SUR LA ROUTE du bon­heur

ELLE (Québec) - - Rencontre - texte MA­RIE- CLAUDE MARSOLAIS | photos NEL­SON SI­MO­NEAU di­rec­tion ar­tis­tique EL­SA RI­GAL­DIES | di­rec­tion mode AN­THO­NY MI­TRO­POU­LOS sty­lisme VÉ­RO­NIQUE DE­LISLE

Elle s’est faite dis­crète de­puis les cinq der­nières an­nées, mais elle est bel et bien de re­tour. Ren­contre avec une Nel­ly Furtado au top de sa forme, heu­reuse d’être là où elle est.

Jointe à To­ron­to, où elle ha­bite de­puis une ving­taine d’an­nées, elle dé­croche le com­bi­né d’une voix rieuse et pleine d’éner­gie. En ce ma­tin de mai froid et plu­vieux, ça com­mence drô­le­ment bien un en­tre­tien. Mais il y a fort à pa­rier que ça au­rait été dif­fé­rent il y a cinq ans. Après la tour­née qui a sui­vi son cin­quième al­bum, The Spi­rit In­des­truc­tible, la dé­prime a com­men­cé à la cha­touiller sé­rieu­se­ment. Celle qui se tar­guait d’être un oi­seau dans son tube I’m Like a Bird a sen­ti qu’elle de­vait se po­ser avant de re­prendre son envol.

De son propre aveu, elle ne fai­sait que dire oui, oui, oui à mille et un pro­jets sans prendre le temps de s’ar­rê­ter. On ap­pelle ça le «mé­ga­suc­cès » et ça ne col­lait plus à son rythme na­tu­rel. Il est vrai que de­puis le dé­but de sa car­rière en 2000, la chan­teuse de 38 ans n’a pas chô­mé. Elle ve­nait à peine d’ap­pri­voi­ser la gloire avec son pre­mier al­bum Whoa, Nel­ly! qu’elle de­ve­nait la ma­man de Ne­vis, au­jourd’hui âgée de 13 ans. Ma­man et pop star, elle a por­té les deux cha­peaux du mieux qu’elle a pu, en trim­bal­lant son pou­pon par­tout où elle al­lait et en s’as­su­rant de faire des tour­nées de plus courte du­rée. Exi­geant? Sans doute. Mais rien pour cal­mer les ar­deurs de la Ca­na­do-Por­tu­gaise née à Vic­to­ria. Elle nous a quand même of­fert six al­bums en 17 ans, dont le très po­pu­laire Loose, pro­duit par Tim­ba­land et Mi Plan, un disque en­tiè­re­ment en es­pa­gnol qui lui a va­lu un La­tin Gram­my Award pour le meilleur al­bum vo­cal pop féminin.

Qu’a-t-elle fait pen­dant ces cinq an­nées en basse al­ti­tude? Du mé­nage. Il y a eu une rup­ture amou­reuse avec l’in­gé­nieur de son De­ma­cio Cas­tel­lon, son époux pen­dant huit ans. Un mo­ment éprou­vant qu’elle dit avoir réus­si à tra­ver­ser grâce à la mu­sique. Puis il y a eu un di­vorce pro­fes­sion­nel avec ce­lui qui a été son agent ces 18 der­nières an­nées. Un choix qu’elle qua­li­fie à la fois d’ef­frayant et de sti­mu­lant: elle s’est re­trou­vée de­vant un che­min to­ta­le­ment in­con­nu. Fi­na­le­ment, au bout du voyage, se trouve une nou­velle Nel­ly, fière de son sixième al­bum, The Ride, un opus in­ti­miste aux ac­cents in­die-pop.

Au fil de l’en­tre­tien, c’est frap­pant: d’une fa­çon ou d’une autre, la chan­teuse réus­sit tou­jours à évo­quer la pour­suite du bon­heur. Comme s’il s’agis­sait d’une des­ti­na­tion ul­time, peu im­porte le che­min em­prun­té. In­cur­sion sur la route de Nel­ly Furtado. Dance, hip- hop, la­tin, R& B, in­die... Cha­cun de vos six al­bums sonne très dif­fé­rent l’un de l’autre. Oui, c’est vrai. Je crois que mon cer­veau ne traite pas les genres mu­si­caux d’une fa­çon nor­male! Pour moi, la mu­sique est un lan­gage qui n’a pas de fron­tières. J’ai gran­di en jouant de la mu­sique; elle a tou­jours fait par­tie de ma vie. Quand on écrit des chan­sons, c’est sou­vent à propos de notre vie et de nos ex­pé­riences du mo­ment, mais ce n’est pas né­ces­sai­re­ment re­lié à un style. Vos com­po­si­tions dé­pendent donc tou­jours de votre état d’es­prit? D’une cer­taine fa­çon oui. Mais la mu­sique, c’est aus­si un moyen de re­le­ver des dé­fis. Quand j’ai en­re­gis­tré Pro­mis­cuous, je me suis don­né le pa­ri de faire du rap. Ado­les­cente, j’ado­rais rap­per avec mes co­pains MC. J’ai eu en­vie de le re­faire, et c’était vraiment amu­sant! J’évite le confort dans tout ce que j’en­tre­prends. Il faut se mé­fier du confort. Se­lon moi, c’est une sorte de mort lente qu’il faut fuir à tout prix. Vous dites que votre al­bum The Ride re­flète la per­sonne que vous êtes en ce mo­ment. Qui est Nel­ly Furtado en 2017? J’aime la Nel­ly que je suis de­ve­nue. Je me connais beau­coup mieux qu’à 20 ou 30 ans. Et au­jourd’hui, j’ai en­vie d’em­bras­ser la vie en m’ou­vrant à la ma­gie. C’est un peu ce que je ra­conte dans la chan­son Ma­gic, sur mon der­nier al­bum. Quand on de­vient adulte, il y a une par­tie de soi qui se ferme

«Le suc­cès de mon pre­mier al­bum a été plus sur­réa­liste qu’amu­sant. Au­jourd’hui, je suis beau­coup plus douée pour avoir du plai­sir.»

à la ma­gie. Mal­heu­reu­se­ment, on ar­rête de s’ou­vrir aux nou­velles fa­çons de pen­ser, de dé­cou­vrir la vie. Je crois fer­me­ment que le vrai bon­heur fonc­tionne seu­le­ment si on y met du sien. C’est notre bou­lot, de vaincre nos peurs et de faire les choses dif­fé­rem­ment, de nous po­ser des questions. C’est tel­le­ment plus fa­cile de res­ter dans son coin et de ne pas écou­ter le point de vue de son voi­sin. Le vrai dé­fi, c’est de gar­der notre es­prit ou­vert. Que di­riez- vous à la Nel­ly Furtado de 22 ans, alors qu’elle amor­çait sa car­rière, en 2000? «Prends ça cool et éclate-toi!» Le suc­cès de mon pre­mier al­bum a été plus sur­réa­liste qu’amu­sant. Au­jourd’hui, je suis beau­coup plus douée pour avoir du plai­sir. J’ap­pré­cie da­van­tage tout le pro­ces­sus lié au tra­vail et je fais en sorte de m’en­tou­rer de gens avec qui j’ai en­vie de tra­vailler. Je prends le temps de me po­ser des questions, ce que je ne fai­sais pas avant. Une fois de temps en temps, je me fais un pe­tit check- up pour être cer­taine que mes choix me rendent vraiment heu­reuse. Jus­qu’à main­te­nant, ça va très bien! Que sou­hai­tez- vous plus que tout trans­mettre à votre fille? Je veux qu’elle ap­prenne à suivre son ins­tinct. Vous sa­vez, cette pe­tite voix? Je crois que c’est la base d’une vie qui nous res­semble. Sans ins­tinct, on peut ra­pi­de­ment se perdre. Je veux aus­si qu’elle se fasse pas­ser en pre­mier. Pas dans un but égoïste, loin de là. J’ai­me­rais qu’elle fasse les choses pour elle-même avant tout, sans vou­loir seu­le­ment plaire aux autres. Qu’est- ce qu’on a dans la vie, à part nous-mêmes? Plus nous fai­sons at­ten­tion à nous, mieux nous nous por­tons et mieux nos re­la­tions per­son­nelles ont des chances de réus­sir. Mais tout com­mence d’abord à l’in­té­rieur de soi. Quelle est votre de­vise? C’est cette phrase que j’ai lue ré­cem­ment et qui m’a énor­mé­ment in­ter­pel­lée: « Si tu sens que tu es constam­ment trop oc­cu­pé, ce­la si­gni­fie que ta vie est trop grande pour toi.» Main­te­nant, je suis à l’aise avec l’idée de ne pas rou­ler à toute vi­tesse sans ar­rêt. J’ac­cepte le fait d’avoir be­soin de temps pour être bien.

«Pour moi, la mu­sique est un lan­gage qui n’a pas de fron­tières.»

Robe en co­ton et ny­lon (No­mia); robe en soie (BOSS); bague en or rose et dia­mants (Mark Lash); bague en ar­gent et dia­mants, et bague en or rose (Da­vid Yur­man); bague en or et la­bra­do­rite (Dean Da­vid­son); bra­ce­let de doigt en or et dia­mants (Jac­quie Aiche).

Veste en de­nim (Le­vi’s); boucles d’oreilles bleues (Al­tu­zar­ra); boucle d’oreille Love (Tif­fa­ny & Co.); bague (Dean Da­vid­son); bra­ce­let de doigt (Jac­quie Aiche).

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