Des pierres, ves­tiges de l’ancien fort L orette ?

Courrier Ahuntsic - - LA UNE - Jo­ce­lyn Duff, ar­chi­tecte et membre de la So­cié­té d’his­toire d’Ahunt­sicCar­tier­ville

On sait main­te­nant que les ré­sul­tats des fouilles ar­chéo­lo­giques en cours sur le terrain du 12 375, rue du Fort-Lo­rette ne se­ront ren­dus pu­blic que dans plus d’un an. A u- de­là des ves­tiges de la mai­son Saint-Jan­vier et de la Crèche Saint-Paul, il est fort pro­bable qu’on y trouve ceux de l’ancien fort Lo­rette, la mis­sion amé­rin­dienne ins­tal­lée au Sault-au-Ré­col­let dès 1691.

L’en­ceinte du fort était for­mée d’une pa­lis­sade de bois et mu­nie aux quatre coins prin­ci­paux d’une église et de trois bas­tions de pierre. Il s’agit d’un fort im­por­tant et so­lide de­vant ré­sis­ter aux at­taques des Iro­quois en amont de la ri­vière. En 1710, le Père Ca­mille de Ro­che­mon­teix écri­vait à pro­pos de la mis­sion amé­rin­dienne de Sault-au-Ré­col­let : « il y a un fort de pierre au­près de leur fort de pieux où logent leurs mis­sion­naires ».

Il semble qu’au dé­but du XXe siècle, beau­coup de pierres de construc­tion jon­chaient le sol sur les ter­rains des Frères de Saint-Ga­briel et des Soeurs de Mi­sé­ri­corde (voir pho­to).

En 1910, le cu­ré de la pa­roisse pro­pose aux soeurs de Mi­sé­ri­corde l’uti­li­sa­tion de pierres et de sable pro­ve­nant du terrain qui pourraient être né­ces­saires à leur nou­velle construc­tion, mais elles de­vront les prendre sans ex­ca­ver. 1 Ces pierres de sur­face pro­ve­naient peu­têtre de la dé­mo­li­tion de construc­tions plus anciennes pré­sentes sur le terrain.

Plus à l’ouest, en 1940, les Frères de Saint-Ga­briel font amé­na­ger une ré­plique de la grotte de Lourdes. Les pierres sciées, de grande taille, pro­viennent vrai­sem­bla­ble­ment d’une construc­tion plus an­cienne dé­mo­lie à proxi­mi­té.

La tradition orale veut que les pierres du fort Lo­rette au­raient pu ser­vir à l’amé­na­ge­ment de cette grotte. Les pierres pré­sentent en ef­fet cer­taines ca­rac­té­ris­tiques propres aux ou­vrages dé­fen­sifs à l’époque de la Nou­velle-France.

D’autres re­cherches ont dé­jà eu lieu dans le sec­teur pré­su­mé du fort Lo­rette. En 1976, un em­ployé du Ser­vice d’Ar­chéo­lo­gie et d’eth­no­lo­gie du Mi­nis­tère des Af­faires Cultu­relles (au­jourd’hui mi­nis­tère de la Culture) rap­por­tait le té­moi­gnage d’un ré­sident voi­sin du site, qui avait trou­vé de vieux murs et des os­se­ments hu­mains dans sa cour.

En 1983, lors du creu­sage de tran­chées pour la construc­tion des mai­sons en ran­gée sur la rue des Jé­suites, un ins­pec­teur des per­mis fai­sait la dé­cou­verte d’un lit de pierre. Ces dé­cou­vertes n’eurent ja­mais de suite.

Nous es­pé­rons que les fouilles ar­chéo­lo­giques en cours ré­vé­le­ront des traces du fort Lo­rette. Il fait par­tie de l’ima­gi­naire des ci­toyens. Et ves­tiges ou pas, les forts de l’époque de la Nou­vel­leF­rance mé­ritent notre res­pect, au mi­ni­mum un lieu qui leur est dé­dié. Note : 1La Mai­son SaintJan­vier du Saul­tauRé­col­let, Va­lé­rie Na­don, 2014.

(Pho­to - Bi­blio­thèque et Ar­chives Na­tio­nales du Qué­bec)

Le ma­ga­sin de mu­ni­tions du Fort Lo­rette dé­mo­li vers 1928 et les pierres de construc­tion jon­chant le sol.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.