BLOCKCHAIN La ré­vo­lu­tion.

Les blo­ck­chains sont ap­pe­lés à ré­vo­lu­tion­ner l’in­dus­trie fi­nan­cière en of­frant des sys­tèmes de tran­sac­tion hau­te­ment sé­cu­ri­taires.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR YAN BARCELO CoinDesk blockchain. FI

nous avons beau­coup en­ten­du par­ler de la mon­naie cryp­to­gra­phique bit­coin, mais moins de l’ar­chi­tec­ture sous­ja­cente : le blockchain, ou re­gistre des tran­sac­tions nu­mé­riques. Pour­tant, le po­ten­tiel de cette ar­chi­tec­ture tech­no­lo­gique ul­tra sé­cu­ri­taire dé­passe lar­ge­ment ce­lui du bit­coin.

En ef­fet, elle pré­sente « une oc­ca­sion unique pour le sec­teur des ser­vices fi­nan­ciers, comme on n’en voit qu’une fois par gé­né­ra­tion », in­dique Pri­ce­wa­te­rhou­seCoo­pers ( PWC) dans une étude pu­bliée en mars der­nier ( http://ti­nyurl.com/gmm4­vak).

Son po­ten­tiel est si im­por­tant qu’on pour­rait as­sis­ter à la mise en place de mil­liards d’ap­pli­ca­tions, sur­tout quand on tient compte des in­ter­ac­tions pos­sibles avec l’In­ter­net des ob­jets, af­firme-t- on dans un ar­ticle de pu­blié en fé­vrier ( http://ti­nyurl.com/zev­shls).

SÉ­CU­RI­TÉ GA­RAN­TIE

Le pre­mier re­gistre des tran­sac­tions nu­mé­riques est ap­pa­ru en 2008 avec le bit­coin. À la base, le blockchain est un « jour­nal pu­blic qui contient toutes les tran­sac­tions en­re­gis­trées par les uti­li­sa­teurs d’un ré­seau de mon­naie cryp­to­gra­phique », se­lon la dé­fi­ni­tion de l’Of­fice qué­bé­cois de la langue fran­çaise.

Ce re­gistre trans­pa­rent et sé­cu­ri­sé est ré­par­ti en mode pos­teà-poste ( peer- to- peer) entre de mul­tiples or­di­na­teurs. Ain­si, il peut être per­çu comme « une ma­chine à gé­né­rer de la confiance » , sou­ligne un ar­ticle ré­cent de The Eco­no­mist ( http:// ti­nyurl.com/q4x­cu4t).

Dans un ré­seau comme ce­lui du bit­coin, chaque tran­sac­tion est vé­ri­fiée, trai­tée et re­grou­pée dans des blocs qui, re­liés en­suite entre eux, forment une chaîne, d’où le nom en an­glais de blockchain.

Cette base de don­nées contient donc l’his­to­rique de tous les échanges ef­fec­tués entre ses uti­li­sa­teurs de­puis sa créa­tion. « Cette base de don­nées est sé­cu­ri­sée et ré­par­tie : elle est par­ta­gée par ses dif­fé­rents uti­li­sa­teurs, sans in­ter­mé­diaire, ce qui per­met à cha­cun de vé­ri­fier la va­li­di­té de la chaîne », ex­plique le site de Blockchain France.

La sé­cu­ri­té des in­for­ma­tions y est ga­ran­tie par un mo­dèle de cryp­tage ex­trê­me­ment mus­clé et, sur­tout, par la struc­ture écla­tée qui ré­par­tit et dé­com­pose les in­for­ma­tions entre plu­sieurs ser- veurs. Ain­si, le sys­tème de cryp­tage fait en sorte que toute mo­di­fi­ca­tion à un bloc le rend in­com­pa­tible avec les autres et est donc im­mé­dia­te­ment re­pé­rée.

« Pour que l’in­for­ma­tion soit com­pro­mise, il fau­drait qu’un as­saillant contrôle au moins 50% de tous les or­di­na­teurs et ser­veurs du ré­seau », dit en en­tre­vue à Fi­nance et In­ves­tis­se­ment Theo Stra­to­pou­los, pro­fes­seur agré­gé en in­for­ma­tique à la School of Ac­coun­ting and Fi­nance de l’Uni­ver­si­té de Wa­ter­loo. Ce n’est pas im­pos­sible à réa­li­ser, mais très dif­fi­cile.

L’ IN­DUS­TRIE HÉ­SITE

Guère ré­vo­lu­tion­naire et so­phis­ti­qué en ap­pa­rence, la tech­no­lo­gie des re­gistres des tran­sac­tions nu­mé­riques pour­rait trans­for­mer les modes de co­opé­ra­tion entre en­tre­prises et per­sonnes – comme ce fut le cas pour la comp­ta­bi­li­té à double en­trée et les so­cié­tés de ca­pi­taux.

Comme le note The Eco­no­mist, tous les ac­teurs oeu­vrant dans des do­maines re­po­sant sur la confiance sont vi­sés, no­tam­ment les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières et les chambres de com­pen­sa­tion.

Se­lon PWC, l’in­dus­trie des ser­vices fi­nan­ciers tra­di­tion­nelle risque de perdre plus de 20 % de ses ac­ti­vi­tés en rai­son du dé­ve­lop­pe­ment des tech­no­lo­gies fi­nan­cières d’ici 2020. Pour­tant, 57 % des ac­teurs ignorent comment ils se po­si­tion­ne­ront par rap­port à la tech­no­lo­gie des re­gistres des tran­sac­tions.

BEAU­COUP D’IN­TÉ­RÊT

Outre le ré­seau bit­coin, il y a en­core peu de pro­jets de type

blockchain opé­ra­tion­nels. Le plus im­por­tant, pi­lo­té par le consor­tium R3CEV, est de na­ture ex­pé­ri­men­tale. Ce pro­jet, au­quel par­ti­cipent plus de 40 grandes banques du monde, tente de dé­mon­trer la fai­sa­bi­li­té d’un pro­jet de re­gistre par­ta­gé entre plu­sieurs ins­ti­tu­tions fi­nan­cières.

Ce­pen­dant, l’in­té­rêt sus­ci­té par la tech­no­lo­gie est consi­dé­rable. Les firmes de ca­pi­tal de risque ont in­ves­ti au cours des trois der­nières an­nées près de 1 G$ US dans di­vers pro­jets et en­tre­prises en dé­mar­rage dans le do­maine des cryp­to­mon­naies et des re­gistres des tran­sac­tions. C’est ce qu’in­dique une étude du bu­reau d’avo­cats bri­tan­nique White & Case, qui se base sur un rap­port de Gold­man Sachs ( http://ti­nyurl.com/h83sosh).

Gold­man Sachs a elle- même dé­po­sé un bre­vet sur un sys­tème de rè­gle­ment des tran­sac­tions qui re­cour­rait à sa propre cryp­to­mon­naie, ap­pe­lée SETL­coin. La banque d’af­faires est éga­le­ment membre du consor­tium R3 CEV.

Par­mi les pro­jets qui ont bé­né­fi­cié des lar­gesses des ca­pi­tal­ris­queurs, on compte ce­lui de la mont­réa­laise Blocks­tream, qui a ré­col­té 76M$ en deux rondes de fi­nan­ce­ment. Cette en­tre­prise, comme d’autres jeunes ac­teurs en tech­no­lo­gies fi­nan­cières, est très am­bi­tieuse : « Nous vou­lons rem­pla­cer le sys­tème fi­nan­cier in­ter­na­tio­nal, qui est ba­sé sur des tech­no­lo­gies qui n’ont pas évo­lué de­puis 20 ans », a af­fir­mé le pré­sident de Blocks­tream, Aus­tin Hill, au jour­nal Les Af­faires, en fé­vrier der­nier.

Blocks­tream, avec son Ele­ments Pro­ject, veut être au monde des blo­ck­chains ce que Red Hat a été à ce­lui du sys­tème d’ex­ploi­ta­tion Li­nux : elle compte mettre au point une boîte d’ou­tils pour ses clients afin d’ac­cé­lé­rer le dé­ve­lop­pe­ment d’ap­pli­ca­tions de type

NOM­BREUSES AP­PLI­CA­TIONS

Les ap­pli­ca­tions po­ten­tielles sont in­nom­brables. Tou­te­fois, on pré­voit que contrai­re­ment au ré­seau bit­coin qui est de na­ture pu­blique, la ma­jo­ri­té des pro­jets se­ront de na­ture pri­vée, sou­ligne le pro­fes­seur Theo Stra­to­pou­los.

Puisque le sec­teur fi­nan­cier en se­ra le pre­mier et prin­ci­pal uti­li­sa­teur, on peut s’at­tendre à ce que plu­sieurs pro­jets touchent le monde du cour­tage et du conseil fi­nan­cier.

Par exemple, la tech­no­lo­gie des re­gistres des tran­sac­tions contri­bue­ra à mettre en place des sys­tèmes de rè­gle­ment plus ra­pides et moins coû­teux, tout en ré­dui­sant les risques de fraude, avance l’étude de White & Case.

On y donne l’exemple du ré­seau pri­vé Linq, de Nasdaq. Il per­met aux en­tre­prises pri­vées qui ne sont pas en­core as­su­jet­ties aux exi­gences d’ar­chi­vage d’une émis­sion pu­blique d’en­re­gis­trer tous les chan­ge­ments de pro­prié­té d’ac­tions émises aux fon­da­teurs, aux pre­miers in­ves­tis­seurs et aux em­ployés.

Par ailleurs, la Se­cu­ri­ties and Ex­change Com­mis­sion des États-Unis a ré­cem­ment don­né son aval au pro­jet d’Over­stock. com d’émettre des ac­tions de so­cié­tés et d’en te­nir le re­gistre grâce à un ré­seau blockchain.

Tout laisse croire que les tech­no­lo­gies des re­gistres des tran­sac­tions dé­fer­le­ront, bien qu’il soit trop tôt pour en être cer­tain, af­firme Theo Stra­to­pou­los, qui s’in­té­resse par­ti­cu­liè­re­ment à la ques­tion de l’adop­tion du block

chain. « Nous sommes en­core à l’étape ex­pé­ri­men­tale, et rien ne nous per­met de croire que nous sommes pas­sés à l’étape de dé­ploie­ment », dit-il.

Se­lon l’uni­ver­si­taire, nous pour­rions très bien nous re­trou­ver avec un fa­tras de ré­seaux in­com­pa­tibles, comme le sys­tème ban­caire amé­ri­cain s’est re­trou­vé avec un fa­tras de mon­naies dis­pa­rates au 19e siècle. La suite s’an­nonce pas­sion­nante…

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