Coup d’épée dans l’eau ?

La faible ré­mu­né­ra­tion du conseiller et la ré­sis­tance des em­ployeurs ex­pliquent le faible en­goue­ment pour ce ré­gime.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR YAN BARCELO nance et In­ves­tis­se­ment Fi-

deux fac­teurs clés ex­pliquent la faible pé­né­tra­tion du ré­gim e vo­lon­taire d’épar­gne­re­trai te ( RVER) par rap­port aux autres ré­gimes de re­traite qu’un em­ployeur peut aus­si mettre en place pour se confor­mer à la loi ( voir : « RVER : pas en­core de ruée ») .

Tout d’abord, presque tous les in­ter­ve­nants in­ter­ro­gés par

ont re­le­vé que les en­tre­prises vi­sées par la loi sur les RVER ont vi­ve­ment ré­sis­té aux RVER. La for­mule du RVER im­po­sait à celles- ci des charges ad­mi­nis­tra­tives ac­crues, dont la plus lourde est le sui­vi des em­ployés qui se sont re­ti­rés et qu’il faut ré­ins­crire à la de­mande ou après une pé­riode dé­ter­mi­née.

La ré­sis­tance des conseillers consti­tue l’autre fac­teur qui ex­plique la faible pé­né­tra­tion du ré­gime. « J’offre le RVER, mais je n’en parle pas avec le même en­train », re­con­naît Alain St-Pierre, re­pré­sen­tant en épargne col­lec­tive et en rente col­lec­tive, de Alain St- Pierre La So­lu­tion Fi- nan­cière, qui ad­met n’en avoir im­plan­té au­cun.

« J’ai tel­le­ment de dos­siers en as­su­rance, qui s’avèrent beau­coup plus in­té­res­sants, c’est ce que j’ai pri­vi­lé­gié », rap­porte JeanF­ran­çois Ré­millard, conseiller en sé­cu­ri­té fi­nan­cière et re­pré­sen­tant en épargne col­lec­tive chez Groupe Ma­thieu Tur­geon, à Mon­tréal. Il dit avoir fait un ef­fort loyal de pré­sen­ter le RVER à ses clients exis­tants, mais sans grand en­thou­siasme. « Je ne l’ai pas sai­si comme une oc­ca­sion d’af­faires », re­con­naît-il, une at­ti­tude qu’il a per­çue chez plu­sieurs de ses col­lègues.

L’en­jeu est une ré­mu­né­ra­tion très mo­deste, comme le re­con­naît Pierre An­dré Ger­vais, re­pré­sen­tant en as­su­rance col­lec­tive de per­sonnes chez Avec As­su­rance : « Un client en as­su­rance col­lec­tive me rap­porte 145 $ par em­ployé, en ré­gime de re­traite, à peu près 40 $ ; en RVER, moins de 10 $, pour des ré­gimes où l’em­ployeur ne contri­bue pas, ce qui est le cas de tous mes RVER. » Par contre, une fois ac­quis, ce client d’un ré­gime de re­traite exige moins d’ana­lyse et offre à Pierre An­dré Ger­vais l’oc­ca­sion de vendre d’autres pro­duits fi­nan­ciers. Il faut no­ter que ce der­nier est en dé­but de car­rière, et le RVER consti­tue un ins­tru­ment pri­vi­lé­gié de re­cru­te­ment de clien­tèle.

Par contre, pour un vé­té­ran comme Jean-Fran­çois Ré­millard, le RVER n’a guère d’at­traits. « Estce que je veux faire du vo­lume, ou mi­ser sur des clients plus ren- tables ? Est-ce que je vou­lais “clo­ser” 500 clients pour avoir des ap­pels pour des tran­sac­tions de 25 $ ou 30 $ ? J’ai consi­dé­ré que je m’ache­tais peut-être plus de pro­blème qu’autre chose. »

Dé­jà, la ré­mu­né­ra­tion re­la­tive à un REER col­lec­tif n’est pas as­tro­no­mique, re­con­naît Fran­çois Brui, conseiller en sé­cu­ri­té fi­nan­cière chez Les­sard Gil­bert et as­so­ciés, à Al­ma. De plus, les por­te­feuilles d’em­ployés qu’il re­crute dans la cam­pagne ac­tuelle sont mo­destes : « Cal­cu­lez qu’un tra­vailleur qui gagne 40 000 $ par an et qui met 4 % de son sa­laire dans un fonds de pla­ce­ment re­pré­sente un ca­pi­tal de 1 600 $. Ma ré­mu­né­ra­tion brute, avant mes frais, est à peine de 16 $. Avec un RVER, elle se­rait di­vi­sée par trois. »

Les com­pa­gnies d’as­su­rance four­nis­seurs de RVER dé­plorent cette faible ré­mu­né­ra­tion, mais jugent qu’elles n’ont pas le choix. « Je com­prend l’in­quié­tude des gens, mais les frais des ré­gimes sont en­châs­sés dans la loi de fa­çon à ce qu’ils soient peu coû­teux, sou­tient Lyne Du­haime, pré­si­dente de l’As­so­cia­tion ca­na­dienne des com­pa­gnies d’as­su­rances de per­sonnes. En consé­quence, la ré­mu- né­ra­tion liée aux RVER peut ne pas être très im­por­tante. »

Au 1er jan­vier 2017, une chose émer­ge­ra pro­ba­ble­ment : le REER col­lec­tif sor­ti­ra grand ga­gnant de la cam­pagne RVER. Tou­te­fois, le nombre de tra­vailleurs qui y adhè re­ront res­te­ra sans doute mo­deste, puisque peu d’entre eux co­tisent au RVER lorsque leur em­ployeur ne le fait pas.

À terme, « tout cet exer­cice au­ra chan­gé bien peu de choses dans la vie de bien peu de gens, pré­voit Fran­cis- Carl Ri­vard. Les vraies amél io­rat ions pas­se­ront plu­tôt par la bo­ni­fi­ca­tion du Ré­gime de rentes du Qué­bec. À ce mo­ment- là, les tra­vailleurs n’au­ront plus l’ar­gent né­ces­saire pour in­ves­tir dans un autre ré­gime, et on risque de voir en­core moins de sommes s’ac­cu­mu­ler dans les RVER et les autres ré­gimes. Le RVER n’au­ra été qu’un grand coup d’épée dans l’eau ».

« C’est un coup d’oeil bien pes­si­miste, ré­torque Lyne Du­haime. Pour le mo­ment, les taux de par­ti­ci­pa­ti on ne sont pas très éle­vé s, mais pen­sez qu’au­pa­ra­vant, tous ces gens n’avaient ac­cès à au­cun ré­gime de re­traite. Au Qué­bec, seule­ment la moi­tié des tra­vailleurs ont ac­cès à un ré­gime de re­traite. On es­saie de me­su­rer tout ça trop ra­pi­de­ment. C’est un pas dans la bonne di­rec­tion et les choses se bo­ni­fie­ront avec le temps. »

J’ai tel­le­ment de dos­siers en as­su­rance, qui s’avèrent beau­coup plus in­té­res­sants, c’est ce que j’ai pri­vi­lé­gié. — Jean-Fran­çois Ré­millard

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.