La Chine a en­core du car­bu­rant.

L’em­pire du Mi­lieu reste le pre­mier mo­teur de la crois­sance mon­diale grâce à l’es­sor de son mar­ché de la consom­ma­tion.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR YAN BARCELO

bien que sa crois­sance éco­no­mique ait ra­len­ti, la Chine re­cèle en­core beau­coup d’oc­ca­sions d’in­ves­tis­se­ment, d’au­tant plus que le pays est en­ga­gé dans une im­por­tante mo­der­ni­sa­tion de son éco­no­mie.

« La Chine reste le prin­ci­pal ar­ti­san de la crois­sance du PIB mon­dial », af­fir­mait ré­cem­ment Ste­phen Roach, éco­no­miste en chef de Mor­gan Stan­ley ( http:// bit. ly/2d8VDBM).

Le Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal ( FMI) pré­voit que la crois­sance éco­no­mique chi­noise at­tein­dra 6,6 % en 2016. Ain­si, la contri­bu­tion chi­noise re­pré­sen­te­rait un tiers de la crois­sance mon­diale, soit 1,2 point de pour­cen­tage dans une per­for­mance mon­diale de 3,1 %, tou­jours se­lon le FMI. La contri­bu­tion des États-Unis se­rait quant à elle de 0,3 point de pour­cen­tage.

Sans l’ap­port chi­nois, l’éco­no­mie mon­diale af­fi­che­rait une crois­sance in­fé­rieure au taux de 2,5 % consi­dé­ré gé­né­ra­le­ment comme le seuil en de­çà du­quel nous en­trons en ré­ces­sion, sou­tient Ste­phen Roach.

« La contri­bu­tion de la Chine est d’au­tant plus im­por­tante que l’éco­no­mie mon­diale tourne au ra­len­ti et ne pour­ra pro­ba­ble­ment pas ré­sis­ter à une crise d’en­ver­gure sans plon­ger dans une nou­velle ré­ces­sion », sou­tient-il.

ÉCO­NO­MIE DI­VER­SI­FIÉE

C’est dire que la Chine reste une éco­no­mie dy­na­mique, où les oc­ca­sions d’in­ves­tis­se­ment abondent en­core.

« La Chine, c’est plu­sieurs éco­no­mies à l’in­té­rieur d’une seule. Dans les villes mo­dernes, on trouve une éco­no­mie nou­velle ani­mée par la consom­ma­tion, comme aux États-Unis. Par ailleurs, dans les ci­tés moins dé­ve­lop­pées, on trouve l’éco­no­mie tra­di­tion­nelle, ba­sée sur le sec­teur ma­nu­fac­tu­rier », ex­plique Al­fred Lee, vice-pré­sident, stra­tège en pla­ce­ment et ges­tion­naire de por­te­feuille chez BMO

Ges­tion d’ac­tifs, à To­ron­to, qui offre le fonds BMO Ca­té­go­rie Chine élar­gie.

Un seuil sym­bo­lique a été fran­chi l’an der­nier, rap­pelle Ch­ris­tine Tan, chef des in­ves­tis­se­ments et ges­tion­naire de por­te­feuille prin­ci­pale chez

Ex­cel Funds, à To­ron­to, ges­tion­naire du Fonds Chine Ex­cel. « Le sec­teur de la consom­ma­tion a pas­sé la barre de 50 % du PIB », si­gnale-t-elle.

Ce­pen­dant, les pro­messes de crois­sance de la Chine ne re­posent pas seule­ment sur l’es­sor d’une éco­no­mie de consom­ma­tion. Peu après son élec­tion, en mars 2013, le pré­sident Xi Jin­ping an­non­çait son plan Made in

Chi­na 2025. Il vise à faire pas­ser la Chine d’un sta­tut de pro­duc­teur bon mar­ché à ce­lui de puis­sance dans des sec­teurs de pointe comme l’aé­ro­spa­tiale, l’in­gé­nie­rie na­vale, les mi­cro­pro­ces­seurs ain­si que l’au­to­ma­ti­sa­tion et la ro­bo­tique.

Le pré­sident chi­nois a éga­le­ment mis en chan­tier la nou­velle « Route de la soie », un ré­seau fer­ro­viaire et au­to­rou­tier qui re­lie la Chine aux grandes vi l les de l’Inde et du Moyen- Or ient , sou­ligne Catherine Yeung, di­rec­trice des in­ves­tis­se­ments, chez Fi­de­li­ty In­ter­na­tio­nal, à Hong Kong.

En fé­vrier der­nier, le pre­mier train de la nou­velle route re­liait Shan­ghai à Té­hé­ran, re­tran­chant 30 jours à un tra­jet qui re­quiert 45 jours par ba­teau. Le mois pré­cé­dent, la Chine et l’Iran avaient si­gné une en­tente de co­opé­ra­tion vi­sant à ren­for­cer leurs échanges éco­no­miques pour les por­ter à une va­leur de 600 G$ US d’ici 10 ans ( http://bit. ly/2cFE8rI).

« Cette route de la soie pré­voit tra­ver­ser 160 pays, qui re­pré­sentent 40 % du PIB mon­dial, pour­suit Catherine Yeung. C’est une autre voie par la­quelle la Chine éten­dra sa por­tée éco­no­mique, et c’est une stra­té­gie dont l’im­plan­ta­tion s’étale sur 30 à 40 ans. Nom­mez- moi un autre gou­ver­ne­ment qui pla­ni­fie sur une telle du­rée. »

TENCENT ET ALI­BA­BA EN VE­DETTE

L’es­sor du mar­ché de la consom­ma­tion est di­rec­te­ment lié à l’en­ri­chis­se­ment du peuple chi­nois.

« En 2015, le PIB par ha­bi­tant a at­teint 7 900 $ US, de sorte que le tra­vailleur chi­nois ne se contente plus de pen­ser à sa pre­mière mai­son ou à sa pre­mière voi­ture, in­dique Ch­ris­tine Tan. Il est at­ti­ré par le voyage, ce qui fait dé­jà de la Chine le plus grand bas­sin de tou­ristes du monde, et il s’in­té­resse aux biens de luxe et aux ser­vices. Et la Chine est dé­jà le pre- mier mar­ché de voi­tures élec­triques du monde. »

Tout ce­la ali­mente les titres de consom­ma­tion qu’af­fec­tionnent les trois ges­tion­naires de por­te­feuille aux­quels Fi­nance et Inves

tis­se­ment a par­lé. Ceux- ci ont une pré­fé­rence pour les titres d’Ali­ba­ba – l’Ama­zon chi­nois – et de Tencent Hol

dings – un dé­ve­lop­peur de jeux qui s’est di­ver­si­fié dans le com­merce élec­tro­nique et en pu­bli­ci­té.

À la fin d’août, Tencent comp­tait pour 11,2 % du Fonds Chine Ex­cel sé­rie A, et Ali­ba­ba, 8,7 %. Tencent est d’ailleurs le titre pré­fé­ré de presque tous les fonds qui font par­tie de notre clas­se­ment (voir le ta­bleau).

Le Fonds Fi­de­li­ty Chine, qui af­fiche pour­tant un style de ges­tion « à contre- cou­rant/ va­leur », pos­sède les deux titres ve­dettes, « mais nous y sommes sous-pon­dé­rés », si­gnale Catherine Yeung. Par exemple, Tencent y était à hau­teur de 7,7 % en juin, alors que la plu­part des autres fonds y sont à hau­teur de 9,5 à 10 %.

Même si les titres liés à la consom­ma­tion comme Tencent,

Chi­na Mo­bile et Chi­na Life In­su­rance ont la pré­fé­rence au sein des por­te­feuilles, le sec­teur ma­nu­fac­tu­rier y trouve en­core place, mais il s’agit d’un ma­nu­fac­tu­rier « nou­veau ».

Ain­si, le fonds d’Ex­cel in­ves­tit dans Gee­ly Au­to ( 7,4 % du por­te­feuille du fonds), qui construit no­tam­ment des voi­tures élec­triques. Le titre a ga­gné plus de 70 % en 2015 à la Bourse de Hong Kong, et 77 % de jan­vier à la mi­sep­tembre 2016.

Le Fonds Fi­de­li­ty Chine, pour sa part, mise sur Gree Elec­tric (1,3 % du por­te­feuille), le pre­mier fa­bri­cant mon­dial d’ap­pa­reils de cli­ma­ti­sa­tion, « un titre re­la­ti­ve­ment obs­cur qui offre un ren­de­ment en di­vi­dende de 7 à 8 % et qui dis­pose d’une en­caisse abon­dante », pré­cise Catherine Yeung.

LES BANQUES, « PAS UN GROS RISQUE »

Par ailleurs, les trois por­te­feuilles misent beau­coup sur les titres fi­nan­ciers, no­tam­ment ceux des banques. Ce sec­teur compte pour en­vi­ron 30 % de l’ac­tif du fonds de BMO ( à la fin d’août), 28,5 % de ce­lui du fonds de Fi­de­li­ty ( au 31 juillet) et 15 % de ce­lui du Fonds Chine Ex­cel ( à la fin d’août).

Or, la fra­gi­li­té ac­tuelle des banques chi­noises n’est- elle pas une source d’in­quié­tude, se­lon ce que rap­portent des mé­dias fi- nan­ciers comme The Eco­no­mist ? ( http://econ.st/24yhvLB)

Tout n’est pas rose dans le mi­lieu ban­caire chi­nois, re­con­naissent nos in­ter­lo­cu­teurs. « Tou­te­fois, la pos­si­bi­li­té d’un choc a dé­jà été es­comp­tée par les mar­chés, juge Ch­ris­tine Tan. ICBC, la pre­mière banque chi­noise, s’échange à seule­ment 5,3 fois le bé­né­fice par ac­tion et pro­cure pour­tant un ren­de­ment de di­vi­dende de 5,7 %. À mon avis ce n’est pas un gros risque », dit-elle.

« Les Chi­nois épargnent en­core 30 % de leurs re­ve­nus, et le gou­ver­ne­ment a les moyens de pal­lier tout pro­blème qui pour­rait sur­gir. Je se­rais beau­coup plus in­quiète des banques en Eu­rope, où la po­pu­la­tion épargne très peu et où les gou­ver­ne­ments croulent sous les dettes », ajoute la por­te­feuilliste d’Ex­cel Funds.

Pour sa part, Catherine Yeung re­con­naît que les banques chi­noises de­vront se re­ca­pi­ta­li­ser au cours des deux pro­chaines an­nées. Entre- temps, elles consti­tuent un pla­ce­ment de type « va­leur » pro­mis à une crois­sance à moyen terme in­té­res­sante, juge-t-elle.

À L’ABRI DE L’HÉ­CA­TOMBE

Les mar­chés chi­nois ont ma­ni­fes­té une forte vo­la­ti­li­té de­puis 2014. Après trois an­nées de re­la­tive stag­na­tion, l’in­dice de Shan­ghai a grim­pé de plus de 125 % de juillet 2014 à juin 2015. Puis, il s’est écrou­lé, re­cu­lant de près de 40 % jus­qu’à la fin de jan­vier 2016. De­puis, il était re­mon­té de 9,2 % à la mi-sep­tembre.

Les trois fonds ci­tés dans cet ar­ticle ont pour­tant connu une an­née 2015 po­si­tive.

Le fonds Ex­cel, comme la plu­part des autres fonds ca­na­diens axés sur le mar­ché chi­nois, a échap­pé à l’hé­ca­tombe pour di­verses rai­sons, ex­plique Ch­ris­tine Tan. En outre, la de­vise ca­na­dienne leur a été fa­vo­rable, et ils ont sur­tout in­ves­ti dans des titres à grande ca­pi­ta­li­sa­tion, alors que la spé­cu­la­tion s’est exer­cée prin­ci­pa­le­ment dans les mi­cro ca­pi­ta­li­sa­tions.

La contri­bu­tion de la Chine est d’au­tant plus im­por­tante que l’éco­no­mie mon­diale tourne au ra­len­ti et ne pour­ra pro­ba­ble­ment pas ré­sis­ter à une crise d’en­ver­gure sans plon­ger dans une nou­velle ré­ces­sion. — Ste­phen Roach

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