Gare aux dis­tri­bu­tions de fin d’an­née.

Celles- ci im­posent un de­gré de vi­gi­lance éle­vé pour un conseiller.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR VINCENT CLICHE* *CIM, conseiller en pla­ce­ment, Fi­nan­cière Banque Na­tio­nale

au cours des der­niers mois de l’an­née, la ma­jo­ri­té des fonds com­muns de pla­ce­ment ef­fec­tuent des dis­tri­bu­tions at­tri­buant à leurs dé­ten­teurs les re­ve­nus et gains en ca­pi­tal ( nets des pertes ac­cu­mu­lées) réa­li­sés par le ges­tion­naire au cours des 12 mois pré­cé­dents. Lors­qu’un client dé­tient des parts de fonds dans des comptes non en­re­gis­trés, il est im­por­tant d’en te­nir compte.

Comme à bien d’autres égards, tous les fonds ne sont pas égaux en ce qui concerne leur pro­ba­bi­li­té de dis­tri­bu­tion de fin d’an­née.

DIF­FÉ­RENTS FONDS, DIF­FÉ­RENTES FINS D’AN­NÉE

D’abord, tous les fonds n’ef­fec­tuent pas leur dis­tri­bu­tion au même mo­ment. La plu­part pro­cèdent en dé­cembre, mais cer­tains autres en no­vembre, en jan­vier, en mars ou en avril. Plu­sieurs fonds consti­tués en so­cié­té n’ont pas leur fin d’an­née le 31 dé­cembre, il faut donc s’as­su­rer de connaître la date de dis­tri­bu­tion.

Les fonds struc­tu­rés en fi­du­cie ont éga­le­ment ten­dance à dis­tri­buer da­van­tage, compte te­nu du fait qu’ils ne col­ligent pas les ré­sul­tats de plu­sieurs fonds en un seul pour dé­ga­ger des ef­fi­ciences fis­cales. Ils peuvent aus­si dis­tri­buer des re­ve­nus d’in­té­rêt ou des re­ve­nus étran­gers, tels que des di­vi­dendes amé­ri­cains. Ce­la n’est pas le cas pour les fonds consti­tués en so­cié­tés, qui ne peuvent dis­tri­buer que des gains en ca­pi­tal et des di­vi­dendes dé­ter­mi­nés ca­na­diens.

VI­GI­LANCE ÉLE­VÉE

Les pro­mo­teurs de fonds com­muns de pla­ce­ment sont de plus en plus proac­tifs pour avi­ser les conseillers des dis­tri­bu­tions qui se­ront ef­fec­tuées. Il ne faut pas né­gli­ger de consul­ter les cour­riels en­voyés à cette fin, mais aus­si ( et sur­tout) agir en con­sé­quence se­lon la si­tua­tion du client. Certes, le ré­flexe de ne pas ache­ter de fonds en fin d’an­née de­vrait être na­tu­rel, sur­tout si on ne connaît pas les dis­tri­bu­tions po­ten­tielles. Mais il y a plus.

Pre­nons l’exemple hy­po­thé­tique d’un client qui a in­ves­ti dans un fonds obli­ga­taire di­ver­si­fié struc­tu­ré en so­cié­té en août 2015. La juste va­leur mar­chande ( JVM) du fonds a lé­gè­re­ment flé­chi entre août et jan­vier. La fin d’an­née fi­nan­cière du fonds étant en fé­vrier, la so­cié­té de fonds dis­tri­bue un gain en ca­pi­tal équi­valent à 4 % de la JVM en jan­vier.

Le client se voit donc at­tri­buer un re­ve­nu qu’il n’a pas ga­gné. Évi­dem­ment, la dis­tri­bu­tion se re­flé­te­ra dans le prix de base ra­jus­té ( PBR) de l’in­ves­tis­se­ment. On peut donc adop­ter di­verses at­ti­tudes à cet égard. D’abord, conve­nir avec le client de vendre le pla­ce­ment à la suite de la dis­tri­bu­tion pour créer une perte équi­va­lente à celle-ci, pour en­suite ra­che­ter le pro­duit un mois plus tard. On évite ain­si d’ef­fec­tuer une dis­po­si­tion fac­tice et on an­nule le gain ver­sé pour l’an­née en cours.

Il y a un risque que le pla­ce­ment fluc­tue à notre avan­tage (ou non) au cours de la pé­riode – on doit le consi­dé­rer dans notre prise de dé­ci­sion ini­tiale. On peut éga­le­ment dé­ci­der de payer l’im­pôt tout de suite et de ré­duire la fac­ture à la vente du por­te­feuille. Payer moins d’im­pôt plus tard peut par­fois s’avé­rer avan­ta­geux, par exemple si une pla­ni­fi­ca­tion pré­voit un re­ve­nu im­po­sable moins éle­vé dans l’ave­nir.

LE STYLE DE GES­TION EN CAUSE ?

Un autre as­pect à exa­mi­ner est le style de ges­tion du por­te­feuilliste. Une étude ré­cente me­née par James Gauthier, directeur de la re­cherche sur les fonds, chez Sco­tia Ges­tion de pa­tri­moine, per­met de croire que le taux de ro­ta­tion du por­te­feuille peut avoir une in­ci­dence sur les dis­tri­bu­tions de gain en ca­pi­tal.

Son hy­po­thèse est que le taux de ro­ta­tion est une me­sure re­la­ti­ve­ment stable dans le temps et que celle- ci est fonc­tion du style de ges­tion. Si un por­te­feuille a un ra­tio de gains en ca­pi­tal nets ( soit les gains en ca­pi­tal moins les pertes cu­mu­lées, di­vi­sé par l’ac­tif net du fonds) éle­vé et que le taux de ro­ta­tion du por­te­feuille l’est éga­le­ment, on peut pré­su­mer que le ges­tion­naire cris­tal­li­se­ra les gains dans une me­sure qui est fonc­tion du taux de ro­ta­tion.

D’autres pa­ra­mètres de­vraient cer­tai­ne­ment être consi­dé­rés par les in­ves­tis­seurs. Des fonds qui sont en en­trées nettes po­si­tives ra­chètent constam­ment de nou­veaux titres, ce qui ni­velle le PBR des titres dé­te­nus. Ce­la fe­ra di­mi­nuer le ra­tio de gains en ca­pi­tal nets.

De plus, cer­tains fonds de na­ture plus stra­té­gique au­ront ten­dance à se pro­té­ger en pré­vi­sion de re­plis, ce qui au­ra pour ef­fet d’aug­men­ter le taux de ro­ta­tion à des points tour­nants.

C’est éga­le­ment un fait connu que plu­sieurs ges­tion­naires pro­fitent de fins de tri­mestres po­si­tifs pour ré­équi­li­brer leur por­te­feuille et cris­tal­li­ser des gains ob­te­nus, sur­tout s’ils sont sur­di­men­sion­nés sur cer­tains titres liés à des ré­sul­tats ex­tra­or­di­naires ou à des ac­qui­si­tions. Si ce­la se pro­duit en fin d’an­née, des sur­prises peuvent se pré­sen­ter lorsque les es­ti­ma­tions de dis­tri­bu­tions de fin d’an­née sont en­voyées.

L’ana­lyse des don­nées à un mo­ment pré­cis dans le temps quant au ra­tio de gains en ca­pi­tal nets peut donc ne pas être to­ta­le­ment fiable. L’idée est de se don­ner des pistes pour dé­ter­mi­ner les fonds qui sont plus sus­cep­tibles de ver­ser des dis­tri­bu­tions et de connaître et di­vul­guer cette in­for­ma­tion aux clients, sur­tout ceux qui ont des en­jeux fis­caux im­por­tants.

LI­MITES À NE PAS FRAN­CHIR

Les fonds qui ont des pertes cu­mu­lées im­por­tantes peuvent créer des oc­ca­sions in­té­res­santes à deux égards. D’abord, ils per­mettent d’es­pé­rer ne pas re­ce­voir de dis­tri­bu­tions de gain en ca­pi­tal, ce qui a le po­ten­tiel de com­po­ser le ca­pi­tal à long terme sans de­voir dé­clen­cher d’évé­ne­ment fis­cal.

Éga­le­ment, cer­taines des ca­té­go­ries d’ac­tif qui ont su­bi des pertes im­por­tantes dans les der­nières an­nées ont un po­ten­tiel de re­bond. On pour­rait ain­si pro­fi­ter d’un re­bond de fa­çon fis­ca­le­ment avan­ta­geuse. On peut no­tam­ment pen­ser à des fonds au­ri­fères si le mé­tal jaune de­vait pour­suivre sa re­lance en­ta­mée en jan­vier.

Il y a ce­pen­dant un dan­ger à choi­sir des fonds prin­ci­pa­le­ment pour des mo­ti­va­tions fis­cales. Il faut s’as­su­rer de la saine ges­tion du fonds, de son com­por­te­ment po­ten­tiel et de son adé­qua­tion avec la to­lé­rance à la vo­la­ti­li­té des in­ves­tis­seurs po­ten­tiels.

Le ren­de­ment ajus­té au risque reste la pierre an­gu­laire de la ges­tion de por­te­feuille et du ren­de­ment après im­pôt. Compte te­nu du mar­ché haus­sier en­ta­mé en 2009, la vaste ma­jo­ri­té des fonds com­muns ca­na­diens n’ont plus de pertes cu­mu­lées.

Plu­sieurs ges­tion­naires de stra­té­gies pro­cu­rant de très bons ré­sul­tats ne sont pas for­cé­ment les plus at­trayants d’un point de vue fis­cal, parce qu’ils ne peuvent tout sim­ple­ment plus of­frir d’ef­fi­cience fis­cale. On peut pen­ser à di­vers fonds quan­ti­ta­tifs, comme cer­tains fonds de style mo­men

tum, par exemple.

Il y a un dan­ger à choi­sir des fonds pour des mo­ti­va­tions fis­cales.

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