Une car­rière au ser­vice de la com­mu­nau­té

Courrier Bordeaux-Cartierville - - ACTUALITÉS - AMINE ESSEGHIR amine.esseghir@tc.tc

COM­MU­NAU­TAIRE. Az­ze­dine Achour est connu au­jourd’hui comme di­rec­teur de So­li­da­ri­té Ahunt­sic. Il a an­non­cé son dé­part pro­chain à la re­traite après avoir été aux com­mandes de cette table de concer­ta­tion de quar­tier du­rant 18 ans. Ce qu’on sait moins de lui, c’est qu’il est ar­ri­vé en 1994 à Mon­tréal en tant que ré­fu­gié.

En 1994, la confron­ta­tion san­glante en Al­gé­rie entre groupes is­la­miques ar­més et forces mi­li­taires fait des di­zaines de morts chaque jour.

Les élé­ments in­sur­rec­tion­nels me­na­çaient aus­si tous les in­tel­lec­tuels, ar­tistes, jour­na­listes et sym­pa­thi­sants de gauche dans le pays.

Dans la ville de Tlem­cen, dans l’ouest de l’Al­gé­rie, Az­ze­dine Achour, éco­no­miste, cadre di­ri­geant dans l’in­dus­trie est connu pour son mi­li­tan­tisme au sein d’un par­ti so­cia­liste. Il re­çoit des me­naces claires, il n’a pas d’autres choix que de quit­ter pré­ci­pi­tam­ment le pays.

La même an­née, les États-Unis or­ga­nisent pour la pre­mière fois de leur his­toire la coupe du monde de soc­cer.

« L’am­bas­sade des États-Unis à Al­ger fa­ci­li­tait l’oc­troi de vi­sas aux Al­gé­riens pour al­ler as­sis­ter aux matchs », ra­conte-t-il

C’est comme ce­la que M. Achour, sa conjointe et leurs trois filles em­barquent dans un avion pour Pa­ris, puis pour un autre vers New York.

« Une fois à New York, il fal­lait ra­pi­de­ment quit­ter le pays vers le Ca­na­da si on sou­hai­tait re­ven­di­quer le sta­tut de ré­fu­giés », sou­ligne-t-il.

Le len­de­main, il pre­nait avec sa fa­mille un taxi qui les em­me­nait à La­colle.

En ar­ri­vant de­vant le poste fron­tière il an­nonce : « Je re­ven­dique le sta­tut de ré­fu­gié à la ré­pu­blique du Qué­bec », phrase que ré­cu­pé­re­ra Phi­lippe Fa­lar­deau dans son film Mon­sieur Laz­har.

À Mon­tréal, c’est avec 287 $ US en poche qu’il compte re­faire sa vie. S’en­chaî­naient alors dé­marches et pe­tits bou­lots pour sub­ve­nir aux be­soins de la fa­mille.

PAR­COURS D’UN RÉ­FU­GIÉ

En tant que re­ven­di­ca­teur de sta­tut de ré­fu­gié, il n’avait pas droit à grand-chose.

En cher­chant du tra­vail, il ap­prend que pour ac­cé­der à cer­tains ser­vices il fal­lait suivre des cours de fran­ci­sa­tion.

L’uni­ver­si­taire qui a étu­dié toute sa vie en fran­çais s’ins­crit pour ap­prendre la langue de Mo­lière du­rant huit se­maines.

« Tous les jours, je pre­nais avec moi un pa­quet de jeux de mots croi­sés pour pas­ser le temps. Par­fois je par­ti­ci­pais aux cours pour ne pas gê­ner l’en­sei­gnant. »

Ces cours lui per­met­tront d’ob­te­nir un pre­mier em­ploi au sein du Car­re­four d’aide aux ré­fu­giés de Sainte-Croix, un or­ga­nisme re­li­gieux, ins­tal­lé à Ahunt­sic.

« Je de­vais re­cru­ter des gens pour prendre des cours de fran­ci­sa­tion, J’écu­mais tous les lieux où je pou­vais les trou­ver. En un mois, tout le quar­tier me connais­sait », se sou­vient-il.

Avec le temps, M. Achour ob­tient sa ré­si­dence per­ma­nente et peut es­sayer de se trou­ver un em­ploi plus en rap­port avec ses com­pé­tences.

C’est ain­si que le Car­re­four d’aide aux ré­fu­giés de Sainte-Croix cher­chait un di­rec­teur après le dé­part de soeur An­drée Le­blanc leur di­rec­trice. Il se pré­sente à l’en­tre­vue et il est re­cru­té.

« C’était la fête à la mai­son sauf que je rem­pla­çais une re­li­gieuse qui elle avait fait voeux de pau­vre­té, elle tou­chait un sa­laire de 7$ de l’heure », se sou­vient -il.

Cette en­trée de plain-pied dans le do­maine com­mu­nau­taire per­met­tra à M. Achour de re­joindre ra­pi­de­ment le Con­seil d’Ad­mi­nis­tra­tion de So­li­da­ri­té Ahunt­sic, d’abord comme tré­so­rier, en­suite comme pré­sident.

Sa no­mi­na­tion à la tête de l’or­ga­nisme vien­dra tout na­tu­rel­le­ment en 2001. Poste qu’il ne quit­te­ra pas jus­qu’à au­jourd’hui.

Des an­nées de sa­tis­fac­tions

De ses 18 ans à la tête de So­li­da­ri­té Ahunt­sic, Az­ze­dine Achour ne tire que des sa­tis­fac­tions. « En de­hors quelques tra­vaux ad­mi­nis­tra­tifs la­bo­rieux, je n’ai ja­mais vrai­ment tra­vaillé. Ce n’était que du plai­sir », dit-il.

Pour lui, oeu­vrer à So­li­da­ri­té Ahunt­sic si­gni­fiait sur­tout ren­con­trer presque tous les jours des gens in­té­res­sants.

On a tou­jours su qu’il fal­lait lut­ter contre la pau­vre­té, mais com­ment le faire ? La connais­sance du ter­ri­toire est es­sen­tielle et tra­vailler sur le ter­rain per­met de com­prendre de ma­nière concrète les pro­blèmes. » Az­ze­dine Achour, di­rec­teur de So­li­da­ri­té Ahunt­sic.

Ces an­nées d’ac­tion c’est éga­le­ment beau­coup de temps et d’éner­gie au ser­vice des autres.

« Ré­soudre des pro­blèmes, c’est aus­si mettre place des stra­té­gies qui à moyen ou long terme donnent des ré­sul­tats concrets et j’adore ça. C’est comme ce­la qu’on réa­lise en pas­sant en bus dans une rue d’Ahunt­sic que tel bâ­ti­ment ou tel édi­fice a été construit parce qu’on y a contri­bué. C’est une de mes plus belles sa­tis­fac­tions. »

S’il doit ti­rer un constat de ces an­nées de tra­vail, c’est la com­pré­hen­sion que chaque in­ter­ve­nant a de la lutte contre la pau­vre­té à Ahunt­sic.

(Pho­to Amine Esseghir – Mé­tro Me­dia)

Az­ze­dine Achour est à la tête de So­li­da­ri­té Ahunt­sic de­puis 18 ans. Il prend sa re­traite cette an­née après avoir été une des fi­gures in­con­tour­nable de la vie com­mu­nau­taire dans le quar­tier.

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