Les boi­sés de Mon­tréal cachent des tré­sors

Courrier Bordeaux-Cartierville - - PETITES ANNONCES CLASSÉES - EM­MA­NUEL DE­LA­COUR em­ma­nuel.de­la­cour@tc.tc

EN­VI­RON­NE­MENT. Mé­con­nus, les boi­sés et ter­rains lais­sés en friche de la mé­tro­pole re­cèlent des perles de bio­di­ver­si­té. En­tre­vue avec une scien­ti­fique du Jar­din bo­ta­nique qui nous ré­vèle les mys­tères de ces lieux sau­vages à Mon­tréal.

Le su­jet de pré­di­lec­tion de la bo­ta­niste So­phie Pel­le­rin est l’étude des mi­lieux hu­mides. Tou­te­fois, de­puis quelques an­nées, cette der­nière cha­peaute des mé­moires d’étu­diants dans le do­maine de la bio­di­ver­si­té des éco­sys­tèmes ur­bains à l’Ins­ti­tut de re­cherche en bio­lo­gie vé­gé­tale.

«Nous avons fait plu­sieurs dé­cou­vertes fas­ci­nantes de­puis que nous nous in­té­res­sons à ce su­jet. Par exemple, nous avons re­trou­vé au Bois-de-Sa­ra­guay une es­pèce in­di­gène, le Ca­rex echi­nodes, qui n’avait pas était ob­ser­vé au Qué­bec de­puis une cen­taine d’an­nées. On s’ima­gine sou­vent qu’on fe­ra ce genre de trou­vaille seule­ment dans le nord de la pro­vince, mais ce n’est pas le cas», sou­ligne Mme Pel­le­rin.

En ef­fet, même s’ils sont pe­tits, cer­tains boi­sés mon­tréa­lais peuvent en­core conte­nir de rares es­pèces, si ceux-ci sont bien conser­vés.

«Il est im­por­tant de créer un équi­libre entre cette pré­ser­va­tion et l’ac­ces­si­bi­li­té aux per­sonnes. C’est bien que ces parcs na­ture puissent être fré­quen­tés par les ré­si­dents, mais il faut aus­si res­pec­ter les es­pèces qui s’y trouvent», in­siste la scien­ti­fique.

D’autres pré­lè­ve­ments faits au Parc na­tio­nal du Mont-Saint-Bru­no ef­fec­tués dans les an­nées 1980 et en 2015, ont aus­si dé­mon­tré qu’un site en bor­dure de lieux ur­ba­ni­sés ne se­ra pas né­ces­sai­re­ment en­va­hi par les plantes exo­tiques si un contrôle des mou­ve­ments hu­mains y est ad­mi­nis­tré.

«Pen­dant cette pé­riode de 35 ans, on a ob­ser­vé que le site est de­ve­nu plus riche en ce qui a trait à la bio­di­ver­si­té, mais que 90 % des es­pèces qui s’y trouvent sont in­di­gènes», ex­plique Mme Pel­le­rin.

Ain­si, pas be­soin d’une conser­va­tion dra­co­nienne et coû­teuse pour ga­ran­tir la pé­ren­ni­té des vé­gé­taux. Se­lon la bo­ta­niste, s’as­su­rer que les vi­si­teurs ne sor­ti­ront pas des sen­tiers peut faire toute une dif­fé­rence.

Bien évi­dem­ment, la pré­sence des hu­mains n’est pas la seule me­nace aux plantes d’ici. L’im­per­méa­bi­li­sa­tion des sols, par la construc­tion d’aires de sta­tion­ne­ment, ou la pose de ga­zon, peut avoir des consé­quences né­fastes sur les plantes.

De plus, la créa­tion de mi­lieux plus arides et chauds, ain­si que celle d’îlots de cha­leur, n’a pas que des ef­fets né­ga­tifs sur la flore, mais aus­si sur les ha­bi­tants des villes, rap­pelle la bo­ta­niste.

«Moins il y a d’es­paces verts en mi­lieux ur­bains, plus les in­ci­dences de ma­la­dies res­pi­ra­toires et men­tales sont ob­ser­vées au­près de la po­pu­la­tion, se­lon de nom­breuses études. Il faut sa­voir que pour plu­sieurs ci­ta­dins, le seul contact avec la na­ture est éta­bli avec l’arbre qu’ils trouvent dans leurs rues. Plu­sieurs ré­si­dents ne sortent ja­mais de l’île de Mon­tréal», sou­ligne Mme Pel­le­rin.

Em­ma­nuel De­la­cour/TC Me­dia

La bo­ta­niste So­phie Pel­le­rin, cha­peaute plu­sieurs re­cherches sur les éco­sys­tèmes en mi­lieu ur­bain.

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