Les mu­ni­ci­pa­li­tés du Qué­bec en voie d’échouer

Courrier Laval - - ACTUALITÉS - ERIC NICOL eric.nicol@tc.tc

EN­VI­RON­NE­MENT. Alors que plu­sieurs mu­ni­ci­pa­li­tés du Qué­bec ont dé­jà adop­té le bac brun, plu­sieurs autres sont en voie de le faire. Mal­gré ces ef­forts, nombre d’entre elles ra­te­ront vrai­sem­bla­ble­ment les cibles gou­ver­ne­men­tales de 60 % de re­cy­clage des ma­tières organiques en 2015, se­lon les in­for­ma­tions ob­te­nues par TC Mé­dia.

Se­lon les plus ré­centes don­nées col­li­gées, les foyers qué­bé­cois ont en­voyé en 2012 dans les dé­po­toirs et les in­ci­né­ra­teurs plus de 1,3 mil­lion de tonnes de ma­tières organiques. C’est l’équi­valent du poids de 950 000 voi­tures en restes de table, pe­lures de ba­nanes, lé­gumes dé­fraî­chis et ro­gnures de ga­zon.

De­puis, la si­tua­tion s’est amé­lio­rée, mais on est en­core très loin d’at­teindre l’ob­jec­tif que Qué­bec s’était don­né pour 2015 qui était de re­cy­cler 60 % des ma­tières organiques, se­lon des ex­perts in­ter­ro­gés par TC Mé­dia.

«Évi­dem­ment, on n’y ar­ri­ve­ra pas, tranche Marc Oli­vier, pro­fes­seur de chi­mie à l’Uni­ver­si­té de Sher­brooke et spé­cia­liste de la ges­tion des ma­tières ré­si­duelles. Il y a beau­coup de pro­jets qui sont en cours de réa­li­sa­tion et la fin de 2015 ar­rive.»

Ob­ser­va­teur de ce sec­teur de­puis plu­sieurs an­nées, le di­rec­teur gé­né­ral du Front com­mun pour une ges­tion éco­lo­gique des dé­chets, Ka­rel Mé­nard, abonde dans le même sens. «L’ob­jec­tif du 60 % en 2015 est une vue de l’es­prit. On n’y ar­ri­ve­ra pas», af­firme-t-il.

Les der­nières don­nées of­fi­cielles pu­bliées par Re­cyc-Qué­bec font état d’un taux de re­cy­clage des ma­tières organiques de l’ordre de 20 % pour tous les sec­teurs d’ac­ti­vi­té en 2012. Deux ans plus tard, les choses ont bien sûr pro­gres­sé, mais on se­rait en­core très loin du 60 % dic­té dans la Po­li­tique qué­bé­coise de ges­tion des ma­tières ré­si­duelles et à des an­nées­lu­mière d’un taux de re­cy­clage de 100 % qui était pré­vu pour 2020.

Dans le mi­lieu mu­ni­ci­pal, cet ob­jec­tif de 100 % si­gni­fie qu’au­cune ma­tière or­ga­nique ne doit fi­nir au dé­po­toir, que chaque ré­si­dence doit être do­tée d’un bac brun dont le conte­nu se­ra va­lo­ri­sé ou re­cy­clé.

UNE CIBLETOUJOURS REPOUSSÉE

La plu­part des mu­ni­ci­pa­li­tés qui n’ont pas en­core dé­ployé leur flotte de bacs bruns tra­vaillaient jus­qu’à tout ré­cem­ment en fonc­tion de cet ob­jec­tif de 2020. Or, fin sep­tembre, le gou­ver­ne­ment Couillard a an­non­cé qu’il al­lait don­ner trois ans de plus au monde mu­ni­ci­pal pour at­teindre l’ob­jec­tif de 100 %. C’est donc d’ici le 31 dé­cembre 2022 que les villes et mu­ni­ci­pa­li­tés de­vront avoir trou­vé un dé­bou­ché pour leurs ré­si­dus organiques.

Res­pon­sable de l’en­vi­ron­ne­ment à la MRC des Pays-d’en-Haut, Joël Ba­dert­scher est un de ceux qui tra­vaillent à im­plan­ter une col­lecte à trois voies dans les mu­ni­ci­pa­li­tés des­ser­vies par sa MRC. Le report de l’échéance au­ra un im­pact li­mi­té se­lon lui parce que plu­sieurs mu­ni­ci­pa­li­tés avaient dé­jà en­tre­pris les chan­ge­ments. «Les gens sont prêts pour ce changement, même si par­fois les po­li­ti­ciens pensent qu’ils ne le sont pas», af­firme-t-il. Chose cer­taine, il constate que les pro­grès sont ra­pides. Sainte-Adèle, qui a été la pre­mière mu­ni­ci­pa­li­té de cette MRC à mettre sur pied la col­lecte des ma­tières ré­si­duelles, a en­re­gis­tré un taux de re­cy­clage de 32 % après deux mois de col­lecte des bacs bruns.

On sait pour­tant de­puis long­temps que les ma­tières organiques, à l’ins­tar du mé­tal, du plas­tique et du pa­pier, peuvent avoir une deuxième vie. Au lieu de rem­plir les sites d’en­fouis­se­ment, elles peuvent être trans­for­mées pour pro­duire des fer­ti­li­sants ou des gaz re­nou­ve­lables.

UNE PO­LI­TIQUE QUI MANQUE DE DENTS

Re­pous­ser les échéances semble avoir été une pra­tique cou­rante au Qué­bec. Dans la po­li­tique de 1998, on vou­lait dé­jà re­cy­cler 60 % des ma­tières pu­tres­cibles avant… 2008.

Le pro­fes­seur Marc Oli­vier se sou­vient qu’à l’ap­proche de cette échéance, plu­sieurs maires et pré­fets ont réa­li­sé que rien n’al­lait les obli­ger à chan­ger leurs ha­bi­tudes. «Avez-vous en­ten­du dire qu’il y avait un pré­fet de MRC qui a été em­pri­son­né parce qu’il n’avait pas respecté sa si­gna­ture dans les plans de ges­tion des ma­tières ré­si­duelles? Ben non. Il n’y avait pas de rè­gle­ments, pas de pé­na­li­tés…», fait-il re­mar­quer. De même, il constate que toutes les rai­sons sont bonnes pour re­tar­der la mise sur pied de la col­lecte à trois voies.

Il af­firme que ce nou­veau report de l’échéance dé­montre les prio­ri­tés du gou­ver­ne­ment: pour main­te­nir des cou­pures de 300 M$ im­po­sées aux mu­ni­ci­pa­li­tés, Qué­bec au­rait ac­cep­té de re­por­ter l’échéance de 2020 qui im­po­sait aux mu­ni­ci­pa­li­tés de faire des dé­penses im­por­tantes dans la col­lecte à trois voies. «Ce qu’on voit, c’est qu’il y a un mi­nistre qui s’est fait mar­cher sur les pieds et qui a lais­sé l’austérité, les cou­pures et le mi­nis­tère des Af­faires municipales et de l’Or­ga­ni­sa­tion du ter­ri­toire faire en sorte que pour pou­voir cou­per les 300 mil­lions $ deux an­nées de plus, il fal­lait que quel­qu’un cède et c’est cet ob­jec­tif en­vi­ron­ne­men­tal qui a cé­dé.»

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