À L’AF­FICHE

Rare femme en ges­tion pri­vée, So­phie Pal­mer fait rayon­ner le titre de CFA.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR KATHY NOËL You are on­ly as good as your middle stock job

en­ga­gée comme ad­jointe por­te­feuilliste chez Ja­ris­lows­ky Fra­ser en 1999, So­phie Pal­mer est main­te­nant as­so­ciée prin ci­pale de cette firme très en vue de Mont réal et pré­si­dente de CFA Mon­tréal. Por­trait d’une jeune étoile qui n’a pas fi­ni de mon­ter.

« Ça dis­cute beau­coup ici. Nous n’avons pas le temps d’ad­mi­rer le pay­sage ! » lance en riant So­phie Pal­mer quand on lui sou­ligne la vue im­pre­nable du MontRoyal qu’offre la salle de réunion du siège so­cial de sa firme, au centre-ville de Mon­tréal.

Cha­leu­reuse et af­fable, elle ponc­tue sou­vent ses phrases d’un éclat de rire. So­phie Pal­mer est à son aise dans cette firme de ges­tion de placements fon­dée par Ste­phen Ja­ris­lows­ky, cet im­mi­grant par­ti de rien et de­ve­nu une icône de l’in­ves­tis­se­ment au Ca­na­da.

À seule­ment 40 ans, elle fait dé­jà par­tie des meubles ! As­so­ciée prin­ci­pale de­puis 2008, elle a dé­bu­té sa car­rière chez Ja­ris­lows­ky à 23 ans et n’a connu qu’un seul em­ployeur.

So­phie Pal­mer fait de la ges­tion pri­vée de pa­tri­moine pour une clien­tèle for­tu­née et elle gère aus­si des por­te­feuilles pour des clients ins­ti­tu­tion­nels.

Elle est membre de l’équipe de sept ges­tion­naires qui oeuvrent dans ce sec­teur chez Ja­ris­lows­ky au Qué­bec et elle relève du pré­sident G. Pierre La­pointe, qui su­per­vise la di­vi­sion Ges­tion pri­vée de pa­tri­moine de l’en­tre­prise.

Cette di­vi­sion a connu une crois­sance im­por­tante au cours des der­nières an­nées. Entre 1999 et 2016, elle est pas­sée de 1,8 G$ à près de 9 G$ d’ac­tifs sous ges­tion, sui­vant une ten­dance gé­né­ra­li­sée dans l’in­dus­trie. Le seg­ment de la ges­tion pri­vée au Ca­na­da a crû de 21,5 % entre 2005 et 2015, pas­sant de 14,6 G$ d’ac­tif sous ges­tion à près de 103 G$, se­lon In­ves­tor Eco­no­mics.

Chez Ja­ris­lows­ky Fra­ser, la ges­tion pri­vée re­pré­sente main­te­nant le quart de l’en­semble des ac­tifs gé­rés par la firme, qui s’élèvent ac­tuel­le­ment à plus de 35 G$. Et ce n’est pas fi­ni.

« Nous vou­lons une crois­sance sou­te­nue dans ce sec­teur d’ac­ti­vi­té », dit So­phie Pal­mer, qui a aus­si pour man­dat d’al­ler cher­cher de nou­veaux clients. Elle lorgne du cô­té des veuves, qui sont nom­breuses à hé­ri­ter de for­tunes fa­mi­liales.

« Les femmes sur­vivent sou­vent à leur ma­ri et se re­trouvent du jour au len­de­main avec beau­coup d’argent. Mal­heu­reu­se­ment, comme les hommes les lais­saient sou­vent dans l’ombre à l’époque, elles ont peu de connais­sances en pla­ce­ment », dit la por­te­feuilliste.

Et s’il y a là une pos­si­bi­li­té de crois­sance, voi­là aus­si une oc­ca­sion en or pour les femmes qui vou­draient exer­cer ce mé­tier. « Les femmes sont plus por­tées à al­ler vers d’autres femmes quand il est ques­tion d’argent », re­marque So­phie Pal­mer.

« Par­fois, elles sont em­bar­ras­sées de ne pas sa­voir la dif­fé­rence entre une ac­tion et une obli­ga­tion, et c’est plus fa­cile pour elles de s’as­seoir avec une autre femme pour es­sayer de com­prendre où leur ma­ri al­lait avec ça », pour­suit-elle.

DÉ­BUTS

CHAO­TIQUES

Cette oreille at­ten­tive et ce calme ras­su­rant que So­phie Pal­mer dé­gage ne sont pas étran­gers à sa réus­site au sein de Ja­ris­lows­ky Fra­ser. « Son in­té­gri­té est l’une de ses très grandes forces », com­mente G. Pierre La­pointe, qui se sou­vient comme si c’était hier de son en­tre­vue d’em­bauche avec la jeune re­crue en 1999.

Il a vite été conquis par l’in­tel­li­gence, les connais­sances et l’en­tre­gent de cette jeune femme par­fai­te­ment bi­lingue, aus­si pas­sion­née de chiffres que de re­la­tions hu­maines.

« Elle avait tous les atouts pour réus­sir, dit le pré­sident de Ja­ris- lows­ky. Pour moi, c’était évident qu’en y met­tant les ef­forts, elle réus­si­rait. Nous avons été très chan­ceux de mettre la main des­sus, car elle au­rait fa­ci­le­ment pu al­ler ailleurs », dit-il.

So­phie Pal­mer aus­si a eu la chance de tom­ber sur un men­tor comme G. Pierre La­pointe, un vé­té­ran qui cu­mule main­te­nant plus de 30 ans d’ex­pé­rience, pour la gui­der dans la tem­pête. Car ses dé­buts dans l’in­dus­trie sont loin d’avoir été évi­dents.

Elle est ar­ri­vée peu avant l’écla­te­ment de la bulle tech­no­lo­gique, à une époque où le style plus conser­va­teur de Ja­ris­lows­ky n’était pas à la mode.

« On pas­sait pour des di­no­saures et on di­sait qu’on ne connais­sait rien aux tech­no­lo­gies, dit So­phie Pal­mer. On ven­dait pour trois mil­lions d’ac­tions de Nor­tel, on al­lait lun­cher et le titre avait mon­té de 2 $ ! On lais­sait 6 M$ sur la table pour nos clients. »

Ré­sis­ter à la mode a été payant. Quand la bulle a écla­té, les por­te­feuilles de la firme, étant peu ex­po­sés, s’en sont bien sor­tis. Mais il en fal­lait du cran pour re­fu­ser de cé­der aux exi­gences des clients eux-mêmes !

« Il faut par­fois dire à ses clients de ne pas bou­ger et de conti­nuer de croire au plan qu’on s’est don­né. Si­non, pour­quoi faire un plan si on en dé­vie à chaque oc­ca­sion ? »

VA­LEUR ET ÉTHIQUE

So­phie Pal­mer a bien as­si­mi­lé la culture de son em­ployeur et sa phi­lo­so­phie de ges­tion qui dé­coule de son fon­da­teur. Un style de ges­tion axé sur la va­leur plus que sur la crois­sance à tout prix ain­si qu’un sens ai­gu de l’éthique.

« C’est un dé­fi de tou­jours res­ter sur sa ligne et de croire en sa phi­lo­so­phie, dit la ges­tion­naire. Il y a plein de ten­dances, de types de fonds et de nou­veaux pro­duits, mais on ne peut pas être tout pour tous. »

Le style de ges­tion de la firme, qui se dé­marque dans les mar­chés bais­siers, a été mis à rude épreuve ces der­nières an­nées. L’ac­tif sous ges­tion de Ja­ris­lows­ky Fra­ser a été am­pu­té de presque la moi­tié de­puis 2009, no­tam­ment en rai­son de la perte de man­dats im­por­tants et parce que les in­ves­tis­seurs ont eu ten­dance à dé­lais­ser la ges­tion ac­tive au pro­fit de la ges­tion indicielle et al­ter­na­tive.

L’ar­ri­vée des fonds né­go­ciés en Bourse, un cré­neau où Ja­ris­lows­ky joue un rôle de sous-ges­tion­naire grâce à un par­te­na­riat avec Ques­trade Fi­nan­cial, bou­le­verse aus­si l’in­dus­trie.

So­phie Pal­mer croit pour sa part qu’il y au­ra tou­jours une de­mande pour une ges­tion de por­te­feuille fon­dée sur l’analyse fon­da­men­tale des en­tre­prises dans les­quelles on in­ves­tit. Une équipe de 25 ana­lystes s’y consacre chez Ja­ris­lows­ky Fra­ser, dont le por­te­feuille type contient en­vi­ron de 30 à 40 titres.

Il y a six ans, la firme a lan­cé ses propres fonds com­muns. Le ren­de­ment de son fonds équi­li­bré est de 5,8 % de­puis sa créa­tion. Son fonds d’ac­tions ca­na­diennes a rap­por­té près de 6 % et son fonds de re­ve­nus fixes a ob­te­nu un ren­de­ment de 4,9 %, se­lon Mor­ning­star.

« Il y au­ra tou­jours des titres vrai­ment bons et d’autres qui donnent des maux de tête, mais ce n’est pas grave. On ne peut pas re­gar­der chaque titre de fa­çon in­di­vi­duelle. Ce qui est im­por­tant, c’est le ren­de­ment to­tal.

! » dit So­phie Pal­mer. La jeune femme, qui s’excuse d’uti­li­ser des an­gli­cismes, n’est pas seule­ment par­fai­te­ment bi­lingue. Son père étant an­glo­phone, et sa mère, fran­co­phone, elle a été éle­vée dans les deux cul­tures et a ap­pris tôt la va­leur de l’argent.

« Ma mère a gran­di sur le pla­teau et son père a tout per­du pen­dant la crise. J’ai été éle­vée de fa­çon très conser­va­trice, mais l’édu­ca­tion était très im­por­tante » ra­conte la jeune femme, qui a étu­dié aux col­lèges pri­vés Sta­nis­las et Bré­beuf.

Son amour des chiffres l’a en­suite me­née au pro­gramme d’ac­tua­riat de l’UQAM, en 1999, où elle est la seule femme de sa co­horte à avoir ob­te­nu son di­plôme.

DES CHIFFRES ET DES GENS

So­phie Pal­mer aime ré­soudre des problèmes. Dé­ten­trice du pres­ti­gieux titre de CFA de­puis 2006, elle au­rait pu fi­nir dans un bu­reau à pro­duire des ana­lyses fi­nan­cières, mais elle a choi­si la re­la­tion avec les clients.

« Je dé­si­rais vrai­ment être en re­la­tion avec un client pour sa­voir comment il a fait son argent. Es­til né avec ? A-t-il bâ­ti une en­tre­prise ? Il y a tou­jours des his­toires fas­ci­nantes der­rière les grandes for­tunes. Et quand des pom­piers ou des po­li­ciers viennent vous don­ner une tape dans le dos pour vous re­mer­cier de vous oc­cu­per de leur ré­gime de re­traite, c’est très va­lo­ri­sant », dit-elle.

« C’est une per­sonne qui a un sens de l’éthique et est très en­ga­gée », dit Jacques Lussier, pré­sident d’Ip­sol Ca­pi­tal, qui l’a bien connue alors qu’il était pré­sident de CFA Mon­tréal, de 2013 à 2015. So­phie Pal­mer était alors membre du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de cet or­ga­nisme fon­dé en 1950 et voué à la pro­mo­tion du titre de Char­te­red Fi­nan­cial Ana­lyst ( CFA) ou ana­lyste fi­nan­cier agréé. « C’est une per­sonne très ef­fi­cace sur le plan opé­ra­tion­nel et mal­gré un ho­raire très char­gé, quand vous lui en­voyez un cour­riel, vous pou­vez être cer­tain qu’elle vous ré­pon­dra dans la dem i-heure », dit l’ex-pré­sident, qui lui a cé­dé la barre à la fin de son man­dat l’an der­nier.

So­phie Pal­mer di­rige main­te­nant cette as­so­cia­tion qui est pas­sée de moins de 1 800 membres il y a quatre ans à près de 2 500 membres, dont 17 % sont des femmes. Elle a contri­bué à la créa­tion d’évé­ne­ments ma­jeurs à Mon­tréal qui ont at­ti­ré l’at­ten­tion du CFA Ins­ti­tute, dont la der­nière confé­rence an­nuelle s’est te­nue dans la mé­tro­pole qué­bé­coise.

La pré­si­dente mi­lite aus­si pour at­ti­rer plus de femmes dans la pro­fes­sion. « Ce n’est pas un pro­blème de chiffres, les fa­cul­tés d’ad­mi­nis­tra­tion sont pleines de filles ! » dit- elle. Elle croit plu­tôt que le mé­tier est mal per­çu.

« Les gens pensent que nous sommes tous sur Wall Street, alors qu’il y a tout un cô­té re­la­tion­nel avec les clients, qui est moins connu mais beau­coup plus in­té­res­sant et où les femmes peuvent of­frir une écoute dif­fé­rente de celle d’un homme » , ajoute So­phie Pal­mer.

Ma­man de ju­meaux de deux ans, elle ne cache pas que la conci­lia­tion tra­vail-fa­mille im­pose un ho­raire ré­glé au quart de tour et un bon ré­seau d’en­traide. Son conjoint tra­vaille aus­si chez Ja­ris­lows­ky, ce qui ne nuit pas. « On parle le même lan­gage et on com­prend nos dé­fis, dit-elle. Un conjoint avec une aus­si exi­geante que la tienne de­mande de l’or­ga­ni­sa­tion, mais tout est pos­sible. »

Pour G. Pierre La­pointe, il ne fait au­cun doute que So­phie Pal­mer brille­ra dans la ges­tion de pa­tri­moine au cours des pro­chaines an­nées, au fur et à me­sure que les ges­tion­naires plus âgés pren­dront leur re­traite. « Elle est bien par­tie pour de­ve­nir une géante dans ce do­maine-là. »

PHO­TO : MAR­TIN LAPRISE

La ges­tion pri­vée de pa­tri­moine re­pré­sente le quart des ac­tifs de 35 G$ gé­rés par la firme Ja­ris­lows­ky Frase r. « Nous vou­lons une crois­sance sou­te­nue dans ce sec­teu r d’ac­ti­vi­té », dit So­phie Pal­mer, as­so­ciée prin­ci­pale, Ges­tion pri­vée de pa­tri­moine. À lire en

PHO­TO : MAR­TIN LAPRISE

« C’est dif­fi­cile de ré­sis­ter aux modes en in­ves­tis­se­ment, mais il faut être ca­pable de convaincre ses clients de ne pas bou­ger et de conti­nuer à croire en sa ligne di­rec­trice. Pour­quoi faire un plan si on en dé­vie à chaque oc­ca­sion ? »

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