Trom­peuse, la course à la per­for­mance ?

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR JEAN- FRAN­ÇOIS BARBE

se­lon un ré­cent clas­se­ment de GMP Se­cu­ri­ties, Fi­de­li­ty af­fiche une des meilleures per­for­mances de l’in­dus­trie ca­na­dienne des fonds com­muns de pla­ce­ment, alors que Dy­na­mique est à la traîne. Me­sure-t- on adé­qua­te­ment la per­for­mance des ma­nu­fac­tu­riers de fonds ?

En mar s der­nier, GMP Se­cu­ri­ties pu­bliait une in­té­res­sante étude in­ti­tu­lée « Ca­na­dian As­set Ma­na­gers » . Un ta­bleau

ba­sé sur des in­di­ca­teurs de Mor­ning­star (voir le ta­bleau) ré­su­mait les per­for­mances de 14 ma­nu­fac­tu­riers de fonds, y com­pris les 6 grandes banques du pays.

Fi­de­li­ty compte ain­si la pro­por­tion la plus éle­vée de fonds quatre ou cinq étoiles par­mi les 14 ges­tion­naires consi­dé­rés. La so­cié­té bos­ton­naise se dis­tingue éga­le­ment par la pro­por­tion la plus éle­vée d’ac­tif sous ges­tion ( ASG) de pre­mier et se­cond quar­tile sur cinq ans.

En re­vanche, AGF af­fiche la plus pe­tite pro­por­tion de fonds co­tés quatre ou cinq étoiles, alors que Dy­na­mique en­re­gistre le plus faible pour­cen­tage d’ac­tif sous ges­tion de pre­mier et se­cond quar­tile sur une pé­riode de cinq ans.

Les dé­cou­vertes ne s’ar­rêtent pas là. Groupe In­ves­tors, Franklin Tem­ple­ton et Banque Na­tio­nale comptent un très faible pour­cen­tage de fonds co­tés quatre ou cinq étoiles.

Ces clas­se­ments semblent vo­la­tils. Ain­si, en l’es­pace de deux ans, le pour­cen­tage d’ac­tif sous ges­tion de pre­mier et se­cond quar­tile peut mon­ter ou des­cendre comme un yoyo, ce dont té­moignent les ré­sul­tats de CI, d’In­ves­tors et de Franklin Tem­ple­ton.

UN PRE­MIER BÉ­MOL

Co­au­teur de l’étude de GMP, l’ana­lyste Ste­phen Bo­land lance une pre­mière mise en garde. À cause de son poids, un seul fonds peut faire os­cil­ler les ai­guilles de per­for­mance de fa­çon spec­ta­cu­laire. C’est le cas d’In­ves­tors, dont le plus gros fonds, le Fonds Di­vi­dendes C, dé­passe les 17 G$ d’ac­tif.

« Le Fonds Di­vi­dendes C re­pré­sente plus de 20 % des 81,3 G$ d’ac­tif sous ges­tion des 20 prin­ci­paux fonds d’In­ves­tors consi­dé­rés dans l’étude ! Si les cir­cons­tances ne fa­vo­risent pas ce fonds de 17 G$, ce­la nui­ra à la per­for­mance moyenne des 20 fonds d’In­ves­tors », dit-il.

Par consé­quent, Ste­phen Bo­land sug­gère d’être at­ten­tif à l’im­pact des deux ou trois plus im­por­tants fonds de chaque ma­nu­fac­tu­rier.

BIAIS DU SUR­VI­VANT

Jean Mo­ris­sette ajoute un autre bé­mol vi­sant à te­nir compte des ef­fets des fu­sions et des li­qui­da­tions de fonds peu per­for­mants, ce­lui du biais du sur­vi­vant.

« Les fa­milles de fonds sont gé­rées avec de plus en plus de mi­nu­tie. Les fonds qui per­forment mal tendent à être fu­sion­nés au bout de deux ou trois ans à des fonds qui ont une meilleure feuille de route » , dit ce consul­tant en ges­tion de pa­tri­moine qui fut pré­sident de

Ser­vices fi­nan­ciers Par­te­naires Cartier pour le Qué­bec et ex-as­so­cié fon­da­teur de Tal­vest.

En ef­fet, les dis­pa­ri­tions de fonds peu per­for­mants sont nom­breuses. Au­teur d’un ré­cent livre

sur le pla­ce­ment in­ti­tu­lé Ra­tio­nal In­ves­ting : The Subt­le­ties of As­set

M a nag ement ( Co­lum­bia Uni­ver­si­ty Press, 2017), Jacques Lus­sier a consta­té qu’aux États-Unis, les fu­sions et les li­qui­da­tions éli­minent chaque an­née en­vi ron 6 % des fonds en cir­cu­la­tion.

« Ce­la si­gni­fie qu’il y a 15 ans, plus de la moi­tié des fonds ac­tuels n’exis­taient pas ! » dit ce­lui qui pré­side aus­si Ip­sol Ca­pi­tal, une firme mon­tréa­laise de ges­tion de por­te­feuilles.

En re­vanche, Jacques Lus­sier es­time que les ma­nu­fac­tu­riers et les in­ves­tis­seurs ont la gâ­chette un peu trop fa­cile.

« La po­pu­la­ri­té des styles de ges­tion est cy­clique. Ce­la peut ex­pli­quer pour­quoi tel ou tel fonds a peu d’étoiles. Il se trouve que des fonds qui sous­per­forment pen­dant cinq ans peuvent sur­per­for­mer au cours des cinq an­nées sui­vantes », dit Jacques Lus­sier.

Par consé­quent, il fau­drait élar­gir les cri­tères de cal­cul de per­for­mance.

« Je pré­co­nise d’exa­mi­ner les fonds sur 10 ans, en les com­pa­rant sur deux pé­riodes consé­cu­tives de 5 ans. On ver­rait alors com­ment se com­portent les ges­tion-

naires qui tra­versent une pé­riode dif­fi­cile de 5 ans », dit l’au­teur de Ra­tio­nal In­ves­ting.

RÉ­SEAUX CAPTIFS

Aux yeux de Jean Mo­ris­sette, les ré­seaux captifs sont plus vul­né­rables au phé­no­mène de la per­sis­tance de la sous-per­for­mance des fonds.

« Les pro­duits des ré­seaux capt i fs n’ont pas beau­coup de concur­rence ! Et je ne pense pas que leurs clients achètent leurs

fonds à l’aide de gri l les de Mor­ning­star », dit-il.

Par ailleurs, Jean Mo­ris­sette pense que le re­cours aux ges­tion­naires ex­ternes par les ma­nu­fac­tu­riers de fonds fa­vo­rise les épar­gnants.

« Les gest ion­na i res qui échouent peuvent être plus fa­ci­le­ment congé­diés si ce sont des ges­tion­naires ex­ternes. C’est l’une des rai­sons qui ex­pliquent les suc­cès as­sez gé­né­ra­li­sés des banques en fonds com­muns », dit-il.

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