Grand ques­tion­ne­ment sur l’aide à mou­rir éten­due aux per­sonnes in­aptes

Courrier Laval - - DÉCOUVREZ L’HARMONIE D’UN QUARTIER DE RETRAITÉS AU - BENOIT LEBLANC benoit.leblanc@tc.tc

Le vrai pro­blème, c’est de ne pas perdre la qua­li­té des soins ac­cor­dés aux gens at­teints d’Alz­hei­mer.» – Lise La­lande, di­rec­trice gé­né­rale

de la So­cié­té Alz­hei­mer La­val

SAN­TÉ. Plus tôt cet au­tomne, la Fé­dé­ra­tion qué­bé­coise des So­cié­tés Alz­hei­mer (FQSA) a dé­voi­lé le pre­mier vo­let d’une étude ré­vé­lant que 91 % des 306 proches ai­dants consul­tés ap­puyaient l’idée d’étendre l’aide mé­di­cale à mou­rir aux per­sonnes in­aptes, un ré­sul­tat dont cer­tains as­pects in­quiètent la di­rec­trice gé­né­rale de la So­cié­té Alz­hei­mer La­val, Lise La­lande.

«Il ne fau­drait pas qu’on rem­place les soins par une so­lu­tion aus­si fa­cile que l’eu­tha­na­sie, af­firme Mme La­lande, qui res­pecte la dé­ci­sion de la FQSA de ne pas prendre po­si­tion dans le dé­bat. Il y a beau­coup de pres­sion éco­no­mique sur tout le monde. En prio­ri­té, nous de­vons conti­nuer à tra­vailler pour amé­lio­rer les soins et main­te­nir ceux-ci.»

Pré­ci­sons que cette pro­por­tion de 91 % des ré­pon­dants se disent en fa­veur qu’en cas de stade ter­mi­nal avec signes de dé­tresse et en pré­sence d’une di­rec­tive écrite, alors que la ré­ponse chute à 72 % en l’ab­sence d’une di­rec­tive écrite.

«Quand je pense à la dis­si­dence dé­jà pré­sente dans les fa­milles juste pour la ques­tion du ré­pit de cer­tains usa­gers, je n’ose même pas ima­gi­ner com­ment l’aide à mou­rir pour­rait at­ta­quer la fibre fa­mi­liale, qu’il y ait di­rec­tive écrite ou non», de conti­nuer Lise La­lande.

DÉ­BUT DE POR­TRAIT

Au Qué­bec, plus de 141 000 per­sonnes sont at­teintes de la ma­la­die d’Alz­hei­mer ou d’autres ma­la­dies neu­ro­dé­gé­né­ra­tives. En in­cluant les proches ai­dants, près de 500 000 Qué­bé­cois vivent ce com­bat chaque jour, pré­vient la FQSA qui a confié cette étude à la pro­fes­seure Gi­na Bra­vo, de la Fa­cul­té de mé­de­cine et des sciences de la san­té de l’Uni­ver­si­té de Sher­brooke.

«Nous sommes 12 So­cié­tés Alz­hei­mer à avoir par­ti­ci­pé à la col­lecte de don­nées en pos­tant le ma­té­riel de l’en­quête, de conti­nuer Lise La­lande. Chez nous, en­vi­ron 70 des 2000 proches ai­dants avec qui on fait af­faire an­nuel­le­ment ont ré­pon­du, mais nous n’avons pas sol­li­ci­té tout le monde, na­tu­rel­le­ment.»

«Notre étude est la pre­mière au Ca­na­da à son­der les proches ai­dants pour sa­voir ce qu’ils pensent de l’idée d’étendre l’aide mé­di­cale à mou­rir aux per­sonnes in­aptes et, chez ceux qui y sont fa­vo­rables, sous quelles condi­tions», d’ex­pli­quer Pre Gi­na Bra­vo qui est aus­si cher­cheuse au Centre de re­cherche sur le vieillis­se­ment du CIUSSS de l’Es­trie - CHUS.

Les gens in­ter­ro­gés ont aus­si ex­pri­mé que s’ils dé­ve­lop­paient la ma­la­die d’Alz­hei­mer, 77,5 % d’entre eux ré­di­ge­raient une de­mande préa­lable d’aide à mou­rir. Lors­qu’in­ter­ro­gés sur les condi­tions de­vant être rem­plies, 65 % ont choi­si la pré­sence de dou­leurs phy­siques pou­vant être sou­la­gées et 62 % la pré­sence de souf­frances psy­chiques.

Éga­le­ment, 65 % des proches par­le­raient avec le mé­de­cin trai­tant d’une per­sonne at­teinte d’Alz­hei­mer qui au­rait ré­di­gé une de­mande préa­lable d’aide à mou­rir avant de de­ve­nir in­apte.

«On n’in­ves­tit pas as­sez dans la qua­li­té de vie de ces gens pour qu’ils soient heu­reux mal­gré la ma­la­die, d’ajou­ter Lise La­lande. Nous avons un mon­sieur qui a tra­vaillé fort in­tel­lec­tuel­le­ment toute sa vie, en éla­bo­rant no­tam­ment l’avion Con­corde. J’au­rais ai­mé avoir son avis quand il avait 40 ans alors qu’au­jourd’hui, il se couche et se lève tou­jours en chan­tant.»

(Pho­to 2M.Me­dia)

Lise La­lande, di­rec­trice gé­né­rale de la So­cié­té Alz­hei­mer La­val, ne cache pas son in­quié­tude de­vant les dé­ra­pages que pour­rait oc­ca­sion­ner l’aide à mou­rir pour les per­sonnes in­aptes.

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