Mi­grants: les or­ga­nismes d’aide crient au se­cours

Courrier Bordeaux-Cartierville - - LA UNE - AMINE ES­SE­GHIR amine.es­se­ghir@tc.tc

MI­GRANTS. Alors qu’on pré­voit une ar­ri­vée im­por­tante de mi­grants ve­nant des États-Unis dans les pro­chains mois, la si­tua­tion de ceux qui sont-là de­puis l’été est tou­jours pro­blé­ma­tique. Les or­ga­nismes qui doivent les ai­der étouffent.

Au Ser­vice de nu­tri­tion et d’ac­tion communautaire (SNAC), la banque ali­men­taire d’Ahunt­sic, on n’a ja­mais vu un af­flux aus­si mas­sif en très peu de temps.

«Au plus fort des ar­ri­vées du flot de ré­fu­giés, nous re­ce­vions trois ou quatre nou­velles ins­crip­tions par mois, mais de­puis la mi-oc­tobre, le nombre a ex­plo­sé», in­dique Chan­tal Comtois, di­rec­trice du SNAC. Elle note au moins une tren­taine d’ins­crip­tions en moins de six se­maines.

Beau­coup de ces mi­grants ont trou­vé des lo­ge­ments, pré­ci­sé­ment à Ahunt­sic, mais n’ont pas de quoi se nour­rir.

«Il faut ajou­ter à ce­la une mau­vaise orien­ta­tion des ré­fu­giés. J’ai re­çu, cette se­maine, une dé­lé­ga­tion de 12 fa­milles qui ré­sident toutes à La­Salle, ra­conte-t-elle. Nous les avons ré­fé­rés à des or­ga­nismes de leur sec­teur.»

Le SNAC des­sert les fa­milles dé­mu­nies du quar­tier. Il a ins­crit sur ses listes, jus­qu’en avril 2017, près de 1200 mé­nages aux­quels s’ajoutent les ré­fu­giés.

Avant qu’il ne soit confron­té à cette forte de­mande, le SNAC of­frait une épi­ce­rie de dé­pan­nage à n’im­porte quel ré­fu­gié qui ve­nait frap­per à sa porte. «Nous ne pou­vons plus le faire», re­grette Mme Comtois.

À l’Ouest, la Cor­beille de Bor­deauxCar­tier­ville a été éga­le­ment sol­li­ci­tée, quoi­qu’à un de­gré moindre.

«Notre li­mite c’est 500 mé­nages ins­crits en tout temps. Quand un se dés­ins­crit, un autre prend sa place», si­gnale Do­nald Boisvert, di­rec­teur de l’or­ga­nisme.

Il a eu quand même quatre ou cinq fa­milles de ré­fu­giés ajou­tées ré­cem­ment.

«Quand les ré­fu­giés ont été ins­tal­lés au centre d’hé­ber­ge­ment des soeurs de la pro­vi­dence, nous avons été ap­pe­lés pour leur four­nir des plats cui­si­nés», note-t-il.

Tou­te­fois, M. Boisvert ob­serve que dans un quar­tier où la pau­vre­té est dé­jà for­te­ment pré­sente, son or­ga­nisme pour­rait su­bir plus de pres­sion si des per­sonnes dans le be­soin et sans re­ve­nu s’y ins­tallent.

AU­TO­RI­SER LE TRA­VAIL

Pour qu’un mi­grant puisse al­ler sur le mar­ché de l’em­ploi, il lui faut un per­mis de tra­vail.

À Ahunt­sic-Car­tier­ville, l’or­ga­nisme qui a été en pre­mière ligne pour ré­pondre à ce­la, c’est le Car­re­four d’aide aux nou­veaux ar­ri­vants (CANA).

«Il n’y a au­cune struc­ture, au­cun pro­gramme pour pro­duire les dos­siers de per­mis de tra­vail. Pour­tant ces gens n’as­pirent qu’à prendre un em­ploi pour sub­ve­nir à leurs be­soins et ne plus avoir à vivre de l’aide so­ciale», af­firme Ham­sa As­si, di­rec­trice du CANA.

Entre le dé­but sep­tembre et la mi-no­vembre, son or­ga­nisme a trai­té au moins 200 dos­siers. «Avant ce­la, on en fai­sait une quin­zaine par mois», sou­ligne-t-elle.

Cette der­nière a mo­bi­li­sé tous les em­ployés. Ils ne fai­saient plus que ce­la. Entre temps, ce sont les autres ser­vices qui étaient moins as­su­rés.

«Nous avons or­ga­ni­sé des ren­contres col­lec­tives du­rant les­quelles on re­ce­vait 15 per­sonnes par se­maine. Nous avons aus­si de­man­dé l’aide d’un or­ga­nisme en em­ploya­bi­li­té pour faire des­cendre la pres­sion», dit-elle.

ES­POIRS

Si les choses entrent dans l’ordre, au fi­nal, ce­la se fait sur­tout avec beau­coup de bonne vo­lon­té.

Une si­tua­tion qui n’a rien d’ex­cep­tion­nel se­lon Ste­phan Rei­ch­hold, di­rec­teur de la Table de concer­ta­tion des or­ga­nismes au ser­vice des per­sonnes ré­fu­giées et im­mi­grantes (TCRI).

«Ce n’est pas nou­veau! Face à un af­flux de ré­fu­giés, les or­ga­nismes agissent tou­jours avec les moyens du bord», confirme-t-il.

Il ex­plique ce­la par la ré­gle­men­ta­tion en vi­gueur au Qué­bec con­cer­nant les ré­fu­giés.

«Ces ins­tances ont ac­cès à des pro­grammes ap­prou­vés et dis­po­nibles pour ai­der des per­sonnes qui ont des sta­tuts d’im­mi­grants re­çus. Les ré­fu­giés n’entrent pas dans cette ca­té­go­rie. Il n’y a pas de bud­get qui leur est des­ti­né», ex­plique-t-il.

Il as­sure que le TCRI a aler­té tous les pa­liers de gou­ver­ne­ment pour don­ner un peu d’oxy­gène à ces ins­tances.

Il a bon es­poir de voir la ques­tion des per­mis de tra­vail ar­ra­cher une aide de Qué­bec.

«Tout le monde a com­pris qu’avec ces per­mis de tra­vail, ces gens sol­li­ci­te­ront moins l’aide d’ur­gence», re­lève-t-il.

Le CANA ou le SNAC ont éga­le­ment in­ter­pel­lé des élus et des ad­mi­nis­tra­tions.

(Photo TC Me­dia – Archives)

Les or­ga­nismes qui viennent en aide aux ré­fu­giés ar­ri­vés des ÉtatsU­nis, cet été, peinent à ré­pondre à la de­mande.

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