Faire ses classes chez Gold­man Sachs.

Une car­rière me­née entre To­ron­to, Mon­tréal et New York.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR RI­CHARD CLOU­TIER

si­mon bibeau, qui a por­té les cou­leurs des Red­men de l’Uni­ver­si­té Mc­Gill au bas­ket­ball de 2010 à 2014, n’a pas ra­len­ti le rythme une fois son bac­ca­lau­réat en com­merce ob­te­nu. Il a d’abord été ana­lyste chez Gold­man Sachs, à New York, puis est de­ve­nu as­so­cié dans le groupe d’in­ves­tis­se­ments en in­fra­struc­ture au sein de la firme ca­na­dienne North­leaf Ca­pi­tal Part­ners.

Lors­qu’il a amor­cé ses études uni­ver­si­taires, Si­mon Bibeau avait pour­tant une connais­sance très li­mi­tée de l’in­dus­trie fi­nan­cière. « Mis à part l’un de mes oncles qui tra­vaillait comme ges­tion­naire de por­te­feuille, je n’étais pas ex­po­sé à ce mi­lieu », dit-il.

Si­mon Bibeau a fait ses pre­miers pas dans le sec­teur au cours de l’été qui a sui­vi sa pre­mière an­née uni­ver­si­taire, à titre de re­pré­sen­tant au ser­vice à la clien­tèle de la Banque de Mon­tréal ( BMO). C’est tou­te­fois lors­qu’il a com­men­cé sa deuxième an­née d’études qu’il a dé­ve­lop­pé un réel in­té­rêt pour le sec­teur fi­nan­cier.

Ges­tion de ca­pi­taux De­sau­tels, une so­cié­té de ges­tion de pla­ce­ments liée à la Fa­cul­té de ges­tion De­sau­tels de l’Uni­ver­si­té Mc­Gill, offre aux étu­diants la pos­si­bi­li­té d’agir, sous su­per­vi­sion, à titre d’ana­lystes pour l’un des deux por­te­feuilles d’ac­tions et d’obli­ga­tions, qui cu­mulent au to­tal en­vi­ron 4 M$ d’ac­tif. Le dé­fi lui plaît. « Grâce à cer­tains de mes pairs qui m’ont ai­dé à me pré­pa­rer aux en­tre­tiens, j’ai été sé­lec­tion­né. Le pro­gramme m’a per­mis de plon­ger plus pro­fon­dé­ment dans la théo­rie et la pra­tique, ce qui m’a mo­ti­vé à al­ler cher­cher en­core plus d’ex­pé­rience en en­tre­prise », té­moigne-t-il.

À sa pas­sion du bas­ket­ball, qui l’a me­né au cours de ses études se­con­daires à re­pré­sen­ter le Qué­bec, puis le Ca­na­da, dans des com­pét it ions dis­pu­tées en Al­le­magne, en Ar­gen­tine et en France, Si­mon Bibeau ajoute alors celle de la fi­nance.

Ses en­trées au sein de la BMO lui ouvrent en­suite la porte à deux stages d’été consé­cu­tifs, l’un à To­ron­to et l’autre à Mon­tréal, dans la di­vi­sion BMO Mar­chés des ca­pi­taux. « En plus d’avoir été des plus for­ma­teurs, ces stages m’ont per­mis d’ap­pro­fon­dir mes connais­sances du mi­lieu fi­nan­cier qui, seule­ment deux ans au­pa­ra­vant, m’était alors en grande par­tie in­con­nu », constate-t-il.

DI­REC­TION NEW YORK

C’est en 2015, par l’in­ter­mé­diaire d’un stage sui­vant l’ob­ten­tion de son bac­ca­lau­réat, que Si­mon Bibeau fait son en­trée chez Gold­man Sachs. « En pui­sant dans le ré­seau des McGillois pré­sents à Wall Street, j’ai réus­si à dé­cro­cher des en­tre­tiens au­près de quelques firmes, dont Gold­man Sachs. La chance m’a sou­ri avec cette der­nière, la seule m’ayant fait une offre aux États-Unis. »

Chez Gold­man Sachs, l’in­té­gra­tion des ana­lystes de pre­mière an­née s’ef­fec­tue de ma­nière re­la­ti­ve­ment for­melle, re­late Si­mon Bibeau. Ils sont d’abord réunis au quar­tier gé­né­ral de New York pour une for­mat ion tech­nique d’en­vi­ron six se­maines, au cours de la­quelle on les ini­tie éga­le­ment à la culture de l’en­tre­prise.

« Plu­sieurs hauts di­ri­geants de la firme, dont le PDG Lloyd Blank­fein, sont ve­nus par­ta­ger leurs ex­pé­riences et conseils, dit- il. Ces pre­mières se­maines sont éga­le­ment une belle oc­ca­sion pour ren­con­trer les ana­lystes des autres groupes de la di­vi­sion et pour nouer des ami­tiés. »

Une fois sa for­ma­tion ter­mi­née, Si­mon Bibeau a re­joint le groupe des res­sources na­tu­relles. « Mon rôle en tant qu’ana­lyste consis­tait à as­sis­ter les ban­quiers sé­niors dans la pré­pa­ra­tion de pré­sen­ta­tions, à bâ­tir des mo­dèles fi­nan­ciers et à ac­com­plir toute autre forme d’ana­lyse éco­no­mique, de mar­ché, d’in­dus­trie ou d’états fi­nan­ciers. »

En ar­ri­vant à Wall Street, Si­mon Bibeau, qui a eu la chance d’ins­tal­ler ses pé­nates di­rec­te­ment sur l’île de Man­hat­tan en com­pa­gnie d’un autre di­plô­mé de Mc­Gill amor­çant alors tout comme lui sa car­rière en fi­nance, s’at­ten­dait à de­voir sup­por­ter une très grande charge de tra­vail. Ce fut le cas, mais il a tou­te­fois consta­té que « Gold­man Sachs n’a pas froid aux yeux en ma­tière d’in­no­va­tion, et ce, même en ce qui a trait à la ges­tion de ses res­sources hu­maines ».

À cet égard, ex­plique- t- il, la banque d’in­ves­tis­se­ment a mis en place quelques ini­tia­tives afin que l’ex­pé­rience des ban­quiers ju­niors soit re­la­ti­ve­ment plus saine et gé­rable qu’elle l’était au­tre­fois. Elle a par exemple ins­tau­ré une règle stricte in­ter­di­sant de tra­vailler les sa­me­dis, sauf ex­cep­tion. Au­pa­ra­vant, la norme dans l’in­dus­trie consis­tait à être dis­po­nible sept jours sur sept.

Si les em­ployés tra­vaillent fort chez Gold­man Sachs, la firme mise en contre­par­tie sur leur dé­vel op­pe­ment cont inu , men­tionne Si­mon Bibeau. Outre la for­ma­tion ini­tiale, il a ain­si été en me­sure de prendre part à plu­sieurs sé­mi­naires et à as­sis­ter à des confé­rences ani­mées par des lea­ders is­sus de do­maines va­riés, dont les af­faires, la po­li­tique et le sport. « J’ai no­tam­ment eu l’oc­ca­sion d’en­tendre par­ler Sha­quille O’Neil et Yao Ming, deux lé­gendes de la NBA au­jourd’hui im­pli­quées dans des pro­jets phi­lan­thro­piques avec Gold­man Sachs », évoque-t-il.

L’ac­cent que met Gold­man Sachs sur la com­mu­ni­ca­tion et le tra­vail d’équipe l’ont éga­le­ment im­pres­sion­né, lance- t- il. Se­lon lui, la banque réus­sit à créer un en­vi­ron­ne­ment sus­ci­tant l’en­traide et la co­opé­ra­tion entre les pro­fes­sion­nels afin que le meilleur ser­vice pos­sible soit ren­du aux clients. « Il me sem­blait que j’étais tou­jours à un coup de fil de re­ce­voir de l’aide ou bien de mettre la main sur des don­nées im­por­tantes » , illustre Si­mon Bibeau.

CAP SUR TO­RON­TO

Si­mon Bibeau se consi­dère pri­vi­lé­gié d’avoir amor­cé sa car­rière dans un tel en­vi­ron­ne­ment.

« Mon ex­pé­rience a été en­ri­chis­sante à plu­sieurs égards. Sur le plan pro­fes­sion­nel, j’ai eu l’oc­ca­sion de me bâ­tir une fon­da­tion en fi­nance en tra­vaillant sur des man­dats exi­geants et en bai­gnant dans une firme re­gor­geant de res­sources. Sur le plan per­son­nel, j’ai fait de nom­breuses ren­contres, dont plu­sieurs sont de­ve­nues de sin­cères ami­tiés », in­dique-t-il.

C’est d’ailleurs dans le cadre d’un man­dat pour Gold­man Sachs qu’il a ap­pris à connaître North­leaf Ca­pi­tal Part­ners. « Après près de deux ans dans le rôle de ban­quier, je com­men­çais dé­jà à en­tre­prendre des dé­marches pour pas­ser du cô­té de l’in­ves­tis­se­ment pri­vé, qui me sem­blait être un sec­teur plus in­té­res­sant, afin de re­le­ver un nou­veau dé­fi pro­fes­sion­nel, ra­conte- t- i l. Mal­gré le fait que j’étais en contact avec plu­sieurs chas­seurs de têtes, j’ai com­mu­ni­qué di­rec­te­ment avec North­leaf Ca­pi­tal Part­ners. »

« Au dé­but de 2017, North­leaf ve­nait de le­ver son plus grand fonds d’in­fra­struc­ture ( en­vi­ron 1 G$) au­près d’in­ves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels et cher­chait à com­bler un poste d’as­so­cié, évoque-t-il. Après plu­sieurs sé­ries d’en­tre­vues, dont une pre­nant la forme d’un cas de mo­dé­li­sa­tion, j’ai re­çu une offre afin de re­joindre le groupe d’in­fra­struc­ture à la mai­son mère de To­ron­to. »

À titre d’as­so­cié au sein du groupe d’in­fra­struc­ture, Si­mon Bibeau a pour man­dat d’éva­luer les oc­ca­sions d’in­ves­tis­se­ment dans les sec­teurs de l’éner­gie, du trans­port, des par­te­na­riats pu­blic-pri­vé, des ser­vices pu­blics ain­si que des té­lé­com­mu­ni­ca­tions.

« À la base, mes tâches consistent à faire de la mo­dé­li­sa­tion de pro­jec­tions fi­nan­cières et de la va­lo­ri­sa­tion des ac­tifs dans les­quels nous en­vi­sa­geons in­ves­tir af in d’éva­luer le pro­fi l de risque-ren­de­ment », ex­plique-t-il.

Par contre, son rôle d’in­ves­tis­seur pri­vé va bien au- de­là de la fi­nance. « Je suis éga­le­ment im­pli­qué dans toutes les fa­cettes du pro­ces­sus de due di­li

gence ( tech­nique, lé­gale, com­mer­ciale et comp­table, par exemple). De plus, à la suite de la pé­riode d’in­ves­tis­se­ment, je par­ti­cipe à la ges­tion ac­tive en as­su­rant l’éla­bo­ra­tion du plan d’af­faires, la via­bi­li­té de la stra­té­gie d’en­tre­prise, ain­si qu’en pre­nant part aux dé­ci­sions im­por­tantes telles que les re­fi­nan­ce­ments, les ac­qui­si­tions ou bien les dé­penses en ca­pi­tal », ajoute Si­mon Bibeau.

Le monde de la fi­nance est ex­trê­me­ment vaste, constam­ment en chan­ge­ment, par­fois com­plexe, et sur­tout sou­vent très com­pé­ti­tif, mais ne soyez pas in­ti­mi­dé pour au­tant, lance Si­mon Bibeau à l’in­ten­tion des nou­veaux di­plô­més. « La fi­nance s’ap­prend avec de la pa­tience, de la per­sé­vé­rance et de l’hu­mi­li­té », ana­lyse-t-il.

Il me sem­blait que j’étais tou­jours à un coup de fil de re­ce­voir de l’aide ou bien de mettre la main sur des don­nées im­por­tantes.

— Si­mon Bibeau

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