Nou­vel élan des mar­chés émer­gents.

Les ac­tions des mar­chés émer­gents pour­raient pro­fi­ter de la crois­sance dans ces mar­chés.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR YVES BOUR­GET

si les ges­tion­naires de por­te­feuilles d’ac­tions de mar­chés émer­gents in­ter­ro­gés par

Fi­nance et In­ves­tis­se­ment s’ac­cordent pour dire que le re­bond amor­cé en jan­vier der­nier peut se pour­suivre, ils ne mettent pas tous l’ac­cent sur les mêmes fac­teurs qui y contri­bue­ront.

Pour Ch­ris­tine Tan, ges­tion­naire du Fonds des mar­chés émer­gents Ex­cel, ce re­bond ne pour­ra se pour­suivre que si le rythme de crois­sance des bé­né­fices aug­mente. Et comme elle com­mence à voir plus de so­cié­tés battre les pré­vi­sions des ana­lystes que l’in­verse, elle croit que le re­bond peut conti­nuer, à condi­tion que cette crois­sance ac­crue des bé­né­fices puisse être ob­ser­vée dans la plu­part des sec­teurs bour­siers, no­tam­ment le sec­teur fi­nan­cier, qui de­meure im­por­tant dans plu­sieurs mar­chés.

Il faut no­tam­ment que les bé­né­fices des banques se re­dressent pour que les in­dices soient en hausse de ma­nière sou­te­nue, se­lon elle.

Pour Phi­lippe Lan­gham, ges­tion­naire du Fonds d’ac­tions de mar­chés émer­gents RBC, le fait que les de­vises des pays émer­gents sont en­core très sous- éva­luées est une des rai­sons pour la­quelle le re­bond boursier peut se pour­suivre.

L’autre rai­son est que même si la crois­sance éco­no­mique ra­len­tit à court terme, elle s’ac­cé­lé­re­ra pro­ba­ble­ment dans l’ave­nir, mue par les ré­formes qui ont jus­te­ment été mises en oeuvre dans la fou­lée du ra­len­tis­se­ment éco­no­mique des der­nières an­nées de même que par l’as­sou­plis­se­ment mo­né­taire qui est en­core en vi­gueur.

Pour Jeff Feng, ges­tion­naire de la Ca­té­go­rie mar­chés émer­gents Tri­mark, la re­prise des mar­chés émer­gents de­vrait conti­nuer, même si son rythme de pro­gres­sion ra­len­tit. Car même si la crois­sance de ces éco­no­mies s’es­souff le, la plu­part d’entre elles conti­nuent de croître à un rythme au moins deux fois plus éle­vé que ce­lui des pays dé­ve­lop­pés, alors que l’Eu­rope et le Ja­pon croissent à peine.

Or, jus­te­ment, les po­li­tiques mo­né­taires laxistes de la Banque cen­trale eu­ro­péenne ( BCE) et du Ja­pon créent des li­qui­di­tés ex­cé­den­taires qui fi­nissent par se re­trou­ver en par­tie dans les pays émer­gents, alors que les in­ves­tis­seurs qui cherchent de meilleurs ren­de­ments poussent du même coup à la hausse la va­leur des de­vises de ces pays.

DE­VISES VO­LA­TILES

L’im­pact des fluc­tua­tions de de­vises sur le ren­de­ment des titres de mar­chés émer­gents n’est pas né­gli­geable. L’in­dice JP Mor­gan emer­ging mar­kets cur­ren­cy, qui me­sure un pa­nier de ces de­vises par rap­port au dol­lar amé­ri­cain, a chu­té de 36 % entre son pic du 29 avril 2011 et le 29 avril 2016.

En com­pa­rai­son, 100 $ US in­ves­tis dans l’in­dice des mar­chés émer­gents ( ME) MSCI le 29 avril 2011 ne va­laient plus que 79 $ US cinq ans plus tard, soit un re­cul de 21 % : l’avance des ac­tions dans l’in­dice ME MSCI a été in­suf­fi­sante pour en­rayer la baisse des de­vises de ces mar­chés.

Mince conso­la­tion, l’ef­fon­dre­ment du dol­lar canadien a fait en sorte que 100 $ CA in­ves­tis dans le même in­dice MSCI va­laient un peu plus de 104 $ CA cinq ans plus tard…

« Dans le pas­sé, des pé­riodes de trois à cinq ans de contre-per­for­mance des mar­chés émer­gents par rap­port aux mar­chés dé­ve­lop­pés ont été sui­vies de pé­riodes de ren­de­ments su­pé­rieurs. Ain­si, l’in­dice mon­dial MSCI a gé­né­ré des ren­de­ments de 36,2 %, de 15,4 % et de 18,8 %, res­pec­ti­ve­ment, en 2013, 2014 et 2015, par rap­port à 4,4 %, à 7,1 % et à 1,5 % pour l’in­dice ME MSCI, en dol­lars ca­na­diens. Par contre, de 2001 à 2007, ce der­nier a af­fi­ché un ren­de­ment su­pé­rieur à l’in­dice mon­dial MSCI », re­marque Ch­ris­tine Tan.

« La cause prin­ci­pale de la bonne per­for­mance des mar­chés amé­ri­cains au cours des trois der­nières an­nées a été l’in­flux d’argent vers des ac­tifs li­bel­lés en dol­lars amé­ri­cains et non la crois­sance spec­ta­cu­laire des bé­né­fices, puisque le ren­de­ment des ac­tions pro­ve­nait es­sen­tiel­le­ment de l’ex­pan­sion des mul­tiples », in­dique Ch­ris­tine Tan.

Rap­pe­lons que les mar­chés émer­gents ont re­cu­lé de près de 35 % ( en dol­lars amé­ri­cains) entre leur der­nier pic du 5 sep­tembre 2014 et leur creux du 20 jan­vier 2016. Or, une étude de Mor­gan Stan­ley a mon­tré que le re­cul mé­dian de l’in­dice des ME MSCI entre un pic et son creux sub­sé­quent a été de 31 % au cours des mar­chés bais­siers pré­cé­dents.

Les trois ges­tion­naires s’ac­cordent pour dire que l’écart d’évaluation qui s’est créé avec les mar­chés dé­ve­lop­pés a pu être igno­ré pen­dant un cer­tain temps, mais qu’il était de­ve­nu trop im­por­tant pour que les in­ves­tis­seurs n’en prennent pas note et pro­fitent des aubaines.

Ha­bi­tuel­le­ment, l’es­compte entre le ra­tio cours/ bé­né­fices de l’in­dice mon­dial MSCI et ce­lui des ME os­cille entre 15 % et 20 %, alors qu’il était de 31,3 % au 31 mai der­nier. Et l’es­compte était de 31,5 % en ce qui a trait au ra­tio cours/va­leur comp­table.

« Ces es­comptes sont très éle­vés et pour­raient ré­tré­cir à l’ave­nir. Il faut tou­te­fois être pru­dent avec plu­sieurs titres qui ont des ra­tios très bas, dont la ren­ta­bi­li­té est in­fé­rieure au coût de leur ca­pi­tal », sou­ligne Phi­lippe Lan­gham.

DE LA VA­LEUR À RÉ­CU­PÉ­RER

Tou­jours est-il que les mar­chés émer­gents se né­go­cient à des mul­tiples à peine plus éle­vés qu’ils ne l’étaient il y a une ving­taine d’an­nées. Ain­si, l’in­dice MSCI des mar­chés émer­gents se né­go­ciait ré­cem­ment à 11 fois les bé­né­fices des 12 pro­chains mois, par rap­port à 16,9 fois pour le S& P 500. Pour­tant, la crois­sance pré­vue des bé­né­fices de l’in­dice ME MSCI pour la même pé­riode était ré­cem­ment de 22 %, par rap­port à 12,6 % seule­ment pour les bé­né­fices du S& P 500.

« Au dé­but de 2016, les mar­chés émer­gents étaient très abor­dables, en par­ti­cu­lier le mar­ché bré­si­lien. Mais en fé­vrier, nous avons vu le dol­lar amé­ri­cain re­cu­ler sub­stan­tiel­le­ment par rap­port aux de­vises des pays émer­gents et les mar­chés ont bon­di. Néan­moins, il y a en­core beau- coup de va­leur dans les mar­chés émer­gents, en te­nant compte du fait qu’ils sont à la traîne de­puis plu­sieurs an­nées. Je crois qu’ils vont réa­li­ser un meilleur ren­de­ment que les mar­chés dé­ve­lop­pés dans les an­nées à ve­nir », sou­tient Ch­ris­tine Tan.

À court terme, les cours des ma­tières pre­mières conti­nuent d’inf luen­cer l’in­dice des mar­chés émer­gents MSCI. « Ce­pen­dant, au cours des cinq der­nières an­nées, les mar­chés émer­gents dans leur en­semble sont pas­sés d’une pé­riode où les deux prin­ci­paux mo­teurs de crois­sance étaient l’ex­por­ta­tion de ma­tières pre­mières et la crois­sance de la Chine à une crois­sance fon­dée sur la consom­ma­tion in­té­rieure. Au dé­but de l’an­née, le sec­teur des ma­tières pre­mières ne re­pré­sen­tait plus que 15 % de l’in­dice mar­chés émer­gents MSCI, par rap­port à plus de 35 % il y a cinq ans. En com­pa­rai­son, les ma­tières pre­mières ne comptent que pour 10 % de l’in­dice mon­dial MSCI », ob­serve Phi­lippe Lan­gham.

Ce der­nier pense que les in­ves­tis­seurs com­mencent à com­prendre que ces chan­ge­ments dans les mar­chés émer­gents fe­ront aug­men­ter la crois­sance à long terme, même si à court terme, elle ra­len­tit.

« Plu­sieurs ré­formes ont été mises en oeuvre dans la fou­lée du ra­len­tis­se­ment éco­no­mique des der­nières an­nées. On peut es­pé­rer qu’elles fa­vo­ri­se­ront la crois­sance à moyen et long terme », ajoute-t-il.

« À mon avis, c’est po­si­tif que la plu­part des gou­ver­ne­ments de pays émer­gents se pré­oc­cupent main­te­nant da­van­tage de la qualité de la crois­sance éco­no­mique plu­tôt que de sa quan­ti­té. Ce rééquilibrage est par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tant pour les pays qui ont bé­né­fi­cié du prix éle­vé des ma­tières pre­mières, no­tam­ment l’Arabie saoudite, Du­baï, l’Afrique du Sud et le Bré­sil. Une crois­sance plus mo­dé­rée mais du­rable est en réa­li­té meilleure pour les en­tre­prises, parce que de bonnes équipes de di­rec­tion peuvent se concen­trer sur l’op­ti­mi­sa­tion de leurs ac­ti­vi­tés et l’ex­pan­sion de leurs marges. Pen­sez aux ÉtatsU­nis au cours des der­nières an­née s, alors que la crois­sance éco­no­mique a consi­dé­ra­ble­ment ra­len­ti : les so­cié­tés en ont pro­fi­té pour se re­struc­tu­rer et re- cen­trer leurs ac­ti­vi­tés », re­prend Ch­ris­tine Tan.

POUS­SÉE DE LA CONSOM­MA­TION

Un thème cen­tral de la thèse d’in­ves­tis­se­ment dans les mar­chés émer­gents de­meure la mon­tée de la consom­ma­tion in­té­rieure. D’abord, du point de vue dé­mo­gra­phique, les pays émer­gents sont très loin d’avoir at­teint le maxi­mum de leur crois­sance. Ce qui a pour co­rol­laire que la de­mande pour les in­fra­struc­tures ur­baines reste forte, alors qu’un mil­lion de per­sonnes par se­maine dé­mé­nagent dans des villes.

De plus, lorsque les re­ve­nus des consom­ma­teurs des mar­chés émer­gents at­teignent un cer­tain seuil, gé­né­ra­le­ment au­tour de 10 000 $ US par per­sonne, la consom­ma­tion dis­cré­tion­naire dé­colle en flèche, note Phi­lippe Lan­gham.

« Il y a énor­mé­ment d’in­di­vi­dus dont les re­ve­nus se si­tuent juste sous ce seuil. Or, on re­marque une très nette pro­gres­sion des sa­laires dans les mar­chés émer­gents, et des mil­lions de per­sonnes sont sur le point de l’at­teindre », pré­cise-t-il.

« Nous in­ves­tis­sons dans les ten­dances les plus pré­vi­sibles, et la mon­tée de la consom­ma­tion est une con­sé­quence maintes fois ob­ser­vée de l’en­ri­chis­se­ment gra­duel dans les pays dé­ve­lop­pés, et dé­jà ob­ser­vable dans les pays les plus avan­cés des mar­chés émer­gents comme Taï­wan, la Co­rée du Sud, la Chine, le Bré­sil et l’Inde », sou­tient Jeff Feng.

« Con­trai­re­ment aux mar­chés dé­ve­lop­pés, il y a en­core dans les mar­chés émer­gents des titres de consom­ma­tion qui se né­go­cient à des mul­tiples at­trayants parce que plu­sieurs in­ves­tis­seurs ont des in­quié­tudes à l’égard des titres de mar­chés émer­gents qui sont d’un autre ordre que leur évaluation fon­da­men­tale, telles que la so­li­di­té de la de­vise, la sta­bi­li­té po­li­tique et la li­qui­di­té des titres », re­con­naît Jeff Feng.

Ce der­nier juge tou­te­fois trop im­por­tant l’es­compte ac­cor­dé à ces titres en rai­son de ces in­quié­tudes, sur­tout quand on consi­dère que les consom­ma­teurs, no­tam­ment en Chine, sont très peu en­det­tés et qu’ils peuvent uti­li­ser le cré­dit pour consom­mer da­van­tage.

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