Sor­tir des sen­tiers bat­tus

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR YVES GINGRAS

les pers­pec­tives s’an­noncent sombres pour les mar­chés fi­nan­ciers au cours des pro­chains mois. Les épar­gnants en quête de ren­de­ment au­raient donc in­té­rêt à exa­mi­ner des stra­té­gies et des types de pla­ce­ment non tra­di­tion­nels.

C’est du moins ce que pensent les ex­perts qui ont par­ti­ci­pé à un ate­lier du 4e Col­loque Re­traite, in­ves­tis­se­ment ins­ti­tu­tion­nel et fi­nances per­son­nelles, te­nu à

Qué­bec au dé­but de no­vembre.

Ces ex­perts en­tre­voient une hausse des taux d’in­té­rêt, ce qui de­vrait faire bais­ser la va­leur des obli­ga­tions.

Quant aux ac­tions, les opi­nions di­vergent. Cer­tains consi­dèrent que le mar­ché est dé­jà éva­lué à sa juste va­leur et qu’il pour­rait su­bir les contre­coups d’une hausse des taux. D’autres croient plu­tôt que le prin­ci­pal risque est de ra­ter les oc­ca­sions que gé­né­re­ra la crois­sance de la pro­duc­ti­vi­té.

« Sur cinq ans, les obli­ga­tions [ le mar­ché en gé­né­ral] rap­por­te­ront en­vi­ron 0 %, et les ac­tions [ amé­ri­caines], un ren­de­ment an­nua­li­sé de 6 à 7 % » , pré­dit

Fran­çois Bour­don, chef des so­lu­tions de pla­ce­ments chez Fie­ra Ca­pi­tal.

Le mar­ché pour­rait ré­ser­ver de belles sur­prises, juge pour sa part Vincent De­lisle, di­rec­teur prin­ci­pal, stra­té­gie de por­te­feuille, à la Banque Sco­tia.

« Les pro­fits des so­cié­tés amé­ri­caines ont re­com­men­cé à croître de­puis deux tri­mestres et ce­la de­vrait se pour­suivre à court terme », a-t-il in­di­qué.

Il es­time que « les in­ves­tis­seurs sont trop pes­si­mistes à l’égard des pro­fits. Ça se­ra la por­tion im­por­tante du ren­de­ment pen­dant les pro­chaines an­nées. On ar­rive à un ren­de­ment an­nua­li­sé de 7,9 % du S& P 500 pour les 10 pro­chaines an­nées, soit de 3 à 4 points de pour­cen­tage de moins que du­rant la pé­riode de 1950 à 2016. »

Se­lon lui, « i l fau­drait un scé­na­ri o très né­ga­tif pour am-

pu­ter da­van­tage ce ren­de­ment ».

« Le ren­de­ment de di­vi­dendes du S& P 500 est de 2,1 %, par rap­port à 3,4 % his­to­ri­que­ment. Nous, nous l’éta­blis­sons à 2,4 % d’ici 10 ans », a-t-il pré­ci­sé.

Le stra­tège de la Banque Sco­tia est tou­te­fois moins op­ti­miste à l’égard du mar­ché obli­ga­taire : « Les fed funds se re­trou­ve­ront à 3 % d’ici 2019. Ce­la donne un ren­de­ment an­nuel de 1,7 % sur 10 ans ».

Vincent De­lisle re­con­naît qu’« on peut par­ler de ren­de­ment dé­ce­vant sur 10 ans ».

Se­lon lui, ce contexte ap­pelle à re­voir la stra­té­gie du « ache­ter et conser­ver » afin de « ne pas man­quer de belles oc­ca­sions ».

« Si les taux d’in­té­rêt ne sont pas en notre fa­veur, il faut alors être tac­tique », a-t-il dit. Sur­pon­dé­rer le por­te­feuille en ac­tions est une des so­lu­tions pos­sibles.

« Dans notre mo­dèle, nous sommes à 75 % en ac­tions, alors que le ni­veau neutre se­rait de 60 %. Le gros du risque ré­side du cô­té des taux d’in­té­rêt, qui ont trop bais­sé cette an­née », a ex­pli­qué Vincent De­lisle.

Fran­çois Bour­don ac­quiesce en par­tie. « Les taux obli­ga­taires sont bas. Ça res­treint les oc­ca­sions de gains en ca­pi­tal. » De plus, les in­té­rêts ne com­pensent plus la di­mi­nu­tion du prix des obli­ga­tions.

SO­LU­TIONS ORI­GI­NALES

Fran­çois Bour­don craint tou­te­fois que la hausse pro­bable des taux ne rende les ac­tions moins at­trayantes. « Pour­quoi les titres de pi­pe­lines s’échangent- ils à 20 fois les bé­né­fices ? C’est le taux d’es­compte qui en­gendre ce­la. »

Il pro­pose donc de mi­ser sur des pla­ce­ments non tra­di­tion­nels.

Le pre­mier est la dette pri­vée, qui pro­fite du fait que « les banques dé­laissent les prêts qui exigent trop de ca­pi­tal ».

« Un ren­de­ment de 7 % avec

une cote BBB pour un in­ves­tis­seur pri­vé, ça peut être in­té­res­sant. D’au­tant plus que ce n’est pas dri­vé [ com­man­dé] par le taux d’es­compte, puisque l’échéance est sou­vent in­fé­rieure à cinq ans », ex­plique Fran­çois Bour­don.

L’im­mo­bi­lier et l’agri­cul­ture sont deux autres sec­teurs de pla­ce­ment pri­vi­lé­giés.

« Le taux d’es­compte a un im­pact sur l’im­mo­bi­lier, mais il n’est pas le seul fac­teur. L’opé­ra­tion sous- ja­cente l’est tout au­tant », sou­ligne-t-il.

Et pour­quoi l’agri­cul­ture ? « La de­mande aug­mente, car la classe moyenne se dé­ve­loppe dans les éco­no­mies émer­gentes, tan­dis que l’offre su­bit des pres­sions à cause de l’ur­ba­ni­sa­tion qui ré­duit la dis­po­ni­bi­li­té des terres. Lorsque la de­mande aug­mente et que l’offre di­mi­nue, les prix aug­mentent. »

Fran­çois Bour­don consi­dère éga­le­ment les fonds de cou­ver­ture ( hedge funds), car « ils sta­bi­lisent les rendements ».

Ces sources de ren­de­ment non tra­di­tion­nelles de­vraient ga­gner en po­pu­la­ri­té. « Les in­ves­tis­seurs ne veulent plus de por­te­feuilles qui peuvent perdre qua­si­ment la moi­tié de leur va­leur comme en 2008. Ces ca­té­go­ries d’ac­tif sont plus at­trayantes, ce qui fait aug­men­ter leur éva­lua­tion. »

De son cô­té, Jean- Fran­çois Mar­cil, ana­lyste prin­ci­pal à la Caisse de dé­pôt et pla­ce­ment du Qué­bec, in­vite les épar­gnants à la pru­dence.

« Les rendements ont été glo­ba­le­ment bons au cours des quatre der­nières an­nées. Lors­qu’on ob­tient un bon ren­de­ment dans un en­vi­ron­ne­ment re­la­ti­ve­ment stable, on as­siste sou­vent à un ren­ver­se­ment brusque. Pen­sons à 2007, à 1987 et à… 1929 », a-t-il rap­pe­lé.

Autre source d’in­quié­tude : l’en­det­te­ment crois­sant des mé­nages, des gou­ver­ne­ments et des en­tre­prises dans le monde.

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