Pu­bli­ci­tés cri­ti­quées.

Pré­sen­ter les ren­de­ments de la sé­rie F d’un fonds reste tou­te­fois conforme.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR YAN BARCELO

de­puis le dé­but de 2016, des pu­bli­ci­tés de fonds com­muns pré­sen­tant le ren­de­ment de leur sé­rie F pa­raissent dans cer­tains quo­ti­diens an­glo­phones. Cette pré­sen­ta­tion sus­cite les cri­tiques de cer­tains ob­ser­va­teurs. Ce­pen- dant, c’est un ter­rain où d’autres ne sont pas prêts à les suivre.

Le pro­blème tient à la pré­sen­ta­tion de la per­for­mance de fonds de sé­rie F pour les comptes à ho­no­raires ( fee-ba­sed) dont les ren­de­ments an­non­cés ne tiennent pas compte des frais de cour­tage qui y sont in­évi­ta­ble­ment rat­ta­chés, se­lon Dan Hal­lett, vice- pré­sident et as­so­cié, ges­tion d’ac­tif, chez HighView Fi­nan­cial Group. Il fait ré­fé­rence à des pu­bli­ci­tés de so­cié­tés de fonds, dont Fi­de­li­ty, pu­bliées no­tam­ment dans les pages du quo­ti­dien Globe and Mail.

PU­BLIC NON SPÉ­CIA­LI­SÉ

La sé­rie F, inau­gu­rée en 2000, rap­pelle Dan Hal­lett, est ré­ser­vée aux conseillers ti­rant leurs re­ve­nus d’ho­no­raires fac­tu­rés à leurs clients, et non de com­mis­sions de sui­vi in­té­grées au ra­tio des frais de ges­tion. Un client a nor­ma­le­ment ac­cès aux sé­ries F par l’en­tre­mise d’un conseiller qui, for­cé­ment, lui ré­cla­me­ra des ho­no­raires qui ré­dui­ront d’au­tant la per­for­mance des fonds an­non­cés.

Il est donc éton­nant que des ma­nu­fac­tu­riers de fonds fassent la pro­mo­tion des fonds de sé­rie F « à un pu­blic non spé­cia­li­sé qui ne pour­rait y avoir ac­cès sans payer des frais an­nuels sup­plé­men­taires », juge Dan Hal­lett.

Ce­lui- ci re­con­naît que les oc­ca­sions qu’a un in­ves­tis­seur d’ac­qué­rir di­rec­te­ment des fonds de sé­rie F existent, mais elles se sont ra­ré­fiées. « Il n’y a plus qu’une seule offre pour le faire, celle de Ques­trade, sou­ligne- t- il. La grande ma­jo­ri­té des gens ont ac­cès à ce type de fonds en payant des frais an­nuels ad­di­tion­nels. »

Or, les frais pré­le­vés par un cour­tier pour un tel fonds os­cil­lent au­tour d’un point de pour­cen­tage, à quoi s’ajoutent les frais d’ad­mi­nis­tra­tion du fonds. Dans le cas d’une ré­cente pu­bli­ci­té de Fi­de­li­ty pa­rue en sep­tembre, la per­for­mance af­fi­chée pour une pé­riode de cinq ans se ter­mi­nant au 31 août 2016 est de 12,4 %. C’est dire que le ren­de­ment fi­nal, après dé­duc­tion de tous les frais, se si­tue plu­tôt au­tour de 11 %, se­lon les cal­culs de Dan Hal­lett.

Dans la pu­bli­ci­té, on peut lire près de la fin du bloc d’aver­tis­se­ment : « Votre conseiller peut exi­ger d’autres frais. » Mais sans plus de pré­ci­sion.

Alain St- Pierre, re­pré­sen­tant en épargne col­lec­tive à MontSt-Hilaire, qui a vu les pu­bli­ci­tés aux­quelles fait ré­fé­rence Dan Hal­lett dans La Presse+, par­tage les ré­serves de l’ana­lyste. « Ces pu­bli­ci­tés me rap­pellent ce qu’on voyait dans les pu­bli­ci­tés des agences de voyages qui an­non­çaient des prix de voyages très bas parce qu’ils n’in­cluaient pas toutes les taxes. Le gou­ver­ne­ment les a obli­gées à ajus­ter leurs chiffres. » Mon­trer les ren­de­ments des fonds F sans ex­traire la part des ho­no­raires du conseiller, c’est un peu la même chose se­lon lui.

Cette pré­sence crois­sante des fonds de sé­rie F dans l’in­dus­trie sus­cite éga­le­ment chez Alain StPierre une autre réf lexion : « C’est comme si les firmes de fonds nous di­saient que la ba­taille des com­mis­sions in­té­grées était dé­jà per­due » . Mais c’est une ba­taille dont il n’est pas prêt à concé­der la vic­toire, d’au­tant plus que la ma­jeure par­tie de sa clien­tèle est com­po­sée de clients ayant un ac­tif mo­deste.

PU­BLI­CI­TÉ CONFORME

Nous avons de­man­dé son opi­nion à l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers ( AMF). Tout ici pa­raît conforme. « Un or­ga­nisme de pla­ce­ment col­lec­tif ( OPC) qui pré­sente des ren­de­ments pour une sé­rie F doit in­di­quer que le pla­ce­ment dans l’OPC peut don­ner lieu à des cour­tages, des com­mis­sions de sui­vi, des frais de ges­tion et d’autres frais », pré­cise par cour­riel l’AMF. « Ce­pen­dant, la ré­gle­men­ta­tion n’oblige pas un fonds qui pré­sente les ren­de­ments d’une sé­rie F à pré­sen­ter les ren­de­ments d’une autre sé­rie ( par exemple, la sé­rie A) à titre com­pa­ra­tif. »

Fi­de­li­ty sou­tient que « les sé­ries F sont la meilleure re­pré­sen­ta­tion de ce que nous fai­sons en tant que ges­tion­naires de por­te­feuille, dit Ch­ris Pep­per, por­te­pa­role de la firme. Ils sont la plus pure re­pré­sen­ta­tion de notre tra­vail et c’est vers ces fonds que nos flux d’en­trée et ceux de toute l’in­dus­trie s’ache­minent. »

N’au­rait-il pas été plus juste et plus trans­pa­rent d’in­di­quer dans les notes en bas de pu­bli­ci­té que les frais de cour­tage di­mi­nue­raient la per­for­mance de plus ou moins un point de pour­cen­tage ? « Oui, il au­rait été plus trans­pa­rent de le faire », convient dans un cour­riel Nan­cy La­chance, di­rec­trice de confor­mi­té et meilleures pra­tiques chez MICA Ca­bi­nets de ser­vices fi­nan­ciers.

Tou­te­fois, sou­tient Nan­cy La­chance, « après dis­cus­sion avec mon col­lègue Yvan Mo­rin, nous ne voyons pas d’ir­ré­gu­la­ri­tés (dans la pu­bli­ci­té de Fi­de­li­ty). Les émet­teurs ne sont pas as­su­jet­tis à la même ré­gle­men­ta­tion que les cour­tiers sur la di­vul­ga­tion des frais et de la ré­mu­né­ra­tion, bien qu’ils aient des normes qui les ré­gle­mentent ».

Mi­chel Mailloux, pré­sident de Déon­to­lo­gie.ca, n’est pas lui non plus trou­blé par la pu­bli­ci­té en ques­tion. « On doit s’at­tendre à ce genre de choses, dit- il, sur­tout avec les fonds de sé­rie F. Fi­de­li­ty a été as­sez hon­nête pour dire que le conseiller char­ge­ra des frais. Je ne trouve pas ça in­cor­rect. Au­rait- il pu l’in­di­quer plus haut ( dans les notes d’ac­com­pa­gne­ment) ? Au­rait-il pu faire mieux ? Oui. Mais ça m’ap­pa­raît quand même cor­rect. Le client doit s’at­tendre à payer des frais s’il fait af­faire avec un conseiller, et c’est in­di­qué dans la pu­bli­ci­té. »

Les sé­ries F sont la meilleure re­pré­sen­ta­tion de ce que nous fai­sons en tant que ges­tion­naires de por­te­feuille. — Ch­ris Pep­per

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