Femmes et ser­vices fi­nan­ciers : les avan­tages

Les conseillères en ser­vices fi­nan­ciers ont plu­sieurs as dans leur manche.

Finance et Investissement - - NOUVELLES - PAR BENOÎTE LA­BROSSE Fi­nance et In­ves­tis­se­ment prise Ad­vi­sor) Fa­mi­ly En­ter-

se­lon les plus ré­centes don­nées, 49,8 % des membres de la Chambre de la sé­cu­ri­té fi­nan­cière ( CSF) sont des femmes, tout comme 41,8 % des af­fi­liés de l’Ins­ti­tut qué­bé­cois de la pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière ( IQPF).

Dans le cadre d’une sé­rie d’ar­ticles, a échan­gé avec des conseillères ex­pé­ri­men­tées afin de sa­voir si le fait d’être une femme dans l’in­dus­trie était un avan­tage ou un désa­van­tage pour elles.

DIS­CUS­SIONS EN PRO­FON­DEUR

« Il y a en­core moins de femmes que d’hommes dans le mi­lieu fi­nan­cier, parce qu’elles pensent que c’est un mi­lieu de chiffres et de ma­thé­ma­tiques, alors que c’est beau­coup plus un mi­lieu de re­la­tions hu­maines », re­marque Guy­laine Du­fresne, di­rec­trice prin­ci­pale In­ves­tisse- ment et Pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière chez Banque Lau­ren­tienne. « C’est un monde de re­la­tion de confiance, et nous, les femmes, avons cette fa­ci­li­té de créer des liens ain­si qu’une écoute peu­têtre plus grande que nos col­lègues mas­cu­lins. »

Mo­nette Ma­lews­ki, pro­prié­taire, pré­si­dente et di­rec­trice gé­né­rale du Groupe M Ba­cal, va en­core plus loin en af­fir­mant qu’en as­su­rance, « les femmes sont les meilleures pour l’in­dus­trie, parce qu’elles vont plus pro­fon­dé­ment dans leurs dis­cus­sions pour mieux comprendre la si­tua­tion » . Elle s’ex­plique : « Si quelque chose est ar­ri­vé hier, nous de­vons de­man­der : “Est- ce que tout est en ordre ?” Nous de­vons par­ler de leurs dos­siers mé­di­caux, de leurs fi­nances, de leur fa­mille, et même de leur amant ; ce sont des ques­tions dé­li­cates. »

Les pro­fes­sion­nelles es­timent d’ailleurs que les femmes sont na­tu­rel­le­ment plus à l’aise dans le do­maine des ser­vices- conseils. « Je crois que les hommes voient la si­tua­tion de fa­çon un peu plus tech­nique, tan­dis que nous la voyons [ dans une pers­pec­tive] plus large », sou­ligne An­nie Du­chesne, pré­si­dente de Pla­ni­fia, conseillère en sé­cu­ri­té fi­nan­cière et en rente col­lec­tive, et re­pré­sen­tante de cour­tier en épargne col­lec­tive et sur le mar­ché dis­pen­sé.

« Quand le client vient nous voir, c’est pour ses fi­nances, oui, mais ça peut être aus­si pour une ré­or­ga­ni­sa­tion plus glo­bale. Il a be­soin que nous l’écou­tions ; à ce su­jet, je pense que nous avons un avan­tage », ren­ché­rit Maud Sa­lo­mon, conseillère en sé­cu­ri­té fi­nan­cière, re­pré­sen­tante au­to­nome et re­pré­sen­tante de cour­tier en épargne col­lec­tive rat­ta­chée à MICA Ca­pi­tal. « C’est sûr que les [ pro­fes­sion­nels] plus an­ciens prennent peut- être ça pour du com­mé­rage, mais l’écoute est un tra­vail ac­tif et une par­tie im­por­tante de mon ana­lyse », pré­cise-t-elle.

DEUX MONDES BIEN DIF­FÉ­RENTS

« Je crois que mon cô­té fé­mi­nin ap­porte un vo­let plus en­ve­lop­pant, plus mère de fa­mille, fait va­loir An­nie Du­chesne. Cet as­pect de ma pra­tique, plus proche des émo­tions et de l’em­pa­thie, at­tire cer­taines clien­tèles. » Les autres femmes, par exemple. « Si on veut al­ler cher­cher une clien­tèle fé­mi­nine, nous avons un avan­tage, parce que les femmes aiment bien par­ler aux autres femmes », croit Mo­nette Ma­lew- ski. Maud Sa­lo­mon es­time que « la dis­cus­sion est peut- être plus ou­verte, sin­cère et fluide ».

Si Guy­laine Du­fresne re­con­naît que cer­taines femmes sont plus à l’aise de­vant d’autres femmes, elle ne veut pas gé­né­ra­li­ser. « Ça dé­pend de l’at­ti­tude et de l’ex­pé­rience des gens, dit- elle. Si une dame a ren­con­tré un pro­fes­sion­nel qui s’est mon­tré condes­cen­dant, je com­prends qu’elle va être échau­dée et va vou­loir consul­ter une femme. » Elle constate qu’en gé­né­ral, ses clients de 45 ans et moins « ne font pas vrai­ment de dif­fé­rence » entre les pro­fes­sion­nels des deux sexes.

Sauf que la pla­ni­fi­ca­trice fi­nan­cière tra­vaille peut- être dans un mi­lieu d’ex­cep­tion : la con­ven­tion col­lec­tive des em­ployés syn­di­qués des suc­cur­sales de la Banque Lau­ren­tienne est écrite au fé­mi­nin ! « Ça m’a sau­té aux yeux quand je suis ar­ri­vée il y a 12 ans, se sou­vient Guy­laine Du­fresne. À un mo­ment, les femmes étaient plus pré­sentes que les hommes. Au­jourd’hui, pour les conseillers et les pla­ni­fi­ca­teurs, c’est presque 50-50. »

La si­tua­tion est bien dif­fé­rente du cô­té des pro­fes­sion­nelles in­dé­pen­dantes. « Nous ne sommes pas très nom­breuses, af­firme Maud Sa­lo­mon. Je ne sais pas si c’est une fa­ci­li­té ou une dif­fi­cul­té, mais ce se­rait agréable d’avoir plus de femmes dans le mi­lieu, car je trouve qu’il y a un dé­sir de tra­vailler en­semble et de s’ai­der. » D’ailleurs, elle s’in­ter­roge sur la ven­ti­la­tion des sta­tis­tiques qui ont ins­pi­ré cette sé­rie. Si la CSF a dé­cla­ré ne pas être en me­sure de faire cette distinction, « une ma­jo­ri­té des femmes af­fi­liées à l’IQPF sont em­ployées par des ins­ti­tu­tions fi­nan­cières ou par leurs fi­liales », se­lon la res­pon­sable des com­mu­ni­ca­tions, Liette Pitre.

L’écart tient peut- être un peu au fait que la pra­tique in­dé­pen­dante s’ap­pa­rente à l’en­tre­pre­neu­riat, un do­maine en­core très mas­cu­lin. Étant l’une des rares à être cer­ti­fiée FEA (

au Qué­bec, Mo­nette Ma­lews­ki est aux pre­mières loges pour consta­ter que « sou­vent, nous de­vons for­cer un peu les fon­da­teurs des en­tre­prises à pen­ser à leurs filles comme ils pensent à leurs gar­çons ».

« C’est ma fille qui me suc­cè­de­ra, et pour au moins huit ou neuf de mes col­lègues mas­cu­lins, c’est la même chose, conclut- elle. Ils sont ra­vis et pensent que leurs filles vont être in­croyables. »

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