Les frais ou­bliés

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR YAN BARCELO

les frais de tran­sac­tion ( FT) ne re­pré­sentent pas en gé­né­ral une lourde charge dans un fonds com­mun de pla­ce­ment, mais dans cer­tains cas, ils peuvent s’ac­cu­mu­ler au point de nuire à la per­for­mance.

Les FT ne sont pas une com­po­sante du ra­tio de frais de ges­tion ( RFG) et ha­bi­tuel­le­ment, ils ne sont pas di­vul­gués dans l’aper­çu

d’un fonds. « Ce n’est pas que les firmes cherchent à les ca­cher, dit Dan Hal­lett, vice-pré­sident et di­rec­teur chez HighView Fi­nan­cial Group. Ces frais sont en­fouis, et non dis­si­mu­lés ».

Le RFG, pré­cise le spé­cia­liste, fait par­tie des dé­penses d’ex­ploi­ta­tion ins­crites dans l’état des ré­sul­tats. Les FT, eux, sont in­clus dans les coûts d’achat des ac­tions et on les trouve dans le bi­lan.

FRAIS MÉDIANS DE 0,08 %

Les FT sont liés à deux fac­teurs clés, pré­cise une étude de James Gau­thier, di­rec­teur, re­cherche sur les fonds, chez Sco­tia Ges­tion de pa­tri­moine (

: le taux de rou­le­ment des ac­tifs d’un fonds et sa taille.

Plus le rou­le­ment est in­tense, et moins l’ac­tif du fonds est éle­vé (de sorte qu’il y a moins d’éco­no­mies d’échelle), plus les frais de tran­sac­tion se­ront éle­vés.

Dans son étude por­tant sur près de 250 fonds pro­ve­nant de 17 so­cié­tés de fonds ca­na­diennes, James Gau­thier constate qu’en moyenne, les FT sont de 12 points de base ( 0,12 %) et le taux de rou­le­ment s’éta­blit à 53 %. Ce­la im­plique que les fonds conservent leurs titres en­vi­ron deux ans en moyenne, si­gnale Dan Hal­lett.

Dans ce même échan­tillon de fonds, le RFG moyen est de 2,42 %. Ce­la veut dire que le coût to­tal de dé­ten­tion ( CTD) s’élève à 2,54 % ( soit 2,42 % + 0,12 %).

Par ailleurs, la mé­diane des FT s’éta­blit à 0,08 %, mais la mé­diane des RFG est lé­gè­re­ment plus éle­vée que la moyenne, à 2,45 %.

FRAIS ÉLE­VÉS, FAIBLES RÉ­SUL­TATS

James Gau­thier a cher­ché à éta­blir si des FT plus bas ou plus éle­vés se tra­duisent de fa­çon sen­sible par une meilleure per­for­mance.

Après tout, on pour­rait croire qu’un fonds qui né­go­cie beau­coup d’ac­tifs jus­ti­fie cette ac­ti­vi­té par des ren­de­ments plus éle­vés. À l’autre ex­trê­mi­té du spectre, un fonds qui est peu ac­tif pour­rait lui aus­si pré­tendre à un ren­de­ment plus éle­vé.

L’échan­tillon de l’étude dé­couvre un biais lé­gè­re­ment né­ga­tif à l’en­droit des fonds qui exigent des FT plus éle­vés.

Dans un classement des 20 fonds pré­sen­tant les FT les plus éle­vés pour des pé­riodes d’un, trois et cinq ans, seule­ment 42 % ont af­fi­ché un ren­de­ment su­pé­rieur à la mé­diane au cours d’une des trois pé­riodes con­si­dé­rées. Et seule­ment quatre ont mieux per­for­mé que la mé­diane au cours des trois pé­riodes.

Les FT de ces fonds al­laient de 24 à 81 points de base (pb), pour un CTD va­riant de 2,84 % à 4 %.

Le Fonds au­ri­fère et de mi­né­raux pré­cieux Sprott trône en tête de ce classement des fonds les plus coû­teux. Son CTD de 4 % est com­po­sé tant du RFG ( 3,19 %) que du FT ( 0,81 %) le plus éle­vé des 20 fonds. Pour­tant, il se classe dans le der­nier quar­tile pour sa per­for­mance sur cinq ans.

En moyenne, ces 20 fonds ont eu un taux de rou­le­ment de 139 % au cours de l’exer­cice le plus ré­cent. Ce­lui- ci at­teint même 303 % chez les plus ac­tifs.

« On ne peut pas ex­pli­quer le pa rcour s des fonds les moins per­for­mants uni­que­ment par des frais de tran­sac­tion im­por­tants, mais ceux- ci n’ont cer­tai­ne­ment pas ai­dé les choses », ob­serve James Gau­thier.

FRAIS BAS, RÉ­SUL­TATS GUÈRE MEILLEURS

James Gau­thier a fait le même exer­cice pour les 20 fonds af­fi­chant les plus bas FT. Leur per­for­mance est à peine meilleure…

En ef­fet, seule­ment 45 % des fonds ont af­fi­ché un ren­de­ment su­pé­rieur à la mé­diane au cours d’une des trois pé­riodes con­si­dé­rées. Par contre, neuf ont mieux per­for­mé que la mé­diane au cours des trois pé­riodes.

Dans le cas de ces fonds, les FT n’at­teignent que 2 ou 3 pb, et le RFG moyen est de 2,32 %. Ce­la

s’ex­plique en par­tie par le fait que le classement com­prend de nom­breux fonds équi­li­brés et de re­ve­nus, où les frais sont gé­né­ra­le­ment plus bas.

Il faut ce­pen­dant prendre garde de trop gé­né­ra­li­ser : un fonds de crois­sance comme le Ma­cken­zie Crois­sance amé­ri­caine pré­sente un CTD de 2,55 % ( RFG de 2,52 % + FT de 0,03 %).

Les ré­sul­tats de l’étude sont donc mi­ti­gés. Les FT ont une im­por­tance toute re­la­tive. Quand ils sont éle­vés, ils ne sont pas jus­ti­fiés par une plus haute per­for­mance. Ils ne font qu’ajou­ter au CTD, sans ga­ran­tir au­cu­ne­ment une sur­per­for­mance.

À l’op­po­sé, quand les FT sont bas, il n’en ré­sulte pas une per­for­mance net­te­ment meilleure, bien que l’échan­tillon de James Gau­thier confère une lé­gère su­pé­rio­ri­té à ces fonds.

RES­PEC­TER SA PHI­LO­SO­PHIE

Tout bien consi­dé­ré, « l’in­ves­tis­seur moyen n’a pas à se sou­cier des frais de tran­sac­tion », juge William An­dré Na­deau, vice-pré­sident et ges­tion­naire de porte-

feuille chez Tac­tex Ges­tion d’ac­tifs.

Il est vrai re­con­naît-il, « que les FT n’ap­pa­raissent nulle part ; pour­tant, ils ne font que di­mi­nuer le ren­de­ment ».

Mais ce qui compte au pre­mier chef, c’est la phi­lo­so­phie du ges­tion­naire. Si elle exige qu’il né­go­cie beau­coup et lui pro­cure des ré­sul­tats su­pé­rieurs, tant mieux. Si­non, tant pis.

« J’aime mieux payer quelques frais de plus, mais al­ler cher­cher de 10 à 15 fois l’équi­valent en gain sup­plé­men­taire, dit-il. Il faut que le ges­tion­naire res­pecte sa phi­lo­so­phie. C’est elle qui mène. »

Par contre, les FT ont un ef­fet sen­sible pour les titres né­go­ciés sur les mar­chés étran­gers, no­tam­ment en Eu­rope et au Ja­pon, pré­cise William An­dré Na­deau.

« On peut y payer des frais de 50 points de base et, sou­vent, des taxes s’ajoutent, no­tam­ment en An­gle­terre. Là, ma phi­lo­so­phie de ges­tion n’a pas le choix de te­nir compte des frais de tran­sac­tion », pré­cise-t-il.

« Quand j’achète des titres en Eu­rope, ce n’est cer­tai­ne­ment pas pour spé­cu­ler. Si je vends, j’ai de bonnes rai­sons de le faire. Mais en Amé­rique du Nord, les frais de tran­sac­tion sont si bas qu’on ne doit pas te­nir compte de ce fac­teur », sou­tient-il.

L’in­ves­tis­seur moyen n’a pas à se sou­cier des frais de tran­sac­tion. — William An­dré Na­deau On ne peut pas ex­pli­quer le par­cours des fonds les moins per­for­mants uni­que­ment par des frais de tran­sac­tion im­por­tants, mais ceux-ci n’ont cer­tai­ne­ment pas ai­dé les choses. — James Gau­thier

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