PL. FIN. Un titre pri­sé.

Le titre de pl. fin. ap­porte de la no­to­rié­té, mais les bar­rières à l’en­trée peuvent re­froi­dir les ar­deurs de cer­tains conseillers.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR FRÉ­DÉ­RIC ROY

consi­dé­rées à la fois comme une force et comme une fai­blesse du titre de pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier (pl. fin.), l’exi­gence mi­ni­male du bac­ca­lau­réat, les exa­mens et la for­ma­tion conti­nue dé­cou­ragent cer­tains conseillers.

« Les exi­gences sont ri­gou­reuses [...] pour de nom­breux [ conseillers], ils ont juste fait le cé­gep ou un se­con­daire cinq. Je pense que pour beau­coup c’est cer­tai­ne­ment une bar­rière », ex­plique Jocelyne Houle-LeSarge, pré­si­dente- di­rec­trice gé­né­rale et se­cré­taire de l’Ins­ti­tut qué­bé­cois de pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière ( IQPF). Une fois ces exi­gences sa­tis- faites, le fu­tur pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier de­vra réus­sir l’exa­men et ré­pondre en­suite aux exi­gences re­quises en ma­tière de for­ma­tion conti­nue.

De­vant ce pro­ces­sus, un conseiller qui veut ac­cé­der ra­pi­de­ment au mar­ché du tra­vail et ac­qué­rir de l’ex­pé­rience pour­rait être ten­té de se tour­ner vers un autre di­plôme.

« Le jeune conseiller ou la jeune conseillère risque d’al­ler cher­cher son titre de conseiller en sé­cu­ri­té fi­nan­cière, par exemple, pour pou­voir com­men­cer tout de suite à of­frir des pro­duits d’as­su­rance qui lui rap­por­te­ront une com­mis­sion et lui per­met­tront d’ob­te­nir une ré­mu­né­ra­tion plus ra­pi­de­ment », dit Gaé­tan Le­brun, pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier et conseiller en pla­ce­ment chez Va­leurs mo­bi­lières PEAK.

La ré­mu­né­ra­tion est un autre en­jeu au­quel les nou­veaux pla­ni­fi­ca­teurs fi­nan­ciers sont confron­tés.

« Un pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier qui sort de l’école, qui n’a pas de clients, qui com­mence dans ce mé­tier-là [...] au­ra de la dif­fi­cul­té à faire des pla­ni­fi­ca­tions sur ho- no­raires, parce qu’il a la connais­sance, mais il n’a pas l’ex­pé­rience ni l’ex­per­tise, ajoute-t-il. À moins d’en­trer dans une firme et de faire seule­ment de la pla­ni­fi­ca- tion fi­nan­cière à sa­laire ou sur ho­no­raires, il au­ra de la dif­fi­cul­té [ à en] vivre. »

OU­VER­TURE

Afin de ré­pondre en par­tie à ce pro­blème, l’IQPF a bo­ni­fié son pro­gramme d’équi­va­lence de for­ma­tion aca­dé­mique en fé­vrier 2012 pour ac­cueillir des pro­fes­sion­nels ac­tifs dans le do­maine de la fi­nance.

« Dans un contexte mar­qué par de nom­breux dé­parts à la re­traite, une pé­nu­rie de maind’oeuvre en pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière et la né­ces­si­té de te­nir compte de la conci­lia­tion tra­vail- vie per­son­nelle, il était de notre de­voir d’ac­croître la flexi­bi­li­té de notre Pro­gramme exé­cu­tif pour pro­fes­sion­nels », af­fir­mait à l’époque Jocelyne Houle-LeSarge.

Ain­si, des avo­cats, des no­taires et des pro­fes­sion­nels ayant sui­vi une for­ma­tion uni­ver­si­taire en ad­mi­nis­tra­tion – et pos­sé­dant plus de deux ans d’ex­pé­rience – ont pu ac­cé­der au titre de pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier par l’in­ter­mé­diaire de ce pro­gramme.

Une ou­ver­ture qui a per­mis à des conseillers de pra­ti­quer la mé­thode en sept champs de l’IQPF.

« Je ve­nais d’un mi­lieu où les gens avaient beau­coup de connais­sance [...] je n’édu­quais per­sonne, je n’amé­lio­re­rais pas leur vie per­son­nelle ni leur confort fi­nan­cier », ex­plique Boyan Iva­nov, pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier à la Banque de Mon­tréal ( BMO).

Ce­lui- ci dé­te­nait le titre de conseiller en pla­ce­ment de­puis près de huit ans lors­qu’il s’est in­té­res­sé au pro­gramme de l’IQPF. Mo­ti­vé par le cô­té hu­main de la pro­fes­sion, il a sou­hai­té élar­gir sa pra­tique au-de­là des placements.

SÉ­MAN­TIQUE ET COM­PRÉ­HEN­SION

Les ar­ticles 56 et 57 de la Loi sur la dis­tri­bu­tion de pro­duits et ser

vices fi­nan­ciers sti­pulent que « nul ne peut uti­li­ser le titre de pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier ni se pré­sen­ter comme of­frant des ser­vices de pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière à moins d’être ti­tu­laire d’un cer­ti­fi­cat dé­li­vré à cette fin par l’Au

to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers ». Mal­gré tout, plu­sieurs conseillers sou­tiennent qu’ils font de la pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière pour leurs clients, et ce, sans avoir le titre qui se rap­porte à la pro­fes­sion.

« Nous sa­vons que ça se fait, que ça existe, je suis très mal­heu­reuse de cette si­tua­tion-là, parce que la for­ma­tion pour de­ve­nir pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier, c’est très sé­rieux, très ri­gou­reux, et dire qu’on fait [ des pla­ni­fi­ca­tions fi­nan­cières], sans avoir la for­ma­tion, c’est ex­trê­me­ment dan­ge­reux pour le grand pu­blic », sou­ligne Jocelyne Houle-LeSarge.

Une confu­sion sé­man­tique dans l’ex­pres­sion « pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière » pour­rait ex­pli­quer cette si­tua­tion. Sur son site In­ter­net, l’IQPF dé­fi­nit la pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière comme « un pro­ces­sus qui consiste à op­ti­mi­ser votre si­tua­tion fi­nan­cière et votre pa­tri­moine. La pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière in­tègre les connais­sances des sept do­maines sui­vants : as­pects lé­gaux, as­su­rance et ges­tion des risques, fi­nances, fis­ca­li­té, pla­ce­ment, re­traite et suc­ces­sion. »

La pré­si­dente- di­rec­trice gé­né­rale de l’IQPF croit que de l’édu­ca­tion au­près de la po­pu­la­tion et des conseillers vi­sant à mieux faire connaître la pro­fes­sion est re­quise.

« Il ar­rive sou­vent que les gens me disent qu’ils ont vu leur conseiller, que leur pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière est faite parce qu’ils ont pla­cé 2 000 $ dans leur REER cette an­née [...]. Ce n’est cer­tai­ne­ment pas de la pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière. »

Plu­sieurs conseillers sou­tiennent qu’ils font de la pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière pour leurs clients, et ce, sans avoir le titre qui se rap­porte à la pro­fes­sion.

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