Étude de McKin­sey sur les ren­de­ments.

Les clients de­vront sou­vent tra­vailler plus long­temps.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR KATHY NOËL ,

« vous de­vrez tra­vailler près de 10 ans de plus et dou­bler votre épargne-re­traite. » Voi­là ce que les conseillers pour­raient de­voir dire à leurs jeunes clients qui vou­dront main­te­nir leur ni­veau de vie à la re­traite.

C’est ce qui res­sort no­tam­ment d’une étude ré­cente de la firme McKin­sey dé­voi­lée lors de la der­nière Confé­rence de Mon­tréal te­nue le 13 juin der­nier sous le thème de la re­traite et à la­quelle ont par­ti­ci­pé des experts qué­bé­cois et in­ter­na­tio­naux.

D’ici 20 ans, peut- on lire dans ce rap­port in­ti­tu­lé « Di­mi­ni­shing re­turns: why in­ves­tors may need to lo­wer their ex­pec­ta­tions », les ren­de­ments pour­raient être en moyenne de 2,5 points de pour­cen­tage plus faibles que la moyenne des trente der­nières an­nées.

Les an­nées 1985-2014 ont re­pré­sen­té l’âge d’or du ren­de­ment de l’in­ves­tis­se­ment, se­lon McKin­sey. Le taux d’in­fla­tion a bais­sé sous la barre du 2 % et les taux d’in­té­rêt ont fon­du, pro­pul­sant ain­si le ren­de­ment des obli­ga­tions.

Or, la ten­dance se ren­verse. « Les ren­de­ments éle­vés des 30 der­nières an­nées dé­cou­laient de la baisse du taux de l’in­fla­tion et des taux d’in­té­rêt réels, d’une part, et de la forte crois­sance du PIB et des bé­né­fices des so­cié­tés, d’autre part. Or, ces fac­teurs sont pour l’es­sen­tiel en stag­na­tion, et sus­cep­tibles de s’in­ver­ser au cours des deux pro­chaines dé­cen­nies, a sou­li­gné Sree Ra­mas­wa­my, Se­nior Fel­low au McKin­sey Glo­bal Ins­ti­tute. Ce­la pour­rait an­non­cer un ren­de­ment des ac- tions plus faible au cours des 20 pro­chaines an­nées par rap­port à la moyenne à long terme. »

Se­lon les cal­culs de McKin­sey, le ren­de­ment des ac­tions amé­ri­caines pour­rait va­rier de 4 à 6,5 %, au- des­sous de la moyenne de 7,9 % des 30 der­nières an­nées. Quant aux obli­ga­tions, elles pour­raient rap­por­ter entre 0 et 2 %, plu­tôt que les 5 % en­re­gis­trés entre 1985 et 2014.

LE CONSEIL Y GAGNE

Au cours des 20 pro­chaines an­nées, un in­ves­tis­se­ment de 100 $ dans un por­te­feuille com­bi­né ( 60 % d’ac­tions et 40 % d’obli­ga­tions) rap­por­te­ra en moyenne de 210 $ à 250 $, alors qu’il en rap­por­tait 370 $ dans les an­nées 1980-1990.

Ces chiffres peuvent chan­ger bien des choses dans la pla­ni­fi­ca­tion de la re­traite ! L’étude de McKin­sey illustre l’ef­fet d’une dif­fé­rence de deux points de pour­cen­tage dans le ren­de­ment moyen à long terme pour un jeune qui a 30 ans au­jourd’hui. Ce­lui- ci de­vra com­pen­ser cette perte de ren­de­ment en tra­vaillant sept ans de plus et en dou­blant presque le pour­cen­tage de son sa­laire ac­cor­dé à l’épar­gne­re­traite afin de main­te­nir son ni­veau de re­ve­nu à la re­traite.

Si les ren­de­ments de­vaient être en­core plus bas, soit de 3,5 % par exemple, la même per­sonne de­vrait tra­vailler neuf ans de plus tout en dou­blant ses épargnes, voire plus.

Voi­là qui est peut- être une mau­vaise nou­velle pour les épar­gnants, mais qui est plu­tôt de bon au­gure pour les conseillers, car dans ce contexte, les be­soins en conseil de pla­ce­ment et en édu­ca­tion fi­nan­cière se­ront im­por­tants.

« Nous avons consi­dé­ra­ble­ment dé­pla­cé le poids du risque as­so­cié aux ré­gimes de re­traite, qui se trouve main­te­nant dans une large me­sure sur les épaules des re­trai­tés. Or, tout le monde n’est pas équi­pé pour ce­la », a sou­li­gné Ber­nard Mo­ren­cy, conseiller spé­cial, Caisse de dé­pôt et pla­ce­ment du Qué­bec, qui ani­mait la séance in­ti­tu­lée Les faibles taux de ren­de­ment : comment as­su­rer la pé­ren­ni­té et l’ef­fi­ca­ci­té des sys­tèmes de

re­traite ? Les épar­gnants ne peuvent pas por­ter tout le risque, ont conve­nu éga­le­ment les experts pré­sents à ce fo­rum. C’est pour­quoi il faut me­ner de pair une ré­forme des ré­gimes de re­traite pu­blics, a rap­pe­lé Hen­ri- Paul Rous­seau, vice- pré­sident du conseil de Po­wer Cor­po­ra­tion du Ca­na­da.

« Nous nous trou­vons face à une si­tua­tion où, dans de nom­breux pays, la po­pu­la­tion ac­tive est en baisse et la crois­sance du PIB, en ra­len­tis­se­ment. En con­sé­quence, ces pays de­vront faire un com­pro­mis entre la pé­ren­ni­té et l’ef­fi­ca­ci­té de leurs ré­gimes de re­traite » a-t-il dit.

CROIS­SANCE SOUS- ES­TI­MÉE ?

Par­tout dans le monde, de plus en plus, on trans­forme les ré­gimes à pres­ta­tions dé­ter­mi­nées en ré­gimes à co­ti­sa­tion dé­ter­mi­née. Même les Pays-Bas, dont le sys­tème de re­traite est re­con­nu comme l’un des plus per­for­mants

des pays de l’Or­ga­ni­sa­tion de co­opé­ra­tion et de dé­ve­loppe

ment éco­no­miques ( OCDE), sont en train de re­voir son fonc­tion­ne­ment pour as­su­rer sa via­bi­li­té à long terme.

Se­lon Dirk Broe­ders, conseiller prin­ci­pal en stra­té­gie, Di­vi­sion des po­li­tiques de sur­veillance à la De Ne­der­landsche Bank, le prix d’une rente a presque dou­blé en 30 ans en rai­son des baisses de ren­de­ment et de la hausse de l’es­pé­rance de vie.

« Nous ne de­vrions pas dé­battre en fonc­tion d’une op­po­si­tion entre ré­gimes à pres­ta­tions dé­ter­mi­nées et ré­gimes à co­ti­sa­tion dé­ter­mi­née, a-t-il dit. Nous de­vrions ré­flé­chir à la ma­nière d’op­ti­mi­ser les dif­fé­rentes fonc­tions qu’un ré­gime de re­traite de­vrait avoir pour les par­ti­ci­pants. La concep­tion de ré­gimes de re­traite du­rables né­ces­site une ap­proche fonc­tion­nelle. »

Un des par­ti­ci­pants, Leo de Be­ver, conseiller prin­ci­pal de

Ben­net Jones, voit l’ave­nir d’un oeil plus op­ti­miste. Se­lon lui, les taux de crois­sance éco­no­mique sont sous- es­ti­més d’au moins un de­mi- point de pour­cen­tage par an­née, parce qu’ils ne tiennent pas compte des chan­ge­ments tech­no­lo­giques et du fait que ces nou­velles tech­no­lo­gies, no­tam­ment dans le do­maine de l’éner­gie, sont plus ren­tables et plus res­pec­tueuses de l’en­vi­ron­ne­ment.

« Cet ave­nir de faible crois­sance que tout le monde croit in­évi­table pour­rait ne pas se ma­té­ria­li ser. Le rythme du chan­ge­ment s’ac­cé­lère, et nous pour­rions construire un ave­nir meilleur en adop­tant plus ra­pi­de­ment de nou­velles in­fra­struc­tures tech­no­lo­giques et so­ciales, a-t-il dit. Ce qui nuit, c’est la ré­sis­tance à in­ves­tir dans ces nou­velles tech­no­lo­gies. »

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.