À L’AF­FICHE

Phi­lippe Le Blanc voit des oc­ca­sions en fai­sant les choses dif­fé­rem­ment.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR RICHARD CLOU­TIER

Après avoir mi­sé sur la ges­tion pri­vée ces der­nières an­nées, Phi­lippe Le Blanc, pré­sident et chef des pla­ce­ments, et as­so­cié de la firme de ges­tion de por­te­feuille COTE 100, pré­voit que sa firme s’at­ta­que­ra aux mar­chés ins­ti­tu­tion­nel et de l’On­ta­rio.

la stra­té­gie de la firme de ges­tion de por­te­feuille COTE

100 consis­tant à mi­ser sur la ges­tion pri­vée a por­té ses fruits. De 2011 à 2016, COTE 100 a mul­ti­plié son ac­tif sous ges­tion par cinq, ce­lui- ci est pas­sé de 200 M$ à plus de 1 G$. Ce­pen­dant, cette crois­sance « s’est faite de ma­nière très or­don­née, avec dis­ci­pline et tra­vail, sans égard aux cycles et aux ten­dances », si­gnale Phi­lippe Le Blanc, pré­sident et chef des pla­ce­ments, et as­so­cié.

« Nous évo­luons à l’ex­té­rieur des sen­tiers bat­tus. Nous n’avons pas de ter­mi­nal Bloom­berg, nous ne sommes pas connec­tés sur CNBC et nous avons les cotes en dif­fé­ré de 20 mi­nutes, illustre-til. Nous ne nous consi­dé­rons pas comme un “tra­der”, alors nous nous fou­tons pas mal de ce qui se passe à la se­conde près, car ça ne change pas grand-chose pour les en­tre­prises que nous sui­vons. »

Phi­lippe Le Blanc évoque aus­si des pé­riodes où la firme a dé­ci­dé de ra­len­tir: d’aug­men­ter le ni­veau mi­ni­mum d’ac­tif pour ac­cé­der à ses ser­vices et d’être da­van­tage sé­lec­tive face à sa clien­tèle.

Éta­blie à Saint-Bru­no- de-Mon­tar­ville, en Mon­té­ré­gie, COTE 100 offre un ser­vice de ges­tion pour un mé­nage dé­te­nant un pa­tri­moine su­pé­rieur à 300 000 $ à in­ves­tir avec elle. La bou­tique sert plus de 500 fa­milles, y com­pris des so­cié­tés de por­te­feuille et quelques fon­da­tions. Pour chaque client, elle bâ­tit des por­te­feuilles sur me­sure, qu’elle gère en­suite de fa­çon ac­tive.

Son équipe croit que concen­trer ses in­ves­tis­se­ments dans ses meilleures idées de pla­ce­ment pro­cure les meilleurs ré­sul­tats à long terme. Elle est prête à ac­cep­ter une sous- per­for­mance à court terme dans le but d’ob­te­nir une sur­per­for­mance à long terme.

« Nos ren­de­ments, c’est une chose sur la­quelle on ne met pas l’ac­cent » , ajoute Phi­lippe Le Blanc, qui qua­li­fie COTE 100 de ges­tion­naire non tra­di­tion­nel qui table sur la crois­sance à long terme.

COTE 100 se dis­tingue aus­si par son ser­vice. « Nous par­lons à nos clients au moins tous les tri­mestres, qu’ils aient été bons ou mau­vais. Lorsque les ren­de­ments sont bons, ça peut sem­bler moins im­por­tant, mais lors­qu’il y a des pé­riodes plus dif­fi­ciles, et j’ai en tête 2008-2009, nous étions là pour par­ler aux clients. »

COTE 100 or­ga­nise des con­fé­rences et des sé­mi­naires chaque an­née à l’in­ten­tion des clients et de leurs en­fants. De plus, sa lettre fi­nan­cière, qui est pu­bliée men­suel­le­ment de­puis 1988, nour­rit les échanges.

« Au dé­part, la lettre fi­nan­cière s’adres­sait à des in­ves­tis­seurs au­to­nomes et c’est comme ça qu’on s’est fait connaître. Si la crois­sance du nombre d’abon­nés a bé­né­fi­cié de l’es­sor du cour­tage à es­compte au dé­but des an­nées 1990, sa pu­bli­ca­tion ré­pond tou­jours à un be­soin et sus­cite en­core beau­coup d’in­té­rêt » , constate Phi­lippe Le Blanc.

LE SYS­TÈME COTE 100

COTE 100 a été fon­dée en 1988 par Guy Le Blanc. « Mon père a bâ­ti une en­tre­prise vrai­ment ex­cep­tion­nelle, avec des fon­da­tions par­ti­cu­liè­re­ment so­lides. Au fil du temps, il y a eu des ajus­te­ments dans notre offre, notre fa­çon d’in­ves­tir et de bâ­tir des por­te­feuilles, mais la phi­lo­so­phie d’in­ves­tis­se­ment est de­meu­rée iden­tique », évoque Phi­lippe Le Blanc.

Le sys­tème COTE 100 a été dé­ve­lop­pé en 1986-1987 par Guy Le Blanc, qui l’uti­li­sait pour gé­rer son propre por­te­feuille. « Ce sys­tème a été l’élé­ment dé­clen­cheur de la firme, et nous l’uti­li­sons en­core au­jourd’hui de fa­çon sys­té­ma­tique », ajoute-t-il.

Il se pré­sente un peu comme un bul­le­tin sco­laire qui donne à chaque titre une cote sur 100, se­lon trois grandes ca­té­go­ries de ra­tios fi­nan­ciers, ré­sume Phi­lippe Le Blanc.

« La grille per­met de ci­bler des en­tre­prises qui sont en ex­cel­lente san­té fi­nan­cière, qui sont non seule­ment en crois­sance, mais qui gé­nèrent des ren­de­ments in­té­res­sants sur le ca­pi­tal, et qui se vendent à des ra­tios d’éva­lua­tion rai­son­nables, ex­plique-t-il. L’exer­cice per­met donc de fil­trer des en­tre­prises. En­suite, notre tra­vail de re­cherche per­met d’éva­luer les as­pects plus qua­li­ta­tifs, par exemple l’at­trait de l’in­dus­trie, la qua­li­té de l’équipe de di­rec­tion et le mo­dèle d’af­faires. »

À ses dé­buts, COTE 100 ef­fec­tuait es­sen­tiel­le­ment de la ges­tion de por­te­feuille pour des clients ins­ti­tu­tion­nels. Puis en 1992, la firme a lan­cé ses deux pre­miers fonds com­muns de pla­ce­ment ( FCP). Au­jourd’hui, la firme a tou­jours des FCP, mais les uti­lise sur­tout en pa­niers de fonds dans le cadre de so­lu­tions hy­brides à la ges­tion pri­vée pour plu­sieurs en­fants de clients dé­si­reux d’in­ves­tir éga­le­ment.

DU TENNIS À LA FI­NANCE

C’est à cette pé­riode, en 1992, que Phi­lippe Le Blanc a re­joint COTE 100.

Il était de re­tour au Qué­bec après avoir ter­mi­né ses études de bac­ca­lau­réat en fi­nance à l’Uni

ver­si­té du Min­ne­so­ta, et mis fin au tennis de com­pé­ti­tion. « J’ai com­men­cé à tra­vailler un été pour don­ner un coup de main à mon père et ce­la fait main­te­nant 24 ans. »

No­tons que la fa­mille Le Blanc est étroi­te­ment liée au tennis. Phi­lippe a dé­jà été clas­sé nu­mé­ro un mon­dial chez les 14 ans et moins, alors que son frère Sé­bas­tien a no­tam­ment rem­por­té en 1990 les titres du double ju­nior à Ro­land- Gar­ros et à Wim­ble­don, en équipe avec Sé­bas­tien La­reau.

Phi­lippe et Sé­bas­tien ont aus­si dé­cro­ché des bourses qui ont fi-

nan­cé leurs études uni­ver­si­taires res­pec­tives en sol amé­ri­cain. Sé­bas­tien Le Blanc, qui est chef des opé­ra­tions et as­so­cié de COTE 100, dé­tient un bac­ca­lau­réat en fi­nance de l’Uni­ver­si­té de

Ca­li­for­nie à Los An­geles ( UCLA)

et de l’Uni­ver­si­té du Qué­bec à

Mon­tréal. Phi­lippe Le Blanc a pour sa part ter­mi­né sa for­ma­tion en ob­te­nant une maî­trise en ad­mi­nis­tra­tion des af faires ( MBA) de l’Uni­ver­si­té Mc Gill. Il dé­tient éga­le­ment le titre de Char­te­red Fi­nan­cial Ana­lyst ( CFA) de­puis 2003.

Il est d’avis que le sport est l’une des meilleures écoles. « Ça ap­porte une grande dis­ci­pline, de la concen­tra­tion, et ça ap­prend à faire face à l’ad­ver­si­té. J’ai eu beau­coup de suc­cès très jeune au tennis, mais avec le temps, c’est de­ve­nu plus dif­fi­cile. Dans le do­maine bour­sier, c’est la même chose. Ça ne va pas tou­jours bien, mais il faut sa­voir re­la­ti­vi­ser les choses et re­bon­dir. »

C’est d’ailleurs ce qu’a fait COTE 100 au tour­nant des an­nées 2000. Por­tée par des ren­de­ments « ex­cep­tion­nels » tout au long des an­nées 1990, la firme a « frap­pé un mur à la fin de la dé­cen­nie, parce qu’on n’a ja­mais in­ves­ti dans la tech­no. Nous avons alors per­du des man­dats ins­ti­tu­tion­nels, beau­coup d’ac­tif, et ce furent des an­nées très dif­fi­ciles », évoque Phi­lippe Le Blanc.

En 2003, Marc L’Ecuyer s’est joint à la firme et avait pour man­dat de dé­ve­lop­per l’axe de ges­tion pri­vée. Il est au­jourd’hui ges­tion­naire de por­te­feuille prin­ci­pal et chef de la confor­mi­té, et as­so­cié.

« Nous sommes par­tis de zé­ro, mais cette dé­ci­sion d’al­ler en ges­tion pri­vée a été la meilleure qu’on pou­vait prendre. Ça a chan­gé com­plè­te­ment le mo­dèle d’af­faires de l’en­tre­prise, de sorte qu’elle est plus ro­buste que ja­mais », ana­lyse Phi­lippe Le Blanc.

Guy Le Blanc, pour sa part, bien qu’il ait of­fi­ciel­le­ment pris sa re­traite, de­meure tou­jours im­pli­qué, tant au ni­veau de la ges­tion de l’en­tre­prise que de la ges­tion des por­te­feuilles. « Une tran­si­tion gra­duelle s’est amor­cée en 2009 et elle a pris fin ré­cem­ment, mais nous nous par­lons tous les jours. »

DÉ­VE­LOP­PE­MENT EN ON­TA­RIO

De­puis 2005, COTE 100 ne fait plus de ges­tion pour des clients ins­ti­tu­tion­nels, à l’ex­cep­tion de cer­taines fon­da­tions.

« Nous pour­rions dé­ve­lop­per à nou­veau l’axe ins­ti­tu­tion­nel, mais se­lon nos propres termes. Nous ne vou­lons pas avoir de trop gros clients ins­ti­tu­tion­nels et nous re­trou­ver dans une po­si­tion où ce client de­vienne tel­le­ment im­por­tant que ça puisse même nuire à la per­for­mance de nos autres clients, in­dique Phi­lippe Le Blanc. Nous vou­lons es­sen­tiel­le­ment des clients ins­ti­tu­tion­nels qui vont res­sem­bler à nos clients pri­vés. »

Phi­lippe Le Blanc est convain­cu qu’étant don­né les ren­de­ments en­re­gis­trés de­puis de nom­breuses an­nées par COTE 100, dont une sur­per­for­mance par rap­port à l’in­dice S& P/ TSX de­puis 2011, des in­ves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels vont dé­mon­trer leur in­té­rêt.

COTE 100 s’est éga­le­ment en­re­gis­trée comme ges­tion­naire de por­te­feuille au­près des ré­gu­la­teurs de l’On­ta­rio et du Nou­veau-Bruns­wick. Elle a dé­jà quelques clients dans ces pro­vinces, mais n’a pas en­core fait d’ef forts jus­qu’ici pour dé­ve­lop­per ces mar­chés.

Ce­la risque tou­te­fois de chan­ger. « Nous croyons qu’il y a un po­ten­tiel in­té­res­sant, sur­tout en On­ta­rio, mais ce n’est pas une course », ex­plique Phi­lippe Le Blanc.

Comme la lettre fi­nan­cière a tou­jours re­pré­sen­té sa meilleure vi­trine, COTE 100 a en­tre­pris de la tra­duire. Elle se­ra bien­tôt dis­po­nible pour le mar­ché an­glo­phone.

Phi­lippe Le Blanc ad­met que la crois­sance de COTE 100 in­té­resse : « Nous sommes pas­sés de pe­tit ac­teur mar­gi­nal à ac­teur qui com­mence à prendre sa place, alors oui, nous nous fai­sons ap­pro­cher. Mais j’ai 45 ans, je suis le plus âgé des as­so­ciés et je n’ai pas l’in­ten­tion d’ar­rê­ter. Il n’y a pas de plus beau do­maine, de plus beau tra­vail, et notre qua­li­té de vie est ex­cep­tion­nelle ».

Au to­tal, les trois as­so­ciés de COTE 100 comptent 12 en­fants. « Ils sont en­core jeunes, mais qui sait, peut- être que l’un d’eux vou­dra un jour s’im­pli­quer pour une troi­sième gé­né­ra­tion ? Nous sommes des in­ves­tis­seurs à long terme dans nos por­te­feuilles, mais dans nos en­tre­prises aus­si », conclut-il.

PHO­TO : MAR­TIN LAPRISE

PHO­TO : MAR­TIN LAPRISE

« Nous évo­luons à l’ex­té­rieur des sen­tiers bat­tus. Nous n’avons pas Bloom­berg, nous ne sommes pas connec­tés sur CNBC et nous avons les cotes en dif­fé­ré de 20 mi­nutes », dit Phi­lippe Le Blanc.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.