PERSO

Coup de Pouce - - SOMMAIRE - Par Anne-Laure Rique Illus­tra­tion: Ma­rie-Eve Trem­blay/Co­la­gene.com

S’ai­mer beau­coup, long­temps

LES YEUX QUI S’ÉCARQUILLENT. LA M­CHOIRE QUI TOMBE. PUIS UN «AH OUAIS!» QUI NE TARDE PAS À FUSER… C’EST SOU­VENT LA RÉ­AC­TION À LA­QUELLE J’AI DROIT QUAND JE RÉ­PONDS À LA QUES­TION: «DE­PUIS COM­BIEN DE TEMPS ES-TU AVEC TON CHUM?»

Ce­la va faire 15 ans. J’en ai 33. Nous avons donc pas­sé près de la moi­tié de notre vie en couple, en­semble. La sur­prise (et par­fois l’ad­mi­ra­tion) qui ap­pa­raît sur le vi­sage des gens une fois le cal­cul opé­ré me rap­pelle à quel point je suis chan­ceuse. Mais il n’y a pas que ça... Parce que si on peut consi­dé­rer que la chance, le ha­sard ou en­core le des­tin (ap­pe­lez ça comme vous vou­lez) entre en ligne de compte dans l’épi­sode de la ren­contre, il faut qu’il y ait autre chose pour que les

sai­sons s’en­chaînent et que la re­la­tion soit un suc­cès. «Lors­qu’on est en couple avec quel­qu’un, la chance n’a pas grand-chose à voir avec le fait qu’on est bien ou pas » , confirme Fran­çois St Père, psy­cho­logue spé­cia­li­sé en thé­ra­pie de couple et en mé­dia­tion fa­mi­liale. «C’est plus une ques­tion d’at­ti­tude, de vo­lon­té, de com­por­te­ment, de com­pé­tence et de loyau­té.»

De la vo­lon­té, il en a fal­lu à Ma­ria Te­re­sa pour que son his­toire d’amour dé­passe les fron­tières, les dif­fé­rences cultu­relles et la dis­tance géo­gra­phique. Les dé­buts avaient tout de la co­mé­die ro­man­tique: une séance de ci­né­ma bon­dée pousse la jeune femme à al­ler s’ins­tal­ler sur une ter­rasse avec une amie. C’est là qu’elle ren­contre son fu­tur ma­ri, un mi­li­taire fran­çais en es­cale au Pé­rou pour qui elle quitte son pays, sa fa­mille et ses re­pères. Trente- quatre ans plus tard, ils sont tou­jours en­semble. Quel scé­na­riste n’en au­rait pas fait un film?! Pour­tant, la réus­site de leur couple ne tient pas à des ta­pis de pé­tales de roses ou à des dé­cla­ra­tions en­flam­mées. C’est le res­pect et la confiance qui leur ont per­mis de main­te­nir leur re­la­tion.

«Et nous com­mu­ni­quons énor­mé­ment, ajou­tet-elle. Nous par­ta­geons nos doutes, nous nous consul­tons pour chaque grande dé­ci­sion. Si nous ne sommes pas d’ac­cord, nous fi­nis­sons par faire des conces­sions cha­cun de notre cô­té pour ar­ri­ver à trou­ver une so­lu­tion.» Pour Fran­çois St Père, le dia­logue, c’est bien, et s’écou­ter, c’est en­core mieux. Il n’est pas tou­jours fa­cile d’en­tendre ce que l’autre a à dire, d’ac­cep­ter qu’il émette des cri­tiques à notre su­jet. C’est tou­te­fois une preuve d’ou­ver­ture et d’in­té­rêt pour son par­te­naire, une fa­çon de li­mi­ter les frus­tra­tions et, fi­na­le­ment, l’une des clés du bien-être à deux.

Mon chum et moi, nous nous sommes ren­con­trés à 18 ans sur les bancs de l’uni­ver­si­té. Nous avons gran­di en­semble et nous avons ap­pris à nous connaître tous les deux en même temps que nous nous sommes for­gés et dé­cou­verts à titre in­di­vi­duel. Ce­la n’a pas tou­jours été fa­cile, il y a eu des hauts et des bas, des envies dif­fé­rentes avec les­quelles nous avons es­sayé de com­po­ser sans ja­mais les re­nier ou ten­ter de chan­ger l’autre. Et je sais au­jourd’hui que cette fa­çon de faire nous a été bé­né­fique. Le lais­ser par­tir faire un stage à l’étran­ger, ac­cep­ter de dé­mé­na­ger pour se rap­pro­cher de ma fa­mille, m’ac­com­pa­gner dans mon dé­sir de chan­ge­ment de car­rière... Nous avons tou­jours consi­dé­ré les envies de l’autre sans pour au­tant s’ou­blier ou se sa­cri­fier. «Avoir une re­la­tion har­mo­nieuse, res­pec­tueuse, d’en­traide, où cha­cun des in­di­vi­dus en­cou­rage le dé­ve­lop­pe­ment per­son­nel de l’autre, c’est vrai­ment ce à quoi on peut as­pi­rer de mieux», dit Fran­çois St Père.

Et la flamme dans tout ça? «On l’en­tre­tient à tra­vers des pe­tites at­ten­tions», me livre Ma­ria Te­re­sa. Un sou­rire par­ta­gé sans rai­son, son plat pré­fé­ré concoc­té pour le sou­per, un en­cou­ra­ge­ment en­voyé avant un évé­ne­ment im­por­tant, un « bonne nuit » lan­cé avant de se cou­cher. «Être heu­reux à deux, c’est une cas­cade de pe­tits gestes quo­ti­diens bien­veillants en­vers l’autre», ex­plique le psy­cho­logue avant de conclure: «Quand on voit l’amour comme un tra­vail qu’on aime, avec un dé­sir d’ap­prendre, de se re­mettre en ques­tion, de s’amé­lio­rer et de se dé­pas­ser, ha­bi­tuel­le­ment, ça fonc­tionne.» Moi, je vois l’amour comme un gâ­teau au cho­co­lat. Des pa­canes en gar­ni­ture, de la fa­rine de riz plu­tôt que de la fa­rine de blé, avec ou sans oeufs... Cha­cun y va de sa re­cette, mais il y a un in­gré­dient qui me semble in­dis­pen­sable: le cho­co­lat, euh, le res­pect!

Une re­la­tion har­mo­nieuse, res­pec­tueuse, d’en­traide, où cha­cun des in­di­vi­dus en­cou­rage le dé­ve­lop­pe­ment per­son­nel de l’autre, c’est vrai­ment ce à quoi on peut as­pi­rer de mieux. — Fran­çois St Père, psy­cho­logue

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