TECH­NO ET AS­SU­RANCE Cy­ber­pi­rates.

Dans 80 % des cas, les cy­ber­pi­rates se­raient main­te­nant re­liés au crime or­ga­ni­sé.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR YAN BARCELO FI

les nou­velles tech­no­lo­gies ex­posent les as­su­reurs à des risques im­por­tants, non seule­ment en ma­tière de sé­cu­ri­té, mais aus­si parce qu’elles en­gendrent des ou­tils qui me­nacent les mo­dèles et les fa­çons de faire tra­di­tion­nels.

Au cha­pitre de la sé­cu­ri­té, au pre­mier plan pèse « le risque de ré­pu­ta­tion à la suite de la perte de ren­sei­gne­ments per­son­nels ou de vols de don­nées », in­dique l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers ( AMF) dans un cour­riel en­voyé à Fi­nance et In­ves­tis­se­ment pour la pré­pa­ra­tion de cet ar­ticle.

Ou­bliez la fi­gure « ro­man­tique » du cy­ber­pi­rate so­li­taire de 17 ans qui, tel un Ro­bin des bois, s’en prend aux mul­ti­na­tio­nales. De nos jours, les cy­ber­pi­rates ont en moyenne 35 ans, et dans 80 % des cas, ils se­raient liés au mi­lieu du crime or­ga­ni­sé, nous ap­prend un ar­ticle de CSOon­line. Très or­ga­ni­sé, même : le mi­lieu em­prunte ses mo­dèles aux mul­ti­na­tio­nales avec leurs hié­rar­chies.

Un nou­veau type d’at­taque vise les di­ri­geants des en­tre­prises. Les cri­mi­nels re­cueillent des don­nées sur ces di­ri­geants grâce aux ré­seaux so­ciaux et se servent de ces in­for­ma­tions pour in­ci­ter leurs cibles à ef­fec­tuer des trans­ferts de mil­lions de dol­lars.

Par exemple, les frau­deurs se font pas­ser pour le chef de la di­rec­tion, tan­dis que ce­lui- ci as­siste à une confé­rence à l’étranger, pour or­don­ner à ses su­bor­don­nés des trans­ferts de sommes im­por­tantes.

« La fraude vi­sant les PDG est de­ve­nue une pré­oc­cu­pa­tion ma­jeure pour bon nombre de nos clients », a dit à CSOon­line Da­vid Fer­brache, di­rec­teur tech­nique de la cy­ber­sé­cu­ri­té chez KPMG au Royaume-Uni.

Ce ne sont donc plus seule­ment des at­taques vi­sant les don­nées sur les clients qui peuvent ter­nir la ré­pu­ta­tion d’une en­tre­prise ; cer­taines peuvent com­pro­mettre le PDG et cau­ser ain­si de sé­rieux dom­mages.

Par ailleurs, le dé­ploie­ment d’une at­taque est qua­si ins­tan­ta­né. Quelques se­condes suf­fisent à une ar­mée de cy­ber­cri­mi­nels pour re­pro­duire à l’échelle mon­diale, sur plu­sieurs so­cié­tés fi­nan­cières, une at­taque réus­sie à l’en­droit d’une or­ga­ni­sa­tion.

DES OU­TILS QUI CHANGENT LA DONNE

Au- de­là du risque lié à la sé­cu­ri­té, de nom­breuses tech­no­lo­gies sont sus­cep­tibles d’ébran­ler les mo­dèles d’en­tre­prise des as­su­reurs, sou­ligne l’AMF.

Pen­sons à la té­lé­ma­tique, no­tam­ment par la voie de vê­te­ments « in­tel­li­gents », qui font une lec­ture en temps réel des signes vi­taux d’une per­sonne, ou d’ap­pli­ca­tions qui suivent le com­por­te­ment rou­tier d’un client.

De nom­breux ap­pa­reils four­ni­ront en temps réel de l’in­for­ma­tion grâce à l’In­ter­net des ob­jets, que ce soit la ma­chine à ca­fé, le té­lé­vi­seur ou l’ap­pa­reil d’exer­cice, sou­ligne un rap­port ré­cent de Pri­ce­wa­te­rhou­seCoo­pers in­ti­tu­lé « Fi­nan­cial Ser­vices Tech­no- lo­gy 2020 and Beyond » ( http:// pwc.to/29Y4m6f).

Qu’il s’agisse de l’as­su­rance de per­sonnes ou de l’as­su­rance de dom­mages, on a af­faire à de nou­veaux mo­dèles où les primes des clients sont ajus­tées presque en temps réel, à la hausse ou à la baisse, se­lon les ha­bi­tudes de vie et le com­por­te­ment du client.

Par ailleurs, « les vé­hi­cules au­to­nomes consti­tuent une me­nace pour l’in­dus­trie » , note l’AMF, de même que les ou­tils de ta­ri­fi­ca­tion, de sous­crip­tion et de vente en ligne « qui fa­vo­risent la crois­sance des as­su­reurs di­rects au dé­tri­ment des as­su­reurs à cour­tage ».

L’avè­ne­ment des vé­hi­cules au­to­nom es pour­rait ame­ner les géants tech­no­lo­giques à « créer leurs propres com­pa­gnies d’as­su­rance ».

Les tech­no­lo­gies fi­nan­cières, ou fin­techs, pré­sentent aus­si des risques pour les consom­ma­teurs. Par exemple, l’AMF sou­ligne l’émer­gence des pla­te­formes de par­tage de risque entre par­ti­cu­liers qui « per­mettent la mise en com­mun des risques des par­ti­ci­pants sans avoir re­cours à un as­su­reur. Elles pro­posent de par­ta­ger cer­tains risques liés par exemple à la san­té, aux voyages, aux vé­hi­cules au­to­mo­biles et à la perte d’em­ploi ».

« À cet ef­fet, l’Au­to­ri­té a émis une mise en garde pour conscien­ti­ser les consom­ma­teurs aux risques que ces pla­te­formes re­pré­sentent du fait qu’il n’y a pas d’as­su­rances pour en sup­por­ter le risque », ajoute l’or­ga­nisme de sur­veillance.

DES AVAN­CÉES IM­POR­TANTES

La plu­part des fin­techs n’ont pas en­core en­va­hi le mar­ché de l’as­su­rance, de telle sorte que « je ne crois pas que l’in­dus­trie soit en­core ébran­lée » af­firme Lyne Du­haime, pré­si­dente pour le Qué­bec de l’As­so­cia­tion des com­pa­gnies d’as­su­rances de per­sonnes.

Tou­te­fois, dans le do­maine de l’as­su­rance de dom­mages, on as­siste à des avan­cées im­por­tantes, comme la ver­sion mo­bile du pro­gra mme vo­lon­taire Ajus­to de Des­jar­dins As­su­rances, of­ferte de­puis mars 2015.

Il s’agit d’un sys­tème de lec­ture qui tient compte en temps réel de la conduite d’un au­to­mo­bi­liste : ac­cé­lé­ra­tion, frei­nage, vi­rage, res­pect de li­mite de vi­tesse. L’avan­tage net pour un client qui conduit pru­dem­ment est de pou­voir bé­né­fi­cier de ré­duc­tions de prime pou­vant al­ler jus­qu’à 25 %.

L’ap­pli­ca­tion Ajus­to pour ap­pa­reil mo­bile, dé­ve­lop­pée en par­te­na­riat avec Cam­bridge Mo­bile Te­le­ma­tique, ne né­ces­site plus l’ins­tal­la­tion d’un dis­po­si­tif dans l’au­to. L’ap­pli­ca­tion in­tègre des tech­no­lo­gies d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle qui ex­ploitent le sys­tème GPS et l’ac­cé­lé­ro­mètre des ap­pa­reils mo­biles. On peut ain­si sa­voir si le client est dans un au­to­bus plu­tôt que dans son au­to.

La ré­ponse des consom­ma­teurs au pro­duit de Des­jar­dins an­nonce les chan­ge­ments à ve­nir. « Nos ob­jec­tifs de lan­ce­ment ont été dé­pas­sés », af­firme Alex Veilleux, vice- pré­sident, Ajus­to et In­no­va­tion, chez Des­jar­dins As­su­rances, qui pré­fère ne pas dé­voi­ler des ré­sul­tats confi­den­tiels.

« Dans la pre­mière se­maine qui a sui­vi le lan­ce­ment, notre ap­pli­ca­tion se clas­sait dans le top 10 des té­lé­char­ge­ments du App Store d’Apple », dit-il.

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