Elisapie

Re­tour aux sources

ELLE (Québec) - - Culture -

Avec son pre­mier groupe, Tai­ma, et tout au long de sa car­rière so­lo, Elisapie est de­ve­nue le vi­sage et la voix de la culture inuit du Qué­bec. Mais jus­qu’à au­jourd’hui, la fille de Sal­luit s’est tou­jours sen­tie un peu dé­ra­ci­née. «Ça fait dé­jà plus de 20 ans que j’ai quit­té le Nord et je pense que je me suis peut-être un peu trop bien adap­tée à la vie en ville», ex­plique-t-elle. «La ru­na­way girl du titre de l’al­bum, c’est moi. J’ai pas­sé une bonne par­tie de ma vie à me sau­ver: j’ai quit­té le Nord, ma com­mu­nau­té, mon ter­ri­toire; j’ai lais­sé ma fa­mille der­rière. Ré­cem­ment, j’ai sen­ti à quel point cette par­tie de moi me man­quait.» Après la nais­sance de son deuxième en­fant, elle avoue avoir frap­pé un mur. «Cer­tains ap­pellent ça la dé­pres­sion post­par­tum, mais c’est comme si ton âme quit­tait ton corps, ex­plique-t-elle. Je me sen­tais com­plè­te­ment per­due et chaque fois que je ten­tais d’écrire, c’était le vide.» En quête d’ins­pi­ra­tion, elle se plonge dans le ré­per­toire d’ar­tistes folk inuit des an­nées 1960 et 1970, comme Willie Th­ra­sher, et songe à faire un al­bum de re­prises. «Je suis par­tie dans un pe­tit cha­let dans le fond du bois et en jouant ces vieilles chan­sons, j’ai été ins­pi­rée à créer les miennes, qui se sont tout de suite pla­cées na­tu­rel­le­ment à leurs cô­tés.» S’il aborde des thèmes très per­son­nels, THE BALLAD OF THE RU­NA­WAY GIRL per­met à Elisapie de par­ler au nom de sa com­mu­nau­té. Chan­tée en in­uk­ti­tut, Ar­naq, qui ouvre l’al­bum, est une es­pèce de ma­ni­feste, une ode à la force et à la ré­si­lience des femmes au­toch­tones. «Il faut ar­rê­ter de nous voir comme des vic­times déses­pé­rées. En ce mo­ment dans les com­mu­nau­tés, il y a une vé­ri­table ébul­li­tion: les jeunes sont en train de re­bâ­tir notre culture.» Et Elisapie y contri­bue, une chan­son à la fois.

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