu­re­tage que mon his­toire s’est ter­mi­née. Et c’est pen­dant qu’on me dé­li­vrait de mon foe­tus que j’ai per­du ma naï­ve­té. Comment avais- je pu te­nir pour ac­quis que je la ren­drais à terme, cette gros­sesse?

Main­te­nant, je le sais: ce n’est pas parce qu’on tombe en­ceinte qu’on au­ra un bé­bé. Chaque an­née au Qué­bec, quelque 20 000 femmes vivent ce drame. Ça re­pré­sente en­vi­ron une gros­sesse sur quatre. C’est énorme. Qu’im­portent les sta­tis­tiques, la fausse couche de­meure sou­vent une ex­pé­rience dif­fi­cile à ou­blier. Sur­tout lors­qu’on tombe en­ceinte à nou­veau. Tout comme moi, pen­dant les gros­sesses qui ont sui­vi sa fausse couche, Jo­sée Bour­ni­val, au­teure, blo­gueuse et ma­man de quatre en­fants, a vé­cu un stress im­mense. « J’in­ter­pré­tais chaque pe­tite crampe comme le dé­but d’une fausse couche; j’étais cer­taine que ça se ter­mi­ne­rait en hé­mor­ra­gie, dit-elle. Et chaque fois que j’al­lais à la salle de bains, j’avais peur de trou­ver du sang sur le pa­pier hy­gié­nique.»

Se­lon Ma­non Cyr, in­fir­mière cli­ni­cienne et co­au­teure du livre Fausse couche, vrai deuil (Ca­rac­tère, 2013), il est tout à fait nor­mal d’éprou­ver de l’in­quié­tude pen­dant les gros­sesses qui suivent un tel mal­heur. «La plu­part des femmes que je ren­contre vivent neuf mois en stand-by, en at­ten­dant que le pire ar­rive. C’est épui­sant émo­ti­ve­ment, mais ça se tra­vaille», sou­tient-elle.

Pour s’ai­der à vivre une gros­sesse la plus zen pos­sible, Mme Cyr dit qu’on de­vrait avoir fait le deuil de notre en­fant avant de re­tom­ber en­ceinte. «Ça ne veut pas dire de s’être com­plè­te­ment re­mise, parce que ça peut prendre beau­coup de temps, pré­cise-t-elle. Mais on de­vrait être ca­pable d’en par­ler sans trop pleu­rer. La peine d’avoir per­du un en­fant et la joie de re­tom­ber en­ceinte, ça peut créer un cock­tail d’émo­tions ex­plo­sif.» L’in­fir­mière conseille éga­le­ment, dans la me­sure du pos­sible, de bien « ma­ga­si­ner » notre mé­de­cin. «On es­saie d’avoir quel­qu’un de com­pré­hen­sif qui ac­cep­te­ra, par exemple, d’écou­ter le coeur du bé­bé plus sou­vent et qui sau­ra ré­pondre à nos ques­tions sans nous faire sen­tir comme une hys­té­rique.»

Or, bien ac­com­pa­gnée ou pas, on ne peut pas faire grand-chose pour em­pê­cher une fausse couche. «Le fait de n’avoir ja­mais pu iden­ti­fier la cause m’a pour­ri la vie pen­dant mes autres gros­sesses, avoue Mme Bour­ni­val. Et même si je sui­vais toutes les recommandations du mé­de­cin, je ne pou­vais rien faire pour m’as­su­rer que ça fonc­tionne.» C’est ça, le drame: puisque la ma­jo­ri­té des fausses couches sont dues à une ano­ma­lie chro­mo­so­mique, on ne peut rien faire pour être to­ta­le­ment à l’abri. Pire: le fait d’avoir vé­cu une fausse couche ne nous im­mu­nise pas non plus. (Après ma troi­sième, je l’ai bien com­pris.) Mais comme le dit Ma­non Cyr, puis­qu’on n’a pas le contrôle, mieux vaut tra­vailler à chas­ser les pen­sées an­xieuses pour se concen­trer sur le bé­bé qu’on porte et ap­pré­cier le mo­ment de la gros­sesse. Au­tre­ment dit, il faut lâ­cher prise. Quelque chose qui, de toute fa­çon, nous ser­vi­ra sou­vent au cours de notre vie de ma­man. Je l’ai bien com­pris de­puis que mes deux gar­çons sont en­trés dans ma vie.

La peine d’avoir per­du un en­fant et la joie de re­tom­ber en­ceinte, ça peut créer un cock­tail d’émo­tions ex­plo­sif. — Ma­non Cyr, in­fir­mière cli­ni­cienne

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