La ges­tion pas­sive monte en force

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR SO­PHIE STIVAL

la ges­tion in­di­cielle a le vent dans les voiles de­puis une dé­cen­nie, une pous­sée de crois­sance qui s’ex­plique no­tam­ment par les bons ré­sul­tats ob­te­nus.

Ain­si, l’ac­tif des fonds en ges­tion pas­sive a tri­plé de­puis 2007 pour at­teindre 5 700 G$ US à l’échelle mon­diale, par rap­port à une hausse de 54 % pour les fonds à ges­tion ac­tive, se­lon Mor­ning­star. The Eco­no­mist parle même d’agres­sion pas­sive et de

dé­fense ac­tive dans son nu­mé­ro du 8 oc­tobre der­nier ( http:// econ.st/2g0a50k).

Au Ca­na­da, le der­nier rap­port SPIVA ( pour S& P In­dices Ver­sus Ac­tive) montre qu’au­cun ges­tion­naire ca­na­dien d’ac­tions amé­ri­caines n’a bat­tu l’in­dice S& P 500 de­puis cinq ans.

« Les chiffres ne sont guère meilleurs chez les ges­tion­naires amé­ri­cains, sou­ligne So­phie Pal­mer, pré­si­dente de CFA Mon­tréal. Sur un ho­ri­zon de 5 ou 10 ans, leur taux de réus­site est gé­né­ra­le­ment bien in­fé­rieur à 20%, et ce, quelle que soit la ca­té­go­rie de fonds. »

Ces don­nées de SPIVA n’étonnent pas outre me­sure So­phie Pal­mer. Le mar­ché amé­ri­cain est très ef­fi­cace, et il est dif­fi­cile pour un ges­tion­naire ac­tif de se dé­mar­quer.

« Les re­cherches dé­montrent ce­pen­dant que la ges­tion ac­tive a sur­per­for­mé et a ajou­té de la va­leur dans des mar­chés concen­trés, comme au Ca­na­da, en Suède, en Aus­tra­lie et dans les pays émer­gents ou en dé­ve­lop­pe­ment », sou­ligne-t-elle.

So­phie Pal­mer pré­cise que CFA Mon­tréal ap­puie les deux styles de ges­tion. L’as­so­cia­tion re­groupe plus de 2 400membres, dont l’au­teure de cet ar­ticle.

Le di­rec­teur gé­né­ral de l’Ins­ti­tut sur la gou­ver­nance ( IGOPP), Mi­chel Na­deau, croit que la ges­tion pas­sive est une ten­dance ir­ré­ver­sible : « Les re­cherches sont claires : il est très dif­fi­cile d’ajou­ter de la va­leur à un por­te­feuille de ma­nière sys­té­ma­tique. De plus, il me semble dé­me­su­ré qu’un in­ves­tis­seur paie de 2 à 2,5% en frais de ges­tion pour des fonds com­muns de pla­ce­ment, alors que cer­tains FNB ( fonds né­go­ciés en Bourse) in­di­ciels coûtent 10 fois moins et cer­tains même aus­si peu que 4 à 5 points de base. » Dans le cas d’un por­te­feuille gé­ré ac­ti­ve­ment qui coû­te­rait moins de 1 % en frais, on peut tou­jours ten­ter le coup en y in­ves­tis­sant 25 % de ses avoirs et le reste en ges­tion in­di­cielle, concède-t-il.

Se­lon des don­nées com­pi­lées par PWL Ca­pi­tal, les fonds pas­sifs ne re­pré­sen­taient que 12,9% du mar­ché ca­na­dien au 30 juin (voir le ta­bleau). « Cette part de mar­ché a plus que tri­plé de­puis 2007 », nuance Ray­mond Ker­zé­rho, le di­rec­teur de la re­cherche.

Il croit que le Ca­na­da sui­vra la ten­dance des États-Unis, où les fonds pas­sifs oc­cupent près du tiers du mar­ché.

Bien que PWL soit ou­ver­te­ment fa­vo­rable à la ges­tion pas­sive, le nou­veau rap­port qu’elle pu­blie tous les se­mestres se base uni­que­ment sur des don­nées de la pla­te­forme Mor­ning­star Di­rect.

« Ces chiffres ne prouvent pas que la ges­tion pas­sive est une meilleure so­lu­tion, mais plu­tôt qu’il y a de plus en plus de gens qui se tournent vers ces stra­té­gies », dit Ray­mond Ker­zé­rho.

Fie­ra Ca­pi­tal ne nie pas la va­leur de la ges­tion pas­sive. Elle en fait elle-même. « Cer­taines ca­té­go­ries d’ac­tif, comme les grandes ca­pi­ta­li­sa­tions amé­ri­caines, sont dif­fi­ciles à battre avec de la ges­tion ac­tive. Il faut faire la part des choses dans ce dé­bat », af­firme Fran­çois Bour­don, chef des so­lu­tions de pla­ce­ments chez Fie­ra Ca­pi­tal.

Tou­te­fois, dans cer­tains mar­chés comme les pays émer­gents, re­pro­duire un in­dice n’est pas tou­jours à pro­pos, dit- il. « L’er­reur de cal­quage ( peut être pas­sa­ble­ment éle­vée et il faut faire at­ten­tion. On n’ar­rive pas tou­jours à re­pro­duire par­fai­te­ment l’in­dice et on fe­ra de l’op­ti­mi­sa­tion », re­marque-t-il.

Les chiffres et les études sont tou­te­fois clairs. Il est très dif­fi­cile pour un ges­tion­naire de sur­pas­ser les in­dices an­née après an­née, et ce, de ma­nière sys­té­ma­tique.

Se­lon So­phie Pal­mer, pour re­pé­rer un bon ges­tion­naire, il ne faut pas exa­mi­ner sa per­for­mance pas­sée, mais bien son pro­ces­sus de ges­tion. Les sources de per­for­mance à long terme sont au­jourd’hui mieux connues. On les ap­pelle aus­si des fac­teurs de risque, comme le mo­men­tum, la va­leur ou la qua­li­té.

Elle cite une étude de DiMeo Sch­nei­der & As­so­ciates, qui montre que même par­mi les ges­tion­naires qui ter­minent dans le pre­mier quar­tile sur un ho­ri­zon de 10 ans, 90 % d’entre eux au­ront connu au moins une pé­riode de trois an­nées dif­fi­ciles ( de moi­tié in­fé­rieure à celle de leurs pairs).

« Re­pé­rer un bon ges­tion­naire est donc un exer­cice exi­geant. Ce­la re­quiert une grande dis­ci­pline d’in­ves­tis­se­ment à long terme », sou­ligne la pré­si­dente de CFA Mon­tréal.

« La ges­tion ac­tive s’ex­prime au­jourd’hui de plu­sieurs fa­çons. Les fac­teurs de risque sont ex­ploi­tés de ma­nière fon­da­men­tale ou plus sys­té­ma­ti­que­ment avec un mo­dèle quan­ti­ta­tif. Cette di­ver­si­té des styles de­meure im­por­tante. »

« Ce­pen­dant, pour que la ges­tion ac­tive reste concur­ren­tielle, ses frais de­vront se rap­pro­cher de ceux des fonds pas­sifs », ajoute-t- elle.

De plus, les ges­tion­naires ac­tifs tra­di­tion­nels de­vront sans doute avoir une com­po­sante quan­ti­ta­tive et tech­no­lo­gique au sein de leur pro­ces­sus de ges­tion afin de les se­con­der, croit So­phie Pal­mer. « C’est le cas par exemple d’un ges­tion­naire qui uti­lise un pro­ces­sus so­phis­ti­qué de fil­trage de titres afin de concen­trer son at­ten­tion sur ceux qui en valent la peine », illustre-t-elle.

GA­GNER PLUS AVEC LA GES­TION AC­TIVE

Cer­tains consi­dèrent qu’une es­pé­rance de ren­de­ment faible joue en fa­veur de la ges­tion ac­tive. « Ache­ter le mar­ché des ac­tions et des obli­ga­tions était la chose à faire de­puis 1982. Mais lorsque j’ob­serve l’es­pé­rance de ren­de­ment pour les 5 à 10 pro­chaines an­nées, ce n’est pas très éle­vé », af­firme Fran­çois Bour­don.

Il cite en exemple les obli­ga­tions gou­ver­ne­men­tales ca­na­diennes de 10 ans qui se né­go­cient à près de 1,1 % et les ra­tios cours/bé­né­fice des ac­tions amé­ri­caines qui s’éta­blissent au­tour de 20, un som­met de­puis 1960.

« Dans un tel en­vi­ron­ne­ment, un por­te­feuille in­di­ciel in­ves­ti à 50 % en obli­ga­tions et à 50 % en ac­tions gé­né­re­ra en­vi­ron 3 % de ren­de­ment », dit-il.

« De son cô­té, la ges­tion ac­tive nous pro­pose des so­lu­tions de pla­ce­ment très dif­fé­ren­ciées des ac­tions et des obli­ga­tions clas­siques, comme c’est le cas de l’im­mo­bi­lier, des in­fra­struc­tures ou des prêts di­rects. Une plus grande di­ver­si­fi­ca­tion des sources de ren­de­ment pour­rait ajou­ter 2 ou 3 points de pour­cen­tage de ren­de­ment à un por­te­feuille plus tra­di­tion­nel, tout en di­mi­nuant la vo­la­ti­li­té des ré­sul­tats », dit Fran­çois Bour­don. Il concède que ces stra­té­gies ne sont pas tou­jours ac­ces­sibles aux clients des conseillers, mais qu’elles pour­raient le de­ve­nir ces pro­chaines an­nées.

« Cer­tains FNB en ges­tion ac­tive se spé­cia­lisent dans des ca­té­go­ries d’ac­tif à va­leur ajou­tée, comme les ac­tions pri­vi­lé­giées ou les obli­ga­tions de so­cié­tés pro­té­gées, contre les mou­ve­ments de taux d’in­té­rêt. Ces stra­té­gies ne coûtent pas beau­coup plus cher que la ges­tion in­di­cielle », dit-il.

« On ai­me­rait bien pro­po­ser des pro­duits de ges­tion ac­tive à nos clients si ce­la leur per­met­tait de bo­ni­fier leur ren­de­ment d’un ou deux points de pour­cen­tage. On est ou­vert à l’idée d’ana­ly­ser cer­taines stra­té­gies. Mais à ce jour, au­cune dé­mons­tra­tion ne nous a convain­cus », com­mente Ray­mond Ker­zé­rho.

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