La vio­lence, une cause im­por­tante des ac­ci­dents de tra­vail à la StM

Courrier Ahuntsic - - LA UNE - Steve Ca­ron steve.ca­ron@tc.tc

ac­tuel­le­ment, le temps ac­cor­dé pour réa­li­ser nos par­cours d’au­to­bus est in­suf­fi­sant. Ce­la oc­ca­sionne in­évi­ta­ble­ment des re­tards et ir­rite les clients. Ce sont les chauf­feurs qui en sont les vic­times. » Re­na­to Car­lone, pré­sident du SCFP 1983.

Le quo­ti­dien des chauf­feurs d’au­to­bus de la So­cié­té de trans­port de Mon­tréal (StM) n’est pas de tout re­pos. Chaque an­née, 30 % des ac­ci­dents de tra­vail dé­cla­rés par les chauf­feurs sont liés à des actes de vio­lence.

Pen­dant un an, une équipe de l’Ins­ti­tut uni­ver­si­taire en san­té men­tale de Mon­tréal a sui­vi 118 chauf­feurs de la STM qui ont été vic­times ou té­moins de vio­lence dans leur mi­lieu de tra­vail.

L’étude a éga­le­ment sou­li­gné que bon an, mal an, en­vi­ron 361 ac­ci­dents de tra­vail sont dé­cla­rés par les quelque 3500 chauf­feurs de la STM. De ce nombre, 30% concernent des actes de vio­lence.

Les ré­sul­tats de l’étude ré­vèlent aus­si que les chauf­feurs par­ti­ci­pants ont été au­tant vic­times de vio­lence phy­sique (coups, cra­chats, par exemple) que de vio­lence ver­bale, dont me­naces et in­sultes, de la part des clients.

Des ré­sul­tats qui ne sur­prennent pas Re­na­to Car­lone, pré­sident du SCFP 1983 re­pré­sen­tant no­tam­ment les chauf­feurs d’au­to­bus et opé­ra­teurs de mé­tro de la STM. Le pré­sident syn­di­cal lie ces actes de vio­lence à l’in­sa­tis­fac­tion de la clien­tèle.

M. Car­lone croit que si la STM ajus­tait le temps des par­cours, les actes de vio­lence à l’en­droit de ses membres di­mi­nue­raient de plus de la moi­tié.

Du cô­té de la STM, on dit prendre la sécurité des chauf­feurs très au sé­rieux.

«Nous sommes sou­cieux par l’ef­fet des actes de vio­lence com­mis à leur égard et nous sommes constam­ment à l’af­fût de so­lu­tions pour at­té­nuer ce phé­no­mène so­cial. Notre par­ti­ci­pa­tion à cette étude s’ins­crit dans cette dé­marche et nous per­met de nous do­ter d’un ou­til d’ap­pro­fon­dis­se­ment de nos connais­sances sup­plé­men­taires », fait sa­voir Jo­hanne Du­four, ges­tion­naire cor­po­ra­tive – Af­faires pu­bliques à la STM. «On ne pour­ra ja­mais en­rayer com­plè­te­ment la vio­lence vé­cue par cer­tains chauf­feurs », af­firme Stéphane Guay, di­rec­teur du Centre d’étude sur le trau­ma de l’Ins­ti­tut uni­ver­si­taire en san­té men­tale de Mon­tréal qui a me­né l’étude en col­la­bo­ra­tion avec la STM. Mal­gré tout, le psy­cho­logue de for­ma­tion es­time qu’il ne faut pas bais­ser les bras et que des ac­tions peuvent être mises en place pour pré­ve­nir ces si­tua­tions de vio­lence, mais aus­si pour mieux gé­rer la prise en charge des tra­vailleurs vic­times.

Par­mi ses re­com­man­da­tions, M. Guay in­vite la STM à amé­lio­rer ses com­mu­ni­ca­tions avec la clien­tèle (dé­lais d’at­tente, si­gna­li­sa­tion des pannes) afin de créer des at­tentes réa­listes chez les usa­gers du trans­port en com­mun.

Il lui sug­gère éga­le­ment d’éla­bo­rer une po­li­tique claire de to­lé­rance zé­ro en ma­tière de vio­lence à l’en­droit des chauf­feurs et de la dif­fu­ser à grande échelle pour sen­si­bi­li­ser les usa­gers.

ConSé­quenCeS pour LeS Chauf­feurS

Les agres­sions dont sont par­fois vic­times les chauf­feurs d’au­to­bus peuvent avoir des consé­quences psy­cho­lo­giques de dif­fé­rentes na­tures sur une cer­taine pé­riode après l’in­ci­dent.

À la suite des évé­ne­ments, 60 % des chauf­feurs ayant par­ti­ci­pé à l’étude du Dr Stéphane Guay semblent pré­sen­ter un état de stress ai­gu (ESA) dans le mois sui­vant l’in­ci­dent.

Éga­le­ment, 18 % des par­ti­ci­pants ont pos­si­ble­ment dé­ve­lop­pé un trouble de stress post-trau­ma­tique (TSPT) deux mois après l’évé­ne­ment et après 12 mois, 6 % d’entre eux pré­sen­te­raient tou­jours un TSPT.

Des in­ci­dents qui ont un im­pact sur la san­té des chauf­feurs.

Comme c’est le cas pour la plu­part des em­plois ayant des contacts di­rects et ré­gu­liers avec de la clien­tèle, l’équipe de re­cherche a no­té chez les par­ti­ci­pants que la dé­tresse psy­cho­lo­gique en­traîne une di­mi­nu­tion du sen­ti­ment de sécurité au tra­vail et de la confiance en leurs ca­pa­ci­tés à gé­rer les si­tua­tions de vio­lence, ain­si qu’à une di­mi­nu­tion de leur bien-être au tra­vail.

Se­lon le psy­cho­logue, les chauf­feurs vic­times d’une agres­sion ont be­soin de sou­tien. Plu­sieurs re­tournent au tra­vail trop ra­pi­de­ment sans avoir re­çu l’aide ap­pro­priée, en nor­ma­li­sant les in­ci­dents de vio­lence.

Les trois quarts des chauf­feurs ayant par­ti­ci­pé à l’étude étaient tou­jours aux prises avec une dé­tresse psy­cho­lo­gique un mois après l’agres­sion et 12 mois plus tard, ce pour­cen­tage était de 42 %, alors que la moyenne ca­na­dienne est plu­tôt de 20 %.

(Pho­to Ar­chives TC Me­dia)

Le tiers des ac­ci­dents de tra­vail des chauf­feurs de la STM sont re­liés à des actes vio­lents.

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