TENDANCES Les fonds in­di­ciels ci­blés.

L’ap­proche consiste à bâ­tir un por­te­feuille ne com­pre­nant que les meilleurs titres re­pré­sen­tant un fac­teur. At­ten­tion : vo­la­ti­li­té éle­vée !

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR YAN BARCELO

après l’« in­di­ciel pas­sif », qui do­mine en­core les mar­chés, et le « be­ta ju­di­cieux », en pleine crois­sance, une troi­sième ap­proche est ap­pe­lée à dé­fer­ler dans le monde des fonds d’in­ves­tis­se­ment : l’« in­di­ciel ci­blé » ( tar­ge­ted in­dex funds).

C’est ce que pré­voit John Re­ken­tha­ler, vice-pré­sident, re­cherche, chez Mor­ning­star, à Chi­ca­go.

Cette ap­proche pro­pose en pre­mier lieu de rem­plir un por­te­feuille de titres choi­sis en fonc­tion d’un seul fac­teur (va­leur, pe­tite ca­pi­ta­li­sa­tion, mo­men­tum, fon­da­men­tal, etc.), puis de le concen­trer en le li­mi­tant à 30, 40 ou 50 titres.

Puis, comme dans tout bon fonds né­go­cié en Bourse ( FNB), on « au­to­ma­tise » la cons­ti­tu­tion et la ges­tion du por­te­feuille en fonc­tion de cer­taines règles pré­éta­blies ( re­pro­duc­tion d’un in- dice, no­tam­ment), de fa­çon à abais­ser le plus pos­sible les frais de ges­tion.

QUE LA CRÈME

« Vous pour­riez ap­pe­ler notre ap­proche “su­per-be­ta” », dit Wes­ley Gray, chef de la di­rec­tion d’Al­pha Ar­chi­tect, à Phi­la­del­phie, une firme fon­dée en 2010 qui gère des fonds in­di­ciels ci­blés.

« Chez la ma­jo­ri­té des pra­ti­ciens du be­ta ju­di­cieux, seule­ment une frac­tion de leur por­te­feuille est vrai­ment ac­tive, la frac­tion “ju­di­cieuse”, pour­suit-il. Nous, nous concen­trons nos por­te­feuilles uni­que­ment sur cette part “ju­di­cieuse”. Ce­la si­gni­fie que dans l’uni­vers de 500 ou 700 titres qui cor­res­pondent à un fac­teur, par exemple, nous ne re­te­nons que les 50 su­pé­rieurs. »

Dans de tels por­te­feuilles, la part ac­tive est sur­vol­tée. « Tous les titres sont cou­pables jus­qu’à preuve du contraire » , illustre le ges­tion­naire de por­te­feui l le Pa­trick O’Shaugh­nes­sy, de O’Shaugh­nes­sy As­set Ma­na­ge­ment.

C’est- à- dire que, contrai­re­ment aux fonds in­di­ciels et FNB cou­rants, le ges­tion­naire ne re­pro­duit pas au dé­part l’en­semble d’un in­dice. Il part de zéro et com­pose son por­te­feuille en ajou­tant les meilleurs titres qui re­pré­sentent un fac­teur.

Le nom « in­di­ciel ci­blé » est d’ailleurs in­ap­pro­prié ; le temps éta­bli­ra sans doute un nom dé­fi- ni­tif pour le sec­teur. Si on se fie au mo­dèle des fonds d’Al­pha Ar­chi­tect, ces por­te­feuilles ne re­pro­duisent au­cun in­dice.

C’est dire que « nous ne trou­vons pas dans les mar­chés un in­dice sa­tis­fai­sant au­quel nous pou­vons nous com­pa­rer », pré­cise Wes­ley Gray.

TROP TÔT POUR LES ÉVA­LUER

Il est tôt pour éva­luer la per­for­mance des fonds mi­sant sur l’ap­proche in­di­ciel ci­blé, car il y en a en­core peu.

Un por­te­feuille de Pa­trick O’Shaugh­nes­sy a sur­pas­sé le S& P 500 an­nuel­le­ment en moyenne de 6,7 points de pour­cen­tage. Mais il s’agit d’un por­te­feuille hy­po­thé­tique, tes­té à re­bours, concen­tré dans les 50 titres les moins chers et s’éta­lant sur la pé­riode de 1964 à 2015.

Les por­te­feuilles d’Al­pha Ar­chi­tect af­fichent jus­qu’ici des ré­sul­tats mi­ti­gés, re­con­naît Wes­ley Gray. « Au dé­but ( après le lan­ce­ment en oc­tobre 2014), nous ob­te­nions un ren­de­ment de 15-20 % au- des­sus du mar­ché, dit-il. Mais nous avons heur­té un mur. » Le fonds QVAL a som­bré de 19,3 % de juin 2015 à juin 2016.

La vo­la­ti­li­té est un des prin­ci­paux han­di­caps d’un fonds in­di­ciel ci­blé, en rai­son du faible nombre de titres, re­con­naît Wes­ley Gray. « Les fonds re­bon­dissent de tous bords tous cô­tés, dit-il. C’est pour­quoi nous de­vons bien in­for­mer nos clients. Écou­tez, un fonds fac­to­riel ne peut pas battre les mar­chés tout le temps ! »

John Re­ken­tha­ler rap­pelle l’époque des fonds de va­leur concen­trés, dans les an­nées 1990, et constate que leur per­for­mance n’a guère été im­pres­sion­nante. Cer­tains fonds concen­trés, une di­zaine, ont brillé, mais la plu­part ont été as­sez dé­ce­vants.

Il faut dire que ces fonds concen­trés, à la dif­fé­rence de la nou­velle gé­né­ra­tion du « su­per be­ta », n’af­fi­chaient pas une cou­leur fac­to­rielle et n’étaient pas gé­rés se­lon des règles ap­pli­quées à la lettre. Une ges­tion « au­to­ma­ti­sée » de­vrait pré­ve­nir ce genre d’er­reurs.

En tant que groupe, les fonds in­di­ciels ci­blés ne s’avé­re­ront pro­ba­ble­ment pas su­pé­rieurs aux va­rié­tés de fonds in­di­ciels, juge John Re­ken­tha­ler, tout comme dans l’en­semble, les fonds fac­to­riels ne sont pas su­pé­rieurs aux fonds in­di­ciels pas­sifs qu’ils tentent de rem­pla­cer. Tou­te­fois, « le temps des fonds ci­blés est cer­tai­ne­ment ar­ri­vé », conclut-il.

Les fonds re­bon­dissent de tous bords tous cô­tés. — Wes­ley Gray

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