Pa­trice Machabée voit grand pour ai­der les La­val­lois en san­té men­tale

Courrier Laval - - LA UNE - BENOIT LEB­LANC benoit.leb­lanc@tc.tc

HON­NEUR. Di­rec­teur gé­né­ral de l’As­so­cia­tion la­val­loise de pa­rents et amis pour le bien-être men­tal (Al­pa­bem) de­puis jan­vier 2006, Pa­trice Machabée est l’une des 28 per­son­na­li­tés qué­bé­coises à se re­trou­ver sur la liste des 150 leaders ca­na­diens du Centre de toxi­co­ma­nie et de san­té men­tale (CAMH), af­fi­lié à l’Uni­ver­si­té de To­ron­to.

Sa can­di­da­ture est l’une des 3700 sou­mises à tra­vers tout le pays. Elle a été or­ches­trée à son in­su par Mi­chael E. Roach, ex-pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral du géant des ser­vices en tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion CGI, ain­si que Luc Ba­chand, vice-pré­sident chez BMO.

«Ma no­mi­na­tion était com­plè­te­ment in­at­ten­due, de ra­con­ter Pa­trice Machabée. Ces deux per­sonnes ont dû m’en­tendre lors d’une des confé­rences que je pré­sente pour Centraide. Je ra­conte alors notre im­pli­ca­tion et par­tage ma propre his­toire. Au dé­part, mes sor­ties at­ti­raient quelques di­zaines de per­sonnes. Au­jourd’hui, elles sont 600 si­non plus. »

Fils d’une mère ayant des pro­blèmes graves de schi­zo­phré­nie, « j’ai été ce qu’on ap­pelle un en­fant de la DPJ, al­lant d’un foyer d’ac­cueil à un autre de 0 à 17 ans », Pa­trice Machabée connaît les be­soins des fa­milles et amis aux prises avec un proche tou­ché par un pro­blème de san­té men­tale.

« Ce rayon­ne­ment est une grosse tape dans le dos pour mon équipe et moi, ajoute le jeune père de trois en­fants qui a été ho­no­ré lors d’une cé­ré­mo­nie of­fi­cielle, le 15 no­vembre, à l’au­di­to­rium de la Bourse de Montréal. J’es­père que ça ap­por­te­ra une vi­si­bi­li­té aux ser­vices de l’Al­pa­bem. »

AMÉ­LIO­RA­TION CONSTANTE

À son ar­ri­vée dans l’or­ga­nisme si­tué bou­le­vard des Lau­ren­tides, Pa­trice Machabée a dû re­dres­ser la si­tua­tion. « On ve­nait de connaître cinq DG en deux ans et nous al­lions perdre d’im­por­tantes sub­ven­tions. »

Au­jourd’hui, ce ne sont plus 109 mais 1400 ren­contres in­di­vi­duelles par an­née qui sont of­fertes aux La­val­lois, sans comp­ter un groupe d’en­traide, une di­zaine de for­ma­tions per­met­tant de don­ner les ou­tils né­ces­saires pour né­go­cier avec la san­té men­tale à la mai­son, ain­si qu’une des prio­ri­tés de­puis tou­jours pour Pa­trice Machabée : 2 groupes et autres ser­vices pour les jeunes de 6 à 12 ans.

« Si per­sonne ne lui parle et ex­plique, l’en­fant se sent coupable et res­pon­sable des pro­blèmes vé­cus par son parent, pré­cise-t-il. Nous lui fai­sons com­prendre ce que vit ma­man ou pa­pa et comment faire pour ne pas s’in­quié­ter quand l’un d’eux entre à l’hô­pi­tal. Nous re­joi­gnons une qua­ran­taine d’en­fants chaque an­née. »

Éga­le­ment, plus de 30 confé­rences sont dis­po­nibles sur le Web et dans les en­tre­prises, dans le but d’ac­croître la sen­si­bi­li­sa­tion à la ma­la­die men­tale.

RE­VERS AMER DE LA MÉ­DAILLE

Avec les an­nées, l’Al­pa­bem a ré­duit son vo­let de ré­pit pour mieux in­for­mer les fa­milles sur la fa­çon de né­go­cier avec le trouble men­tal de leur proche. « Les pa­rents dé­couvrent alors que leur en­fant a des ca­pa­ci­tés et un po­ten­tiel pour ré­pondre à ce dé­fi de men­tale. »

Dans une vi­déo dif­fu­sée le 12 oc­tobre à l’oc­ca­sion du ver­nis­sage an­nuel de l’or­ga­nisme, la mère d’un fils schi­zo­phrène et le père d’une fille souf­frant d’un trouble de per­son­na­li­té li­mite ex­pri­maient à quel point les cours et ren­contres avaient été une lu­mière au bout du tun­nel.

« Même pas 48 heures plus tard, le fils de cette ma­man s’est sui­ci­dé, ra­conte avec émo­tion Pa­trice Machabée. Elle est re­ve­nue chercher du sup­port chez nous. Mal­heu­reu­se­ment, nous as­sis­tons à un ou deux en­ter­re­ments du genre par an­née. Pour moi, disons que la pe­tite main de ma fille dans les che­veux est la bien­ve­nue quand je rentre à la mai­son à ce mo­ment-là. » la san­té

Nous sommes là d’abord pour ou­tiller les fa­milles afin de mieux in­ter­ve­nir au­près de leur proche ayant des pro­blèmes de san­té men­tale. »

– Pa­trice Machabée, di­rec­teur gé­né­ral d’Al­pa­bem

Le 13 no­vembre, neuf or­ga­nismes en san­té men­tale du ter­ri­toire la­val­lois ont te­nu l’as­sem­blée de fon­da­tion d’une coa­li­tion afin de par­ler d’une seule voix au Centre in­té­gré de san­té et de ser­vices so­ciaux (CISSS) de La­val qui vient de ra­pa­trier ré­cem­ment la clien­tèle de l’ouest de La­val. Celle-ci fré­quen­tait jus­qu’ici l’Hô­pi­tal du Sa­cré-Coeur, à Montréal.

« Ce­la pose une sé­rieuse ques­tion de financement alors qu’on aug­mente le ré­fé­ren­ce­ment vers nos ser­vices et que nos ac­ti­vi­tés sont dé­jà sur­char­gées, si­non sa­tu­rées, sou­tient Pa­trice Machabée. Le lo­ge­ment so­cial et l’in­ter­ven­tion au­près des 14-25 ans, plus par­ti­cu­liè­re­ment les plus jeunes, sont nos autres grandes pré­oc­cu­pa­tions. On sait que 50 % des adultes diag­nos­ti­qués ont éprou­vé leurs pre­miers symp­tômes dès l’âge de 14 ans. »

Dans sa vo­lon­té de mo­der­ni­ser l’Al­pa­bem, Pa­trice Machabée veut aus­si que son or­ga­nisme de­vienne pro­prié­taire d’un im­meuble, do­té no­tam­ment d’un toit vert. Une offre est dé­po­sée pour un édi­fice se dres­sant non loin d’autres res­sources im­por­tantes en san­té men­tale, bou­le­vard des Lau­ren­tides.

« C’est un en­jeu pour as­su­rer notre pé­ren­ni­té, confie-t-il. Nous ai­me­rions que d’autres or­ga­ni­sa­tions viennent en­suite co­ha­bi­ter avec nous. Il faut sor­tir de notre co­con et tis­ser des liens avec le reste de la com­mu­nau­té. » (B.L.)

(Photo gra­cieu­se­té)

Pa­trice Machabée es­père que la por­tée de sa no­mi­na­tion re­jailli­ra sur l’Al­pa­bem qu’il di­rige de­puis près de 12 ans.

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