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Finance et Investissement - - LA UNE - Ge­ne­viève Blouin, Fon­da­trice et Pré­si­dente du Con­seil du CGE

In­ves­tir avec les ges­tion­naires en émer­gence d’ici est une né­ces­si­té pour faire croître notre sec­teur fi­nan­cier. Le Qué­bec est ac­tuel­le­ment consi­dé­ré comme un lea­der na­tio­nal pour le dé­ve­lop­pe­ment de la re­lève en­tre­pre­neu­riale en ges­tion d’ac­tifs. Il brille grâce à son Pro­gramme des ges­tion­naires en émer­gence du Qué­bec ( www. pgeq. ca) qui fait des en­vie ux dans les autres pro­vinces canadiennes où il n’existe en­core au­cun pro­gramme de ce genre. Pour­tant, aux ÉtatsU­nis, ces pro­grammes sont mon­naie cou­rante et sont im­plan­tés de­puis plus d’une dé­cen­nie.

Lan­cé en 2016, le PGEQ a re­cueilli plus de 255 M$ d’ac­tifs au­près d’ins­ti­tu­tions qué­bé­coises qui ont à coeur notre re­lève en­tre­pre­neu­riale en ges­tion d’ac­tifs. Neuf pe­tits ges­tion­naires sur une cin­quan­taine ont rem­por­té des man­dats de ges­tion de 25 M$ cha­cun en moyenne. Ce­ci re­pré­sente un re­ve­nu an­nuel d’en­vi­ron 100 000 $ par en­tre­prise. Un bon coup de main pour sor­tir la tête de l’eau, car la ma­jo­ri­té de nos pe­tits ges­tion­naires ne touchent sou­vent pas de sa­laire pen­dant plu­sieurs an­nées, et trop d’entre eux, épui­sés et dé­cou­ra­gés, ont dû aban­don­ner leur rêve en­tre­pre­neu­rial.

Ce pre­mier tour de le­vée d’ac­tifs n’est qu’un dé­but, et on a en­core beau­coup de che­min à par­cou­rir. Le Con­seil des ges­tion­naires en émer­gence ( CGE) ( www. ges­tion­nai­re­se­mer­gents. ca), un or­ga­nisme à but non lu­cra­tif fon­dé en 2014 qui ras­semble nos pe­tits en­tre­pre­neurs en ges­tion d’ac­tifs, a lan­cé un cri d’alarme au­près des membres de la com­mu­nau­té fi­nan­cière.

Le CGE croit que nos plus gros fonds de pen­sion de­vraient al­louer 1 % de leurs ac­tifs sous ges­tion à nos ta­len­tueux pe­tits ges­tion­naires afin de sou­te­nir un éco­sys­tème fort et viable dans le­quel de nom­breux nou­veaux em­plois pour­ront être créés. Ce 1 % re­pré­sente 3 G$ d’ac­tif sous ges­tion au Qué­bec. On a donc en­core du che­min à faire avec le PGEQ, car il fau­drait trou­ver en­vi­ron 13 fois plus d’ac­tifs pour at­teindre la cible ! Iro­ni­que­ment au Ca­na­da, ce sont les plus pe­tits fonds de pen­sion qui, bien qu’ils aient moins de res­sources dis­po­nibles pour le faire, in­ves­tissent pro­por­tion­nel­le­ment le plus lo­ca­le­ment. On es­time que les plus gros fonds de pen­sion ca­na­diens in­ves­tissent en­vi­ron 0,05 % de leurs ac­tifs avec la re­lève en­tre­pre­neu­riale lo­cale en ges­tion d’ac­tifs. On a en­core des croûtes à man­ger !

En oc­tobre der­nier, le CGE a mis en place un évé­ne­ment nom­mé Cap In­tro. Le but de l’évé­ne­ment est d’in­vi­ter des al­lo­ca­teurs d’ac­tifs afin qu’ils puissent ren­con­trer des ges­tion­naires ( dans ce cas en émer­gence qué­bé­cois) avec les­quels ils pour­raient avoir de l’in­té­rêt à in­ves­tir. Il s’or­ga­nise de mul­tiples confé­rences de ce genre chaque an­née aux États- Unis. Le coût pour y as­sis­ter va­rie de 10 000 $ à 100 000 $ US ( avec une moyenne au­tour de 25 000 $ US). La plu­part des ges­tion­naires en émer­gence ca­na­diens n’ont pas la taille ni les res­sources né­ces­saires pour as­sis­ter à ce genre de confé­rence. Le CGE a or­ga­ni­sé cette jour­née pour la mo­dique somme de 100 $ par firme grâce à ses membres bé­né­voles et à ses par­te­naires, tel Fi­nance Mon­tréal.

Le mes­sage des al­lo­ca­teurs amé­ri­cains, qui re­pré­sen­taient 70 % des al­lo­ca­teurs pré­sents à la confé­rence était clair : pour avoir un his­to­rique de ren­de­ment va­lide, il faut un mi­ni­mum de 25 M$. Pour être consi­dé­ré par une ins­ti­tu­tion, il faut avoir 150 M$ d’ac­tifs sous ges­tion. Aux États- Unis, les ges­tion­naires de grandes firmes touchent de gros sa­laires et ar­rivent sou­vent à mettre leur propre ar­gent en mise de fonds. Di­sons que ce n’est pas le cas au Qué­bec. Le PGEQ vient pal­lier ce désa­van­tage et aide les ges­tion­naires à at­teindre cette cible mi­ni­male afin de ga­gner en cré­di­bi­li­té lo­ca­le­ment et ailleurs. En fait, comme le mar­ché ca­na­dien est dix fois plus pe­tit que ce­lui des États- Unis, on de­vrait se for­cer dix fois plus pour ai­der la re­lève à at­teindre cette pre­mière marche dis­pro­por­tion­nel­le­ment grande.

Il n’y a pas que les fonds de pen­sion qui peuvent s’im­pli­quer. Le gou­ver­ne­ment du Qué­bec, avec le Fonds des gé­né­ra­tions, pour­rait aus­si en­cou­ra­ger la re­lève lo­cale en ges­tion d’ac­tifs en in­ves­tis­sant une par­tie de ses ac­tifs avec le PGEQ.

Plu­sieurs fonds de pen­sion ont sur­veillé du coin de l’oeil, la pre­mière ronde de le­vée d’ac­tifs du PGEQ avant de com­mettre des ca­pi­taux. Se­lon Sté­phane Cor­ri­veau, un des fon­da­teurs du PGEQ, trois nou­veaux man­dats de­vraient être oc­troyés d’ici peu, et la le­vée d’ac­tifs s’an­nonce bonne pour 2017. Au Qué­bec, nous avons le ta­lent et l’in­fra­struc­ture pour réa­li­ser notre ob­jec­tif de 1 %. Il n’y a donc plus de rai­son de ne pas in­ves­tir avec nos pe­tits ges­tion­naires qué­bé­cois.

CA­RI­CA­TURE : PAS­CAL ÉLIE

NDLR. Dans ce nu­mé­ro, Fi­nan­ceetIn­ves­tis­se­ment ouvre sa page « Pers­pec­tives et ana­lyses » à une or­ga­ni­sa­tion de l’in­dus­trie fi­nan­cière. Nous conti­nue­rons d’of­frir oc­ca­sion­nel­le­ment cette tri­bune. Cette col­la­bo­ra­tion avec des or­ga­nismes ex­ternes se li­mi­te­ra à quatre édi­tions par an, d’oc­tobre à fé­vrier. Les opi­nions ex­pri­mées dans ce texte ne re­flètent pas celles de Fi­nan­ceetIn­ves­tis­se­ment, mais bien uni­que­ment celles de ses au­teurs.

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