Kim Kar­da­shian: im­pé­ra­trice de l’image.

UNE IN­CUR­SION PRI­VI­LÉ­GIÉE DANS L’IN­TI­MI­TÉ DE KIM KAR­DA­SHIAN WEST, MÈRE, SOEUR, ÉPOUSE ET MO­NARQUE D’UN EM­PIRE EN PLEINE EX­PAN­SION.

ELLE (Québec) - - Sommairejuillet- Août2018 - texte MOL­LY YOUNG adap­ta­tion SO­PHIE POULIOT pho­tos BOO GEORGE sty­lisme AN­NA TREVELYAN

De­bout au mi­lieu de sa maison du quar­tier Ca­la­ba­sas de Los An­geles, la star pour­rait très bien pas­ser pour la nou­nou ving­te­naire ou en­core pour l’as­sis­tante de Kim Kar­da­shian West. Sans l’au­to­bron­zant, le khôl, le contou­ring et les te­nues ul­tra­mou­lantes qui com­posent son look si­gna­ture, il est presque im­pos­sible de dis­tin­guer la mère de 37 ans de la poi­gnée d’em­ployés qui s’af­fairent au­tour d’elle. Confor­ta­ble­ment vê­tue d’un chan­dail à manches longues en co­ton et d’un pan­ta­lon de sport, les che­veux noués en tresses afri­caines, elle s’ins­talle sur un im­mense di­van en lin de cou­leur crème. Dans une mai­son­née pleine d’en­fants (trois main­te­nant), la pro­pre­té im­pec­cable de ce ca­na­pé pa­raît presque sur­réa­liste. Mais ce qui frappe en­core plus par son ca­rac­tère im­pro­bable, c’est le si­lence qui règne en ces lieux. «Tout le monde dit ça!», lance-t-elle en re­ti­rant ses san­dales Ba­len­cia­ga et en se re­cro­que­villant dans un coin du di­van. «Mes en­fants ne sont tout sim­ple­ment pas très bruyants. Même mon chien est dis­cret. C’est fou!» Elle parle bien sûr de Su­chi, le po­mé­ra­nien dont les aboie­ments consti­tuaient l’un des en­jeux de la der­nière saison de Kee­ping Up With the Kar­da­shian. C’est en consul­tant «l’homme qui parle aux chiens», Ce­sar Millan, que les em­por­te­ments de Su­chi se sont cal­més, et depuis, maî­tresse et com­pa­gnon ca­nin filent le par­fait bon­heur.

Une em­ployée entre dans le sa­lon avec un pla­teau sur le­quel re­pose une tasse en verre conte­nant un thé noir su­cré au lait de co­co. La bois­son re­pro­duit à la per­fec­tion la nuance de la car­na­tion de notre hô­tesse. Il s’agit clai­re­ment d’un ha­sard, quoi­qu’on pour­rait presque en dou­ter tant le contrôle qu’exerce Kim sur tout ce qui l’en­toure est mi­nu­tieux. Sa maison n’af­fiche que des teintes de beige et de grège sans au­cun mo­tif, ni lo­go ap­pa­rent. Il faut dire que celle-ci fait aus­si of­fice de pla­teau de tour­nage. Comme c’est le cas pour les films et les sé­ries té­lé­vi­sées, la té­lé-réa­li­té doit être en­re­gis­trée dans un en­vi­ron­ne­ment exempt de toutes griffes, ou elles doivent être brouillées afin d’évi­ter l’uti­li­sa­tion illi­cite de marques dé­po­sées. Qui plus est, un lo­go bien en évi­dence chez un membre de la fa­mille Kar­da­shian équi­vaut à une pu­bli­ci­té en bonne et due forme. Or, la pu­bli­ci­té, ça se paye.

Kim main­tient néan­moins qu’elle est sim­ple­ment ob­sé­dée par l’ordre. « Ma vie est si fré­né­tique qu’il faut que mon chez- moi soit mi­ni­ma­liste et épu­ré. Tout doit être propre. Et pas de dé­sordre! » Ce prin­cipe s’ap­plique même à sa vie élec­tro­nique. « À la fin de chaque jour­née, je sup­prime de mon té­lé­phone tout ce qui n’est pas une conver­sa­tion en cours. Je ne sup­porte pas d’avoir un fouillis sous les yeux.» Il n’existe qu’une seule ex­cep­tion à ce règne hé­gé­mo­nique de l’ordre: la salle de jeu des en­fants est une zone de pur chaos. Il s’agit du royaume de North (Nor­thy-Lou pour les in­times), Saint ( Sain­ty- Boo) et Chi­ca­go ( Chi), qui n’est âgée que de quelques mois.

Chi­ca­go est la fille bio­lo­gique de Kim et de son époux Ka­nye West, mais un doc­teur leur a re­com­man­dé d’avoir recours aux ser­vices d’une mère por­teuse puisque Kim a souf­fert d’un pla­cen­ta ac­cre­ta lors de ses deux pre­miers ac­cou­che­ments. « Après avoir don­né nais­sance à un en­fant, le pla­cen­ta est cen­sé être ex­pul­sé, mais le mien est res­té coin­cé. C’est à cette com­pli­ca­tion que suc­combent gé­né­ra­le­ment les femmes qui meurent en couches: il y a une hé­mor­ra­gie et on se vide de son sang. Pour sor­tir mon pla­cen­ta – c’est tel­le­ment ré­pu­gnant! – l’obs­té­tri­cien a dû entrer tout son bras en moi et le dé­col­ler lui-même en grat­tant avec ses doigts. C’était ex­trê­me­ment dou­lou­reux.» Sa mère, Kris Jen­ner, était à ses cô­tés du­rant son pre­mier ac­cou­che­ments com­pli­qué. «En­core au­jourd’hui, si on lui en parle, elle se met à pleu­rer. C’était vrai­ment trau­ma­ti­sant.»

«Mes pa­rents ne m’ont pas tout don­né sur un pla­teau d’ar­gent. Je me­nais une très belle vie quand j’étais en­fant, mais on m’a appris que si je vou­lais que ça conti­nue ain­si, il fal­lait que je bosse.»

Comme un troi­sième ac­cou­che­ment était hors de ques­tion, le couple s’est tour­né vers des agences spé­cia­li­sées pour dé­ni­cher la mère por­teuse idéale. Et lorsque Kim l’a trou­vée, elle a su d’ins­tinct qu’elle avait choi­si la bonne per­sonne. « On le sent quand on peut faire confiance à quel­qu’un», ex­plique-t-elle. Toutes deux sont al­lées en­semble à cha­cun des ren­dez-vous mé­di­caux. «C’est dif­fi­cile, au dé­but, de re­non­cer à avoir le contrôle sur sa gros­sesse, mais une fois qu’on se ré­signe à lais­ser al­ler, c’est une très belle ex­pé­rience.»

Mais Kim Kar­da­shian West ne jouit pas que du sta­tut de mère; elle oc­cupe aus­si ce­lui, très par­ti­cu­lier, de phé­no­mène so­cial. Elle est à la fois un ob­jet de contro­verse, une personnalité mé­dia­tique, une in­fluen­ceuse de mar­chés, un sym­bole, une marque, une énigme. Aus­si in­sai­sis­sables que soient les rai­sons qui pour­raient ex­pli­quer la no­to­rié­té mo­nu­men­tale qu’elle pos­sède, il reste que celle-ci croît de fa­çon ex­po­nen­tielle. Et bien qu’elle af­firme ne plus trop ai­mer «ce qui brille», son uni­vers foi­sonne de dia­mants, d’avions pri­vés et de bou­quets de roses plus gros que bien des pe­tits ap­par­te­ments. Elle est au coeur d’un em­pire aux pla­te­formes mul­tiples, où les images sont soi­gnées avec une pré­ci­sion ri­gou­reuse qui de­mande un tra­vail co­los­sal. Mais les ef­forts ne font pas peur à cette sin­gu­lière en­tre­pre­neure. «Mes pa­rents ne m’ont pas tout don­né sur un pla­teau d’ar­gent. Je me­nais une très belle vie quand j’étais en­fant, mais on m’a appris que si je vou­lais que ça conti­nue ain­si, il fal­lait que je bosse. D’ailleurs, si je de­vais choi­sir entre la cé­lé­bri­té et les af­faires, je me concen­tre­rais sur les af­faires sans hé­si­ter.»

Le pro­duit que Kim Kar­da­shian West vend au monde en­tier, c’est d’abord elle-même. C’est Kim qui a de la va­leur, mais en quoi consiste exac­te­ment cette va­leur? Elle ne chante pas, n’écrit pas, elle n’est ni ac­trice, ni hu­mo­riste. Ce qu’elle offre, c’est sim­ple­ment sa per­sonne, sa pré­sence mé­dia­tique. Ce­la de­mande très peu d’ef­forts au public, car il suf­fit de l’ad­mi­rer. Par contre, être à la hau­teur de cette ad­mi­ra­tion exige de la prin­ci­pale in­té­res­sée une dis­ci­pline de fer. En­traî­ne­ment quo­ti­dien de plu­sieurs heures dé­bu­tant à 6 h du ma­tin, 60 mi­nutes de coif­fure et de ma­quillage tous les jours, ma­nu­cure et pé­di­cure tous les 10 jours, blan­chi­ment des dents, ap­pli­ca­tion d’au­to­bron­zant, épi­la­tion au la­ser, re­dé­fi­ni­tion des sour­cils toutes les trois se­maines, in­ter­ven­tions vi­sant à raf­fer­mir ventre et cuisses (quoi­qu’elle pré­cise avoir récemment di­mi­nué son recours à cette pra­tique), trai­te­ment vi­ta­mi­né pour la peau et les che­veux... Mais ses fa­bu­leux cils, eux, sont na­tu­rels. Elle n’a ja­mais eu be­soin d’ex­ten­sions et c’est à ses racines ar­mé­niennes qu’elle at­tri­bue ce pré­cieux atout.

Ce­la ne fait au­cun doute, cette fas­ti­dieuse rou­tine fonc­tionne. La tren­te­naire suit le pro­ces­sus de vieillis­se­ment contraire à ce­lui des chiens: à chaque 7 ans, elle semble vieillir d’une an­née. Tou­te­fois, Kim sou­tient que, depuis un cer­tain temps, elle se sou­cie moins de son ap­pa­rence et en­core moins de ce que l’on pense d’elle. «Au dé­but, j’ac­cor­dais beau­coup d’im­por­tance à l’opi­nion des autres. Main­te­nant, comme je suis sa­tis­faite de ma vie, ça ne m’in­té­resse plus.» Évi­dem­ment, avoir un ré­seau so­lide au­tour de soi aide à s’af­fran­chir de la ru­meur pu­blique. Tous les ma­tins, Kim se branche sur le groupe de conver­sa­tion re­grou­pant les membres de sa fa­mille, in­cluant même par­fois sa grand-mère ma­ter­nelle, MJ, qui maî­trise à la per­fec­tion l’art de ré­pondre en émo­jis. C’est peut-être la fibre en­tre­pre­neu­riale de Kim Kar­da­shian West qui l’a pro­pul­sée au coeur d’une cé­lé­bri­té uni­ver­selle et d’une ri­chesse mi­ro­bo­lante, mais ce sont ses va­leurs fa­mi­liales qui lui ap­portent le bon­heur. Et ce­lui-ci peut sur­gir de pe­tites choses toutes simples, à la va­leur in­es­ti­mable... comme une conver­sa­tion par tex­tos avec sa grand-ma­man.

Haut en mailles et cris­taux (Bal­main); bas de maillot (Yee­zy Sea­son 2).

Haut en mailles mé­tal­li­sées (Je­re­my Scott); short (Yee­zy Sea­son 6).

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